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  • Le Parc national des Écrins, entre loups et bergers

    Le Parc national des Écrins, entre loups et bergers

    Ce mardi et ce mercredi, le Parc National des Écrins diffuse le dernier film de Jean-Michel Bertrand, Vivre avec les loups, dans lequel le cinéaste emmène le public à la rencontre d’éleveurs et de bergers confrontés au prédateur. La séance, qui se déroule au centre du Parc au Monêtier-les-Bains, est suivie d’un temps de discussion entre le public un garde-moniteur du Parc. « Le dernier film de Jean-Michel Bertrand est plus axé sur les incidences du retour du loup sur l’activité dans les vallées, et il aborde les conséquences pour les éleveurs, c’est un film qui traite de cette coexistence », explique Pierre Bouvet, chargé de mission au Parc National des Écrins. « Nous sommes à l’interface entre les deux mondes, d’où le fait de faire des projections pour informer et sensibiliser les gens sur la présence du loup et aussi et surtout sur les incidences liées à la présence pastorale. »

    Une mission parfois difficile à expliquer alors que la prédation du loup sur les troupeaux suscite de plus en plus la colère d’éleveurs qui voient dans cette nouvelle contrainte une menace pour l’avenir du pastoralisme. « Le rôle du Parc c’est la protection et la conservation de la biodiversité, dont le loup fait partie, explique Pierre Bouvet. En revanche, c’est une espèce qui est aussi très compliquée à vivre pour le monde de l’élevage, et le Parc est très attaché à cette culture du pastoralisme, qui entretient et façonne les paysages et qui constitue une grande part de l’identité du Parc quand même. »

    Si le Parc n’intervient pas dans la politique du loup, décidée au niveau de l’État, il participe aux prospections de terrain pour déterminer les effectifs de l’animal sur le territoire français, estimés à environ 1 100 individus. En parallèle, les agents coopèrent aussi tout au long de l’année avec les éleveurs, en leur communiquant les indices de présence du canidé, en recrutant chaque été des bergers d’appui pour aider à surveiller les troupeaux et en aidant les communes pour installer des cabanes d’alpage qui permettent aux éleveurs de rester près de leur cheptel en estive. « Il y a plus de 115 000 moutons sur le Parc, où les alpages représentent environ 40% du territoire. C’est un milieu incontournable pour nous. Ça étonne parfois les gens qui pensent souvent que le Parc est un espace sanctuarisé sans activité humaine, ce n’est pas du tout le cas », rappelle Pierre Bouvet.

    Vingt ans après, la coexistence reste un enjeu

    Reste qu’avec près de 350 constats d’attaques de troupeaux pour plus de 800 victimes en 2025 selon la Chambre d’agriculture, la cohabitation n’est pas sans heurts. Même s’il reconnaît que le loup reste « une menace et une pression constantes pour les éleveurs », pour Pierre Bouvet, ce travail d’adaptation entre loup et pastoralisme fonctionne mieux qu’on ne le croit : « Depuis plus de vingt ans que le loup est revenu dans les Hautes-Alpes, même s’il y a des tensions, en réalité il y a du progrès. On dit souvent que la prédation explose en France mais en fait non. Elle augmente dans les nouvelles régions où le loup revient, là où l’on redécouvre ce sujet et où l’on a plus les moyens de protection, alors que dans les Alpes elle est plutôt stable ».

    Projection « Vivre avec les loups » le 26 août de 16h à 17h30 au centre d’accueil du Parc national des Écrins, col du Lautaret, 05220 Le Monêtier-les-Bains.

  • Le pastoralisme, rempart contre les incendies

    Le pastoralisme, rempart contre les incendies

    « En cinq ans seulement, j’ai vu l’herbe et la forêt gagner en altitude », constate Boris Emeriau, le regard inquiet. Berger depuis quinze ans, installé depuis cinq à Chamousse. Il garde depuis le début de l’été son cheptel de 200 brebis en estives sur la crête du Lauzet, à 2 300 m d’altitude sur la commune de Crots. Les milieux de montagne se réchauffent plus vite, le changement climatique s’y fait plus visible et Boris est aux premières loges. « Avant il y avait des sécheresses tous les quarante ans, maintenant c’est tous les deux ou trois ans et elles sont beaucoup plus longues et plus violentes », explique-t-il.

    En résulte une augmentation des feux de forêts, plus nombreux et plus intenses, mais ils ne sont pas dus qu’au seul réchauffement climatique selon Boris. « Oui, les incendies sont là parce qu’on a des canicules plus précoces, plus longues… Mais ça brûle aussi pour d’autres raisons, avance-t-il. Avant, les villages étaient regroupés et autour il y avait des praires et cultures agricoles, ça faisait un espace dégagé autour des villages, ensuite l’autre couronne autour c’étaient les zones pastorales, entretenues par les troupeaux, qui faisaient que tout n’était pas embroussaillé comme maintenant. Et, encore plus loin, il y avait la forêt. Les incendies étaient donc plus loin des habitations. »

    Refaire une place

    aux troupeaux

    La capacité des troupeaux à « nettoyer » les espaces forestiers a déjà été reconnue par les pouvoirs publics. En décembre 2024, le Cerpam (Centre d’Études et de Réalisations Pastorales Alpes-Méditerranée) recensait 160 éleveurs qui faisaient pâturer leurs troupeaux sur des ouvrages DFCI (Défense de la Forêt contre les Incendies). Mais, pour généraliser cette solution, restent à faire de la place au pastoralisme, étouffé par la raréfaction des parcelles disponibles. « Plus que jamais, mettre des élevages dans les campagnes ça permettrait de gérer les incendies en réduisant le combustible, même si ce n’est pas la seule manière bien sûr, affirme-t-il. Mais, pour ça, il faut installer des gens dans les campagnes, il faut savoir ce qu’on veut pour nos campagnes, des maisons secondaires ou des gens qui vivent vraiment sur place ? » Le manque de foncier, pour les petits agriculteurs comme les bergers est le nerf de la guerre.

    « On voit qu’on a quand même un foncier qui est accaparé par quelques très grosses fermes et un foncier pastoral donc des landes, des sous-bois, qui est extrêmement morcelé avec beaucoup de propriétaires privés différents dont, soit on arrive pas à retrouver la trace, soit qui veulent pas nous faire de papiers pour être légalement chez eux, regrette Boris. Beaucoup de jeunes aimeraient s’installer mais sont découragés par ce manque de foncier et le prix de la terre, avec le pullulement des maisons secondaires, le prix du foncier est complètement décorrélé de la valeur de la production qu’on peut en tirer. » Il existe des outils légaux comme les associations foncières pastorales qui permettent à plusieurs propriétaires de parcelles de gérer collectivement un périmètre agropastoral et/ou forestier. Pour les éleveurs, cela ouvre des espaces de pâturage sans devoir obtenir l’accord de chaque propriétaire. « C’est une opération complexe, qui demande la venue d’un commissaire public et l’aval du préfet mais si l’on généralise ça, lorsque des jeunes voudront s’installer, on pourra les orienter vers telle association foncière, avec tel espace de pâturage, pour telle période… projette Boris. Là, actuellement, tu t’installes avec un petit bout de terre, tu n’es pas accompagné, c’est un peu la guéguerre. »

  • Brebis et bénévoles marseillais font renaître la transhumance

    Brebis et bénévoles marseillais font renaître la transhumance

    « On voulait viser grand dans le cadre de l’année internationale du pastoralisme » : Maïté Kaczmarek fait partie de la dizaine de membres de l’association des Moutons marseillais, qui ont décidé de partir avec les brebis pour une transhumance de 36 jours, de Marseille à Méolans-Revel. « L’idée est de créer du lien avec le territoire et ses habitants. C’est un troupeau urbain qui fait de l’écopâturage à Marseille, ce sont des brebis très proches de l’homme, c’est un super troupeau pour la médiation », explique-t-elle. Cela a été prouvé à Meyreuil, où de petits écoliers ont attendu l’arrivée du troupeau pendant deux heures et ont été enchantés de pouvoir caresser les brebis. « On invite les gens à participer, on accueille de nouvelles personnes en cours de route », détaille la salariée de l’association.

    Le nombre de personnes touchées sur leur parcours est déjà estimé à 800. « Cela permet de créer du lien et de ramener de la vie. Les premiers jours, des personnes de quatre communes voisines se sont retrouvées à bloquer les routes pour nous laisser passer », racontent les bénévoles, qui constatent un véritable élan de solidarité et de générosité sur leur route. « Les habitants nous accueillent à bras ouverts, nous ramènent de l’eau, de la nourriture, l’apéro… C’est salvateur dans un contexte politique où on essaye de diviser les gens. »

    Les bénévoles et salariés de l’association espèrent ainsi promouvoir le pastoralisme et la transhumance, inscrite au patrimoine culturel de l’Unesco. « Ce sont des traditions anciennes ancrées dans le territoire et la région », avance Maïté. « Les brebis sont heureuses de partir le matin, il faut les canaliser tellement elles se régalent. Elles ont plein de choses variées à manger », se réjouissent les bénévoles.

    Les participants à cette transhumance ont quitté Marseille le 8 juin pour parcourir 300 km à travers les Alpes du Sud. Ils empruntent l’historique route des transhumances, La Routo. « On se lève tous les matins vers 4 heures, mais plus il fait chaud, plus on avance l’heure de départ, précise Maïté. Pour sortir de Marseille, il a fallu ruser pour éviter les routes dangereuses. » Sur leur route, ils dorment chez des maraîchers « pour soutenir l’agriculture locale », ou encore en plein air, comme sur le massif de l’Etoile. Ils dorment toujours autour des brebis pour veiller sur elles. « Là où on sait que le loup peut venir, on forme un cercle autour d’elles avec nos tentes », explique Maïté.

    « On est le seul petit troupeau urbain en France à parcourir un si long parcours. Les transhumances se font de plus en plus rares. Certains nous disent qu’ils n’avaient plus vu passer de troupeau depuis 40 ans ! », lance la salariée de l’association.

    « Les temps sont durs

    pour les associations »

    « On espérait des subventions de la Région, de la Métropole et du Département, mais c’est mal parti. Les temps sont durs pour les associations et les subventions, regrette-t-elle. Les choses se calent au fur et à mesure du fait du défaut de financement. Il faudrait que l’on soit plus nombreux pour faire plus de haltes pédagogiques et se relayer. » Les voyageurs cherchent encore à remplir leur cagnotte participative, « lancée du fait de l’absence de financement », et une voiture automatique pour transporter leur matériel.

    à Marseille, le « métier » de ces brebis est d’entretenir les espaces verts d’Ehpad, d’écoles ou encore d’entreprises. « Ce sont des débroussailleurs vivants qui protègent la biodiversité et nourrissent le sol », expliquent les membres de l’association. Jeudi, les propriétaires des chambres d’hôtes de Valensole étaient d’ailleurs enchantés de les accueillir, alors qu’ils cherchaient justement des brebis pour débroussailler leur terrain.