Tag: Belle de mai

  • Rejet et précarité, le quotidien des Roms

    Rejet et précarité, le quotidien des Roms

    « Nous n’avons pas reçu d’avis d’expulsion », assure Bianca, porte-parole des familles sur ce site du 3e arrondissement. Les signataires de la tribune évoquent la date fatidique du 24 août, choqués par une telle opération programmée à quelques jours de la rentrée scolaire.

    « Nous voulons qu’on nous donne la possibilité de rester pour que les enfants continuent à aller à l’école, pour qu’ils aient un autre travail que fouiller dans les poubelles, revendre des affaires aux puces ou la ferraille à Bougainville », plaide cette mère de quatre enfants. Tous les enfants sont scolarisés dans les écoles, collèges et lycées du quartier. « Je suis la seule de la fratrie qui ne soit pas née ici », complète Armecna, sa fille. Un bébé de trois mois dans les bras, Béatrice précise : « Il y a au moins trois enfants de moins de deux ans et quatre femmes enceintes ici. » C’est sans compter « un handicapé et de nombreux malades, diabète, hypertension… », ajoute Bianca.

    Originaire de la région de Bucarest, en France depuis 20 ans, dont 16 à Marseille, elle a vécu plusieurs expulsions. « C’est toujours la même chose, on doit retrouver un lieu, s’organiser pour vivre. C’est de plus en plus difficile avec de moins en moins d’argent. Un gros camion, il faut trois jours pour le remplir, ça représente à peine cent euros. moins le prix du gasoil », déplore la jeune femme. Dans l’enceinte de la caserne investie par des voitures et deux camions, des enfants jouent au ballon tandis qu’un homme s’attelle à la réparation d’un moteur. Des douches et des sanitaires avec un espace prévu pour les machines à laver ont été aménagés. L’association Solidarités International a aidé à une meilleure gestion de l’eau. Un effort de traitement des déchets a aussi été entrepris car c’est suite à des plaintes du voisinage, incommodé par les fumées, que la demande d’expulsion a été faite sur ce bâtiment, propriété de la Ville.

    Du côté de la mairie centrale, on explique : « La préfecture a en effet la main sur le dossier, mais la Ville travaille depuis des mois avec l’État pour trouver une solution de relogement. L’objectif est d’éviter les remises à la rue. » Particulièrement sensible à la situation, Emilia Sinsoilliez, enseignante et première adjointe au maire du secteur, explique : « Nous avons mené un accompagnement social avec ces familles et les associations partenaires de la Ville, Rencontres Tsiganes, l’Addap 13… et le deal avec la préfecture, c’était que les sept familles à la Busserade aient chacune un logement avant la rentrée. C’est pour cela que ça a pris du temps. » Des situations souvent complexes à gérer et plus ou moins soutenues par l’État. « On y travaille, petit à petit de nombreuses familles roms ont des toits sur la tête à Marseille. Leurs enfants sont des petits Marseillais à part entière. »

    Interrogée, la préfecture n’a pas donné suite. D’autres procédures d’expulsions sont pendantes.

    Déjà 25 ans de galère

    À La Valentine dans le 11e arrondissement ou aux Aygalades, dans le 15e arrondissement, sur l’ancien site de la cité des Créneaux. « Il y a un retour en arrière du côté de l’État », craint un associatif. Les budgets se resserrent et le travail partenarial engagé par la Ville avec les associations historiques de terrain perd en forces. Il est notable que l’Ampil (association méditerranéenne pour l’insertion par le logement) qui s’est vue sucrer celui dédié à la résorption des squats et bidonvilles se retrouve mise sur la touche, privée de moyen d’actions.

    Depuis des décennies la politique de la solidarité en dent de scie de l’État, associée à un « odieux amalgame », roms, gitans sédentaires et gens du voyage, « assimilés à des délinquants » ne favorise ni l’apaisement de tensions de voisinage, ni les situations des familles, notait déjà Alain Fourest, l’ancien président de Rencontres Tsiganes dans un rapport publié sur Cairninfo : « 1997-2012 : quinze années de galère et de chasse aux Roms. » En 2012, la préfecture proposait d’accueillir les familles roms, balayées d’une friche à l’autre au gré des expulsions, dans l’ancienne Bastide militaire La Guillermy. Une expérience avortée face au tolé des riverains. En charge de la solidarité pour la nouvelle municipalité marseillaise en 2020, Audrey Garino (PCF) élabore avec Laurent Carrié, préfet délégué pour l’égalité des chances, le projet d’un village insertion sur la friche d’une aire d’autoroute à Saint-Henri. La préfecture l’abandonne en 2024.

    Pour autant, ces solutions existent. Près de Lyon, le Village d’insertion de Saint-Genis-les-Ollières s’est révélé une expérience positive. Créé en 2015, il a accueilli 16 familles qui avaient été évacuées de bidonvilles, sous la réprobation des habitants. Trois ans plus tard, « 80% des familles ont trouvé emploi et logement, et leurs enfants sont tous scolarisés », publiait France Soir en 2018.

  • La gestion du couvent Levat devrait changer de main

    La gestion du couvent Levat devrait changer de main

    La convention d’occupation de l’ancien couvent des sœurs de la congrégation des Victimes du Sacré-Cœur de Jésus arrive à son terme. Pour décider de l’avenir de ce site remarquable de 17 000 m2, dernier poumon vert du quartier, la municipalité va lancer très prochainement un AMI, sur lequel elle devra statuer en janvier 2027.

    Depuis sa bascule dans le domaine communal, le couvent accueille une pépinière d’artistes, des événements culturels y sont programmés et dans son vaste parc, les jardins familiaux continuent à y être cultivés. L’accès au public y était cependant « trop conditionné aux activités des gestionnaires » reprochaient les associations du quartier réunies au sein du Collectif des habitants organisés du 3e (CHO3).

    Interrogé sur l’avenir du couvent, le maire (PS) du secteur, Anthony Krehmeier nous assurait il y a quelques semaines : « la vocation du site restera artistique et culturelle, la quarantaine d’ateliers d’artistes seront pérennisés, car il en faut, c’est un besoin, et ces cellules de 8 m2 ne permettent guère d’autres usages ». Il précisait que la Ville souhaitait « ouvrir davantage l’accès du jardin au quartier, au public en général, sans toutefois le fragiliser ».

    La préservation du jardin et du verger créés par les religieuses qui y vivaient depuis 1843 en totale autarcie pour se consacrer au silence et à la méditation mérite en effet une attention particulière. En 2023, un manque d’attention lors des manifestations organisées, avait conduit à retirer la gestion de la serre et du verger à la structure gestionnaire, au profit de L’Hydre. Pour la nouvelle convention, la Ville prévoit d’intégrer le jardin au domaine public. Ce changement de statut juridique exige d’en passer par un appel à manifestation d’intérêt (AMI). La gestion future du site est donc ouverte à la concurrence. Mais le jardin devrait tomber sous l’administration de la direction municipale de la Nature en Ville.

    L.E.V.A.T. seul en lice ?

    En janvier 2025, en proie à des difficultés financières, le gestionnaire avait annoncé ne plus souhaiter continuer l’aventure au couvent. Déjà investies sur le site, mais avec une vision collective de la gouvernance, 18 structures du quartier se réunissent au sein d’un collectif L.E.V.A.T. et après 18 mois de réunions, définissent leur feuille de route. Présentée le 11 juillet, elle dresse les grands axes d’un projet pour un lieu « davantage tourné vers les besoins du quartier ». Les 41 ateliers d’artistes y sont maintenus sur les deux étages du bâtiment principal. Le rez-de-chaussée accueillerait des espaces partagés pour les associations avec une cuisine collective.

    Dans un article de Marsactu publié le 11 juillet dernier, Karine Terlizzi, directrice de Juxtapoz, annonçait avoir finalement décidé de répondre à l’AMI. Avec des propos plus que maladroits à l’adresse du collectif concurrent, elle attisait le feu dans la bataille pour la reprise de gestion. Dans une publication sur les réseaux sociaux le 6 août, face au tollé de L.E.V.A.T., cette dernière fait son mea culpa « Des mots que je regrette » admet-elle en présentant des excuses accompagnées d’une volte-face : « Dans ce contexte, nous avons pris la décision de ne pas répondre à l’AMI lancé prochainement par la Ville de Marseille ».

  • Il souffle comme un air d’embellie sur la Belle de Mai

    Il souffle comme un air d’embellie sur la Belle de Mai

    « Lacoste, Jézéquel… avant c’était Saint-Fé ! Avec les collègues des Iris, on venait s’habiller rue Belle de Mai », assure Bacri, la cinquantaine. Face à lui, les devantures murées « seventies » d’Yves Rocher, ainsi que celle du Logis Moderne, à la typographie caractéristique des années 1950, témoignent d’un dynamisme disparu depuis des lustres. « Les usines ont fermé, il y a eu le chômage et ils sont tous partis. Après, les gens sont venus habiter là parce que c’était le moins cher », résume cet habitant du quartier.

    Une nouvelle passerelle

    « C’est un quartier résolument populaire et militant, attachant et casse-couilles à la fois, un condensé de Marseille, qui s’est pris la crise du choc pétrolier de 70 en pleine poire. Abandonné des politiques publiques, il a décliné au point de devenir un terreau pour les marchands de sommeil », confirme Serge Pizzo, historique président du CIQ.

    Mais depuis quelque temps, on le sent renaître, par petites touches. Ici, on ne fait pas table rase du passé pour édifier des écoquartiers au bulldozer. « On n’a pas Euromed, mais c’est peut-être une chance, estime Serge Pizzo. Le quartier se prend en main comme il l’a toujours fait, avec toutes les bonnes volontés qu’il compte. » Michel Kelemenis y a créé sa Maison de la danse il y a 15 ans. Le couvent Levat est venu compléter l’offre de la Friche et du Comptoir de la Victorine. L’Embobineuse distille ses sons boulevard Bouès, Le Chapiteau tire l’animation jusqu’à Plombières. Et rue Belle-de-Mai, les rideaux de fer se dégrippent. Le Barjo, redynamisé par Camille, a relevé le défi il y a quatre ans. L’Idéaliste y fabrique depuis quelques mois sa magie et La Camaraderie commence à brasser du monde.

    Le quartier rouge a conservé « son énergie militante et populaire, solidaire. Oui, il y a de la vie ! », souligne Serge Pizzo. En témoigne le succès de la Belle fête de Mai, qui a célébré ses 25 ans en remplissant les places Caffo et Cadenat. L’événement a fusionné avec Les Plus Belles de Mai, manifestation portée par la mairie qui met à l’honneur les initiatives féminines. « Il y a encore pas mal de trous dans la raquette, relativise le CIQ. Il faut une vraie volonté politique et de la concertation. Faire, oui, mais le maître-mot c’est : ensemble. »

    Après l’ère Gaudin, la municipalité issue du Printemps marseillais semble avoir pris le pouls du secteur. Les écoliers ont fait leurs premiers pas, à la rentrée, dans le groupe scolaire Jolie-Manon. La friche de l’ancienne usine de farine de la rue Loubon accueillera, en 2027, une médiathèque très attendue dans ce quartier qui n’a jamais disposé d’une bibliothèque. La police municipale s’y est également installée.

    « La transformation du quartier est un vrai enjeu, assure Anthony Krehmeier, maire des 2-3, qui sort de l’inauguration de la remise à neuf du jardin de la Maternité. La place Cadenat est une des priorités et nous portons une attention particulière aux besoins des habitants ». La campagne de consultation « Prenez place » a fixé les grands axes d’un futur jardin pour enfant et d’un marché. Autour de la place, les ouvriers arrachent le bitume défoncé des rues pour les paver et les arborer. « Ce n’est pas parce qu’on est pauvres qu’on n’a pas droit à des trottoirs carrossables ! », salue Milène, 82 ans, de retour du marché en tirant son cabas. Pour les commerces, « nous intervenons avec des appels à projet pour imposer une diversité », précise l’édile.

    Autre symbole de renouveau : « Faire tomber la passerelle de Plombières pour laisser place au tram et à une trame verte connectée à Saint-Gabriel Bon-Secours », annonce encore Anthony Krehmeier. Les transports en commun restent toutefois à la traîne et l’on attend avec impatience le prolongement du T2, promis par la Métropole pour 2030. La ligne reliera Saint-Charles au Canet, puis à la place Burel et enfin à Saint-Jérôme. Un projet suivi par le collectif « Qu’est-ce qui s’Tram ? », qui veille au grain pour éviter un tracé trop destructeur du bâti. Certains craignent « l’effet gentrificateur ». Un spectre qui agace : « En 30 ans, la Friche n’a pas produit de remplacement de population », souligne Anne Pfister. L’adjointe déléguée à la vie scolaire estime en revanche : « On souffre du manque de mixité sociale et il faudra plus que Jolie-Manon pour enrayer l’évitement scolaire. On s’y attelle. »

  • [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    La Marseillaise : Votre pétition a déjà obtenu plus de 600 000 signatures. Vous attendiez-vous à ce soutien ?

    Issam El Khalfaoui : On savait qu’on serait suivis, mais on ne pensait pas arriver à 500 000 aussi vite. On ne s’attendait vraiment pas à ça. Je tiens à préciser que le site de l’Assemblée nationale oblige à déposer les pétitions de manière nominative, mais il s’agit d’un texte rédigé par Save (Stop aux violences d’État), l’association que j’ai cofondée, et l’ONG Flagrant Déni.

    Vous évoquez dans votre pétition un « bilan humain inadmissible » et rappelez que, d’après un expert de l’ONU, la France est le pays de l’Union européenne avec le plus grand nombre de personnes tuées par les forces de l’ordre. Comment l’expliquer ?

    I.E.K. : Ce bilan est largement dû à l’article L435-1 du Code de sécurité intérieure. C’est la loi qui a été votée en 2017 et qui élargit les conditions de tir pour les policiers [dans cinq situations au-delà de la légitime défense, Ndlr]. Juste sur les refus d’obtempérer, on s’aperçoit qu’il y a cinq fois plus de tirs mortels [selon les chercheurs Sébastian Roché, Paul le Derff et Simon Varaine, Ndlr]. C’est énorme.

    Avant, sur un refus d’obtempérer, on tirait sur des véhicules qui arrivaient à pleine vitesse. En général, on ratait sa cible. Il y avait un tir, mais il n’y avait pas de mort. Aujourd’hui, sur tous les refus d’obtempérer, on l’a vu sur l’affaire Nahel [adolescent de 17 ans, tué par un policier en juin 2023 lors d’un contrôle routier à Nanterre, Ndlr], il s’agit de tirs à bout portant sur des véhicules qui démarrent. Les tirs sont donc beaucoup plus létaux. C’est une conséquence directe de la loi qui permet aux policiers de tirer sur quelqu’un s’ils pensent qu’il peut représenter un danger plus tard. Le problème, c’est que cette évaluation du danger potentiel est complètement liée à la personnalité des policiers. Et aujourd’hui, dans une société de plus en plus à l’extrême droite, le racisme systémique peut leur faire croire qu’un jeune racisé est potentiellement dangereux dans un véhicule.

    La proposition de loi (PPL) inverse la charge de la preuve : ce sera désormais aux victimes ou à leurs proches de démontrer que l’usage des armes n’était pas justifié. Quel danger cela représente-t-il ?

    I.E.K. : Aujourd’hui, il y a un grand mensonge qui est propagé par Laurent Nuñez [ministre de l’Intérieur et ancien préfet de police des Bouches-du-Rhône, Ndlr] et par toute la droite : ils assurent qu’on pourra à tout moment renverser la force de la preuve. Mais Laurent Nuñez est bien placé pour le savoir, les 24 premières heures sont essentielles. Or, avec cette nouvelle loi, comme le tir du policier est présumé légal, il n’y aura pas d’enquête automatique. Elle peut être déclenchée plus tard, si un proche de la victime décide de se constituer partie civile par exemple, mais ça peut prendre plusieurs mois. Le temps de rendre l’accès à des informations capitales beaucoup plus compliqué : les vidéos de surveillance peuvent avoir été supprimées, les témoins peuvent être plus difficiles à retrouver… Supprimer le recours à l’enquête systématique revient à organiser l’impunité. Rappelons par ailleurs que cette loi est, à l’origine, une proposition de Jean-Marie Le Pen, [fondateur du Front national, Ndlr].

    Vous avez assisté, le 7 juillet, avec d’autres familles de victimes, aux débats qui ont eu lieu à l’Assemblée nationale à propos de cette PPL. Comment l’avez-vous vécu ?

    I.E.K. : On a assisté aux débats sans avoir le droit de parler. On nous a montrés du doigt, traités de racailles [Laure Lavalette, députée (RN) a réemployé ce terme sur un plateau de BFM TV, Ndlr]. Lorsque le député des Verts [Pouria Amirshahi] a lu la lettre que j’ai écrite, nous avons été hués par les députés de droite et d’extrême droite. À aucun moment on a considéré notre statut de victimes. À la fin, lorsque la loi a été votée, je n’ai pas pu rester sans rien faire et j’ai crié « Pas de justice, pas de paix ». J’ai été immédiatement évacué par des huissiers mais les autres familles ont pu continuer de chanter. Les députés de gauche ont applaudi et les députés de droite et d’extrême droite les ont insultés. On nous a dit qu’on était la honte de la République. Pour moi, la honte de la République, c’est de nous avoir sifflés et hués quand on parlait de nous.

  • Belle de Mai : le parc de la Maternité renaît avec du chien

    Belle de Mai : le parc de la Maternité renaît avec du chien

    « Avant, on passait devant sans faire attention. On allait plutôt au parc Longchamp, mais ici, ça nous change et c’est moins loin de chez nous », font part Camille et Samuel, jeune couple à poussette et en goguette qui vient du boulevard Guigou voisin. « C’est bien, il y a pas mal d’arbres », observent-ils, soulagés de voir renaître le parc de la Maternité au milieu de la jungle de béton de la Belle de Mai. Situé traverse Séry, sur un petit promontoire offrant une vue sur le massif de l’Étoile et le Nord-Est de Marseille, 5 000 m² de verdure qui comprennent aire de jeux pour enfants, city stade ainsi que terrains de pétanque.

    Cohabitation

    « On est dans un secteur qui est assez dense et des îlots de fraîcheur comme celui-ci permettent aux habitants, qui vivent souvent dans des conditions difficiles l’été, de venir se rafraîchir », résume le maire (PS) de secteur Anthony Krehmeier. Mais dans le parc de la Maternité, il n’y a pas que des minots qui cavalent. Les lieux abritent aussi un caniparc où les chiens des badauds peuvent se dégourdir les pattes. « Franchement, ils ont fait du bon travail », estime Karim, enfant du quartier ayant traîné ses culottes courtes dans le parc. « Ma mère a accouché de moi ici. J’y ai tous mes souvenirs », rappelle ce pizzaïolo établi rue Clovis-Hugues, tout en indiquant la direction de l’ancienne maternité de la Belle de Mai, fermée à la fin des années 1990 et devenue un village de vacances il y a près de 10 ans. « J’aurais juste aimé qu’ils mettent des séparations en plus pour les chiens », note-t-il, alors que Chopper, son « staff croisé bully » renifle d’un peu trop près un malinois.

  • Corps et esprits se libèrent au Festival de Marseille

    Corps et esprits se libèrent au Festival de Marseille

    S’il fallait encore prouver que la danse libère les corps et les esprits, le programme de cette fin de semaine du Festival de Marseille en est encore une belle illustration. Nouvel exemple avec _ p/rc_, pièce de danse recréée par Eric Minh Cuong Castaing, Aloun Marchal et Marine Relinger, avec des enfants de l’Institution d’éducation motrice de Saint-Thys. Visible samedi 20 juin à 14h30 et 17h30 au Ballet national de Marseille, la réunion chorégraphique de danseurs, enfants atteints de troubles moteurs, de leurs soignants ainsi que de robots de télé-présence dirigés par des personnes en situation de handicap. Un ballet d’une « beauté ludique » où le soin et l’art entrent en symbiose.

    « Hors-norme »

    À la Friche Belle de Mai, ce même jour à 15h, performance XXL en vue, comme le suggère le titre de cette pièce chorégraphiée par Sofiane Chalal, également sur le plateau aux côtés de trois autres interprètes, qui « convoquent leur vécu et revendiquent leur physicalité singulière », présente Julia Moreira Miguel, responsables des relations avec les publics au Festival de Marseille. « Comment brasser à plusieurs, partager en connaissance de cause la sensation d’être gros ? Comment faire vaciller la certitude d’être “trop” qui se lit dans le regard des autres, spectateurs compris ? », écrivent Sofiane Chalal et le dramaturge Youness Anzane. Autant de questions auxquelles ils tentent de répondre en prenant leurs « physiques hors-norme au pied de la lettre » en en « désarmant le péjoratif pour annoncer une vie de combats ».

  • La cité phocéenne devient la capitale du Made In France

    La cité phocéenne devient la capitale du Made In France

    « Le 11 juin, Marseille sera la capitale du Made In France. » Olivier Robert, fondateur de Sacré Français qui organise depuis trois ans les rencontres du Made in France, se réjouit que l’événement prenne place à Marseille, à la Friche de la Belle de Mai (3e). De 9h à 17h le 11 juin, des conférences et un village de plus de 40 exposants permettront de mettre à l’honneur le fameux « made in France ».

    Après the Camp à Aix-en-Provence et le Couvent à Marseille, c’est à la friche de la belle de mai que s’installeront les ambassadeurs de la fabrication française. Un nouveau lieu plus grand, pour accueillir un nombre croissant de participants et lourd de sens, puisque c’est dans une ancienne cartoucherie que les intervenants aborderont les thèmes de la réindustrialisation et des relocalisations.

    « Avec ces rencontres, c’est les victoires du made in France que nous voulons mettre en avant, explique le fondateur des Sacrés Français. Car on peut encore fabriquer en France et on peut en être fier », insiste-t-il. L’objectif de cet événement est de montrer que fabriquer en France est encore possible. Un rendez-vous pour mettre la lumière sur les entreprises qui font ce choix, donner des clés à celles qui voudraient le faire et permettre aux partenaires de se rencontrer.

    Région Sud bien présente

    Si c’est la France entière qui se retrouvera le 11 juin, la Région Sud est tout de même bien représentée, avec notamment le label « Fabriqué à Marseille », lancé par la municipalité il y a 3 ans. Pour l’organisateur, c’était une évidence de venir à Marseille. « D’abord pour montrer qu’il n’y a pas que Paris, et aussi parce que Marseille c’est la 2e ville de France, et c’est un lieu où ça bouge pas mal. »

    Un événement très soutenu par la Ville de Marseille qui y voit un moyen de faire rayonner la ville et le territoire avec. « Cela permet de faire de la ville un catalyseur pour mettre en avant les richesses françaises et marseillaises », se félicite Julien Harounyan, adjoint (Madmars) au maire en charge de l’attractivité économique. Pour l’élu, c’est également un moyen : « De faire en sorte de construire une économie d’attractivité économique pour les Marseillais et pas seulement au service du territoire national. »

    Une initiative également soutenue par la chambre de commerce et de l’industrie d’Aix Marseille. « Notre but c’est de soutenir les entreprises locales, mais aussi de pousser le consommateur à consommer local », insiste Jocelyn Meire, membre de la CCI.

    Plus d’informations sur sacré-français.com

  • La nouvelle saison de la Friche passe à l’heure d’été

    La nouvelle saison de la Friche passe à l’heure d’été

    Les débuts de l’été s’annoncent et dans un même temps on retrouve le début de la saison estivale à la Friche la Belle de Mai, tiers-lieu emblématique de notre cité phocéenne. Cette semaine marquait également l’ouverture de la Saison Méditerranée 2026 qui démarre à Marseille avant de se propager à travers la France jusqu’à fin octobre, célébrant la richesse des liens entre les territoires de la Méditerranée. C’est dans cette même veine que la programmation de la Friche fait dialoguer les cultures et les scènes artistiques et créatives du pourtour méditerranéen dans une célébration du partage et de l’apprentissage de l’autre.

    Ce mardi 12 mai, la présentation de la programmation a vu le directeur général de la Friche, Alban Corbier-Labasse prendre la parole pour dédier cette saison à Philippe Foulquié, fondateur de la Friche, disparu le 21 avril. « Ce sera la première saison sans Philippe Foulquié, une présence toujours discrète, chaleureuse, bienveillante (…) cette saison est l’expression de son héritage », atteste-t-il. « L’héritage qui serait un certain art de rassembler, d’une capacité à faire dialoguer les cultures, toujours mettre la création et les artistes au centre, et donner du pouvoir d’agir aux acteurs et aux actrices culturelles qui habitent ce lieu au quotidien », émet le directeur.

    En effet cette saison rassemble plus de 70 partenaires, dont une trentaine de la Rive Sud – des collaborations qui sont permises grâce la Saison Méditerranée. Alban Corbier-Labasse continue disant « Le thème de cette Saison Méditerranée, c’est “arriver, partir, revenir”. Je rajouterai “rester” : une idée de permanence historique qui caractérise bien la Friche. » Une permanence qui se trouve dans le coup d’envoi de la saison qui prévoit l’escale du projet Mawjaat, du 18 au 20 mai, réunissant l’ensemble des représentants des tiers-lieux pilotes à la Friche. Julie Kretzschmar, commissaire générale de la Saison Méditerranée présente lors de l’événement dira que « La Saison Méditerranée à la Friche, c’est comme une mini saison dans la saison. »

    Participation à

    « Saison Méditerranée »

    Le 20 mai marque l’ouverture des cinq expositions s’inscrivant dans le programme. Parmi elles, l’exposition collective produit par Parallèle, intitulée Sur la frontière du temps, une relève Méditerranéenne. Elle réunit seize jeunes artistes venant du Maroc, de l’Algérie, du Liban et du Sud de la France à travers une pluralité de disciplines. Cette séquence d’ouverture prévoit également trois soirées autour du cinéma avec le projet TiLEM – Tiers-lieux En Méditerranée. Deux rives, une seule jeunesse méditerranéenne convoque 28 jeunes d’Algérie et des différents quartiers de Marseille où le public découvre une série de courts-métrages documentaires et des vidéo-lettres que ces jeunes se sont échangés.

    La suite de l’été multiplie les temps forts avec la saison ON AIR. La date d’ouverture est confiée à la coopération Bisou qui rassemble Bi:Pole, l’A.M.I., Radio Grenouille et le Cabaret Aléatoire qui travaillent ensemble à l’écriture d’un geste commun pour les musiques actuelles à la Friche. D’autres résidents de la Friche proposeront des soirées On Air, dont Radio Galère, invitée pour la première fois, et d’autres acteurs culturels du territoire. Parmi lesquels, l’Embobineuse, la Responsabilité des Rêves qui donne une carte blanche au Makeda, le festival Marsatac, la Fiesta des Suds, Constellations ou encore le festival Utopia qui conclut la saison.

    La représentante des Rencontres à l’échelle marquait le point : « Cette 21e édition s’inscrit dans le cadre de la Saison Méditerranée, et dans la continuité d’un engagement de plus de vingt ans en faveur des scènes contemporaines du sud et des artistes issus des diasporas, c’est ça l’ADN des Rencontres à l’échelle et des Bancs Publics. »

    LES PROCHAINS RENDEZ-VOUS

    Entre le calendrier de la « saison Méditerranée » qui se déroule à la Friche et ses propositions estivales, l’agenda des manifestations et festivités est d’ores et déjà bien fourni.

    18-20 mai : Mawjaat

    Un rendez-vous autour des tiers lieux et des projets culturels en Méditerranée.

    20 mai : Opening Expositions

    Vernissage des expositions et soirée musicale sur le toit-terrasse. Parmi les expositions : Sur la frontière du temps, une relève méditerranéenne proposée par Parallèle ; Autoroute Tanger-Marseille proposée par Think Tanker ; Sur les ruines, les pierres fleurissent d’Abdessamad El Montassir ; Jouer la Montre de Mona Benyamin ; Les rêves n’ont pas de titre de Zineb Sedira.

    21, 22 et 23 mai : TiLEM

    Deux rives, une seule jeunesse méditerranéenne dans plusieurs lieux : 21 mai à l’Alhambra, le 22 au cinéma Le Gyptis et le 23 au Musée d’Histoire de Marseille.

    22 mai : Imaginaires

    Journée d’étude. « Imaginaires connectés : art, numérique et réseaux en Méditerranée ».

    22-24 mai : Le Bon Air

    La 11e édition du festival « Le Bon Air » dédiée à la musique, à l’art et aux dynamiques collectives.

    À partir du 5 juin : « On Air »

    Début des soirées « On Air ». Concerts et DJ sets sur le toit-terrasse. Jusqu’au 5 septembre.

  • Des cigarières aux patronnes de bar, les Plus belles de Mai

    Des cigarières aux patronnes de bar, les Plus belles de Mai

    Quatre femmes, quatre soirées, quatre lieux. Et aussi du cinéma le 15 mai avec cinq portraits de Marseillaises, une balade urbaine, une exposition photographique au bar de la Poste et un final qui fusionne avec la Belle fête de Mai : une grande marche féministe, familiale et populaire, « la déferlante bleue » partira le 29 mai à 16h30 de la rue Clovis-Hugues, ex-rue Bleue du « quartier rouge », en référence aux blouses des ouvrières de la Manufacture des tabacs qui l’empruntaient et à qui la parade rend hommage.

    Des performances, du théâtre, de la danse, mais surtout un grand sens de la fête et de la fantaisie sont les ingrédients majeurs de la recette de ce festival porté par la mairie des 2e et 3e arrondissements, dans une volonté de « rendre leur place aux femmes dans l’espace public » souligne Emilia Sinsoilliez, première adjointe au maire de secteur, en partenariat avec RedPlexus et avec le soutien de la Ville. Mais il n’existerait pas sans l’énergie de toutes les belles volontés d’un quartier. Fait pour et avec ses habitants, il a été concocté au sein du Labo des désirs avec les artistes Ama Sofia, Mariane Duquennoy Savio, Marie-Khane, Jeannette Boulanger, Roxanne Jubert et Magali Revest. Dans les coulisses de la Salle des mouvements de la Friche Belle de Mai, des grands-mères, des mères et des jeunes filles ont participé à des ateliers chorégraphiques. À partir de trois propositions, « elles revisitent l’héritage des femmes méditerranéennes, font émerger l’impératrice qui sommeille en elles ou encore montent une bibliothèque des gestes d’enfants », résume Christine Bouvier, directrice de RedPlexus.

    Reines et ouvrières

    Ces séances de travail donnent lieu à des spectacles présentés dans trois bars tenus par des femmes. Domi ouvre le bal au Bar Marius, ce samedi 9 mai, de 18h à 22h, avec les danses de Mariane Duquennoy-Savio et Ama Sofia de la Fabrique du bonheur, puis Adèle Diridollou, Emma Pocq et Camille Meyer du Collectif Moÿ Moÿ, suivis d’un karaoké. Le 16 mai, Vanny ouvre grand les portes des Délices de Praia aux performances de Barbara Sarreau et de Marie Khane Tomei puis à une improvisation du collectif Yessaï, guidé par Marion Colard. Et le 23, Camille accueille au Bar Jo, après une balade avec l’anthropologue Nathalie Cazals, la performance des chorégraphes Les voyageuses, les contes musicaux de Mo Abbas, le solo de danse de Sarah Sobhi Najafabadi de la Compagnie Anahita, et elle participe à une démo de danses tahitiennes avec l’association Moerani. Mais aussi, le 15 mai à partir de 18h, c’est Sofia, au Bar de la Poste, qui reçoit le vernissage de l’exposition de 15 tirages grand format de Jean-Claude Sanchis. À chaque soirée, des femmes restitueront les textes qu’elles ont écrits pour le projet « la femme arc-en-ciel », avec Nicolas Dupont.

    Un festival dont les femmes sont à la fois les reines et les fières ouvrières. Dans la lignée des cigarières, ces « belles », immigrées italiennes pour la plupart, qui ont organisé une grève en 1887 qui a mis un coup d’arrêt aux fouilles humiliantes des contremaîtres de l’usine à tabac. Poète et député socialiste, Clovis Hugues les a soutenues comme il l’a fait pour la Commune de Marseille.

    Tout le programme sur : mairie-marseille2-3.com

  • Décès de Philippe Foulquié, le fondateur de la Friche Belle de Mai à Marseille

    Décès de Philippe Foulquié, le fondateur de la Friche Belle de Mai à Marseille

    Jean-Marc Coppola, maire communiste des 15-16 et ancien adjoint au maire de Marseille chargé de la Culture, exprime sa «profonde tristesse » après le décès de Philippe Foulquié qu’il décrit comme un « visionnaire, qui a su transformer une friche industrielle en un haut lieu culturel, avec ses complices Alain Fourneau, Christian Poitevin et Jean Nouvel ».
    Ami de notre journal, Philippe Foulquié était un homme pour qui la diffusion de la Culture et des arts était l’engagement d’une vie.
    La Marseillaise présente à ses proches ses sincères condoléances.

    Plus d’informations dans La Marseillaise de ce vendredi.