Tag: Bande Dessinée

  • Arles et le dessin, l’aventure continue

    Arles et le dessin, l’aventure continue

    Des mal connus, des oubliés et de grandes signatures – Giacometti, Goya, Pasolini, Piranèse et Richier côtoient Louise Michel, Desmazières, Palézieux et Ceija Stojka – une dizaine de lieux dans la ville, du renouvellement et des inattendus, plus de mille dessins proposent des découvertes merveilleusement imprévisibles.

    Plus de 159 000 entrées l’an dernier ! Rester curieux et désirant, accepter « les marges et l’inquiétude » ce seront les dangers et les bonheurs à quoi s’exposeront les visiteurs de ce quatrième Festival. Commencer l’itinéraire par la place de l’Hôtel de ville avec la Chapelle Sainte-Anne et l’Archevêché ensuite marcher par les ruelles vers les musées petits ou grands chez Réattu et Lee Uffan ou bien au Méjean près d’Actes-Sud, aller jusqu’en bordure de boulevard Emile-Combes pour retrouver la fraîcheur sous les voûtes de Saint-Blaise : les joies et les défis seront permanents.

    À la faveur d’un portrait d’un grand cinéaste-producteur, pour paraître en magazine samedi 25 avril on reviendra sur le point culminant de cette manifestation, une émouvante sélection opérée dans la collection de Martin Karmitz, en dialogue avec Antoine de Galbert. Ces découvreurs se sont finement associés au trio inspirateur du Festival Julie Bouvard, Vera Michalski et Frédéric Pajak qui poursuivent une irréductible et précieuse aventure parallèle, commencée en 2002, les éditions des Cahiers Dessinés.

    Aller vers ce qui « ne va pas de soi »

    Parce qu’on craindrait d’énumérer des listes de noms prestigieux ou bien inconnus, on désignera trois coups de cœur dans ce très riche programme : la vitalité et l’humour d’Armand Avril, l’assembleur de Cotignac décédé en novembre 2025, les vérités terrifiantes des encres de Louis Soutter ainsi que les inédits de Steinlen, ses sauvages Danses macabres jamais encore montrées. Ces noms choisis parmi les multiples propositions de l’équipe (une centaine de personnes passionnées et compétentes) de Frédéric Pajak pointent son inflexible ligne de conduite : fureter et glaner par-delà la tendresse, la sensualité ou la violence, entrevoir et puis aimer ce qui « ne va pas de soi ».

    En ligne sur le site du Festival d’autres séquences et rendez-vous, jusqu’au 17 mai. En off, deux Marseillais, Gérard Traquandi dans la galerie Laurent Godin établie depuis un an près du Pont Trinquetaille et l’écrivaine Liliane Giraudon chez Corinne Dumas, place Voltaire.

    Festival du dessin d’Arles, jusqu’au 17 mai en centre-ville. Programme complet sur le site de la Ville ou festivaldudessin.fr

  • [Le coin de la BD] Foot féminin et foot révolutionnaire et banni en Angleterre

    [Le coin de la BD] Foot féminin et foot révolutionnaire et banni en Angleterre

    Vingt-trois mars 1920. Le match opposant les Newton au Stone Hills Ladies s’annonce légendaire avec 60 000 spectateurs dans le stade de Liverpool. Il est l’aboutissement de l’enthousiasme né dans les années précédents autour du football féminin, symbole de l’émancipation des femmes par le sport dans l’Angleterre de l’après Première Guerre mondiale mais aussi de l’importance alors du mouvement ouvrier dans ce sport au départ aristocratique. Tout commence dans le Royaume-Uni de 1915 quand Katie, Linda et Emily se sont substituées dans l’usine aux hommes sur le front en France. Elles les ont remplacés au point de jouer comme eux au football durant les pauses, et même d’y jouer très bien. Julie Billault et Sébastien Piquet racontent comment de simple passe-temps, le football va devenir leur activité principale, leur notoriété se développant match après match, d’abord pour soutenir l’effort de guerre, puis les grévistes de l’après-guerre. Mais le retour de bâton sera violent : les hommes étant de retour et la fièvre révolutionnaire inquiétant le pouvoir, les autorités décident en 1921 un « ban » qui interdit aux femmes de pratiquer le football ainsi que toute compétition féminine. Une interdiction qui perdurera jusqu’en 1971. Pourtant, ces sportives féministes vont réussir à contourner ces interdictions via des tournées à l’étranger. Une superbe fiction inspirée de faits réels indispensables pour les amateurs éclairés de football.

    L’affaire des hommes disparus

    À la croisée du Club des cinq et de la culture Pulp, bienvenue à Hobtown, village de 2 006 habitants situé en Nouvelle-Écosse, au Canada anglophone, où Kris Bertin et Alexander Forbes situent leur triptyque Les mystères de Hobtown dont voici le premier volume. Car oui, il s’en passe des événements étranges à Hobtown, heureusement le club de détectives des lycéens est là pour mener l’enquête sur d’étranges disparitions et découvrir que même dans un petit bourg les faux-semblants sont nombreux. Une BD aussi palpitante que pleine de charme et de rebondissements.

    Chez Delcourt, 29,95€

    Matisse, le rêve absolu

    Jörg Mailliet et Julie Birmant évoquent à travers un graphisme inspiré un large pan de l’existence du peintre, de ses débuts difficiles jusqu’à la reconnaissance internationale à près de 40 ans, mais aussi de sa vie privée tiraillée entre son épouse et son modèle russe Lydia. Matisse y est peint comme un artiste en plein doute, rongé par l’angoisse et cherchant en permanence à explorer de nouvelles voies jusqu’à devenir un maître incontesté de l’art du XXe siècle sur lequel le Grand Palais à Paris organise une exposition-évènement jusqu’au 2 août.

    Chez Les Arènes BD, 24€

    Du pied gauche

    Dessinateur de presse originaire de la Drôme, Lara a suivi les élections présidentielles à gauche mais aussi la campagne des législatives après la dissolution qui aboutira à la constitution du Nouveau Front populaire. Mêlant aux espoirs et désillusions politiques de cet homme de gauche les drames familiaux qui le touchent, il livre une excellente chronique de la vie politique et de la gauche qui ne parvient plus à s’entendre. Un regard informé sur tout le spectre allant des écologistes à LFI en passant par les communistes et les socialistes.

    Chez Charivari, 21,50€

    Marcel Bascoulard

    Clochard magnifique et artiste de génie, marginal et travesti, Marcel Bascoulard a marqué la ville de Bourges jusqu’à son sordide assassinat crapuleux en 1978. Frantz Duchazeau rend un magnifique hommage en noir et blanc à ce virtuose du dessin, permettant de le redécouvrir ou tout simplement de le découvrir. Une belle biographie de cet artiste inclassable qui avait décidé de vivre et produire selon ses propres lois, pourtant soutenu par certains commerçants chez qui il échangeait des dessins contre de la nourriture.

    Chez Sarbacane, 25€

    Chagrin

    Rodolphe et Griffo s’inspirent du célébrissime « La peau de chagrin » d’Honoré de Balzac pour plonger leur lecteur dans le Paris des romantiques de ce début du XIXe siècle où aurait vécu le héros qui aurait inspiré le roman. Raphaël de Valentin, un jeune noble ruiné erre en quête d’un peu d’amour, de bonheur et d’argent ! Au bord du suicide, il entre dans une boutique d’antiquités, espérant y trouver quelque chose susceptible de le distraire. Un vieil homme mystérieux, lui montre un objet étrange : une peau… Et tout ira mieux. Ou pas !

    Chez Delcourt, 24€

    Woodstock 69

    Sous-titrée « Le concert du siècle », cette BD de José Luis Munuera et Kid Toussaint en met plein les yeux et plein les oreilles si on suit la bande-son de ce concert de légende de 1969. Il n’a d’ailleurs pas eu lieu à Woodstock, mais à Bethel, à 100 kilomètres de là. Rien n’était prêt pour la marée humaine qui y déferle : pénurie de nourriture et d’eau, toilettes impraticables, pluies diluviennes, état d’urgence déclaré… Et pourtant ce fut un festival qui marqua l’histoire pour un demi-million de jeunes. Voici l’odyssée de quelques-uns d’entre eux.

    Chez Le Lombard, 21,95€

  • [Le coin de la BD] Migrants et passeurs, misère et mafia

    [Le coin de la BD] Migrants et passeurs, misère et mafia

    Awar le taiseux porte des baskets de luxe grâce à son lucratif job de passeur. Mais ce Kurde de Syrie porte aussi un douloureux passé que va réveiller Esrin, une jeune migrante kurde elle aussi, fille de combattante fuyant l’enfer syrien. Laisser renaître son humanité ou pas ? Awar va devoir choisir… Car Soran, son boss basé en Angleterre qui tient d’une main de fer son réseau de passeurs de migrants, veut du chiffre et du résultat. Et Awar, plus tout jeune, voit bien que Musta, passeur ultraviolent fraîchement arrivé, lui prendrait volontiers sa place… Awar va-t-il oser prendre la porte de la rédemption ou la claquer définitivement ? Construit avec des flash-backs permettant de remonter le fil du passé d’Awar, ce récit violent explore les migrations du point de vue inattendu d’un passeur humain trop humain, entre thriller et récit de passation entre un homme désabusé et une adolescente révoltée. Âpre et très forte, cette BD plonge le lecteur effaré au cœur de ces trafics où hommes, femmes et enfants cherchant un avenir meilleur ou tout simplement sauver leurs vies sont considérés comme des marchandises par des réseaux mafieux ultraviolents pour qui la vie humaine n’a aucune valeur.

    Basé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frédéric Loore, Passeur(s) est soutenu par la Fondation Samilia, luttant contre le trafic d’êtres humains. Un dossier pédagogique à la fin de l’album permet de comprendre le phénomène migratoire et les notions juridiques de traite et de trafic d’êtres humains.

  • [Le coin de la BD] On dirait le sud… lyncheur, raciste et criminel de la Géorgie d’il y a un siècle

    [Le coin de la BD] On dirait le sud… lyncheur, raciste et criminel de la Géorgie d’il y a un siècle

    Avec Au sud, l’agonie, les auteurs livrent un album sans concession sur la misère intellectuelle et sociale des « White trash », blancs du sud aussi pauvres et ignorants que racistes dans un sud profond et moite marqué par la défaite de la guerre de Sécession mais où la ségrégation raciale et le Klu Klux Klan font encore la loi. Une œuvre puissante en forme de polar social et de fresque historique.

    État de Géorgie, années 1920… Alors que les militants du Parti communiste américain tiennent des meetings clandestins pour expliquer que métayers blancs et noirs ont les mêmes intérêts face aux grands propriétaires, un métis et un agent fédéral homosexuel ont maille à partir avec une bande de « white trash » racistes et lyncheurs. Pour ce nouvel hommage au film noir américain avec cette enquête criminelle au cœur de la Bible Belt, Philippe Pelaez et Hugues Labiano frappent fort avec cette histoire sociale, « raciale », politique et policière aux personnages bien trempés dans la moiteur du sud. Face à un pasteur Lee qui dirige la ville de Savannah où malgré la défaite sudiste la ségrégation fait toujours la loi, il faudra beaucoup de sang pour que la justice soit rendue. D’autant qu’un dangereux bagnard, Travis Hart, s’est évadé et se dirige vers la ville pour exécuter une vieille vengeance. Même s’il est le second tome d’une trilogie sur les USA du XXe siècle, cet album entre polar historique et tragédie intime se lit seul et reste un « one-shot puissant qui incarne la mémoire vivante d’un sud meurtri et résonne comme une colère contre l’injustice ».

    Une plongée au cœur d’une Amérique que l’on a longtemps préférée cachée et tue et qui est aujourd’hui l’un des ressorts du trumpisme tant les mêmes démons hantent toujours ces terres un siècle plus tard.

  • Conflit judiciaire et bulles d’air frais

    Conflit judiciaire et bulles d’air frais

    Franck Bondoux est accusé par certains auteurs et collectifs de dérives mercantiles, management toxique, ou encore d’avoir licencié une salariée, suite à la plainte de cette dernière pour un viol commis en marge du festival d’Angoulême. Mais lors de la conférence de presse qu’il organisait jeudi 29 à Paris, le patron de 9e art+, association qui avait jusqu’à présent la charge de cette Mecque de la BD, balaye d’un revers de main ce qui lui est reproché. Les « où commence la toxicité ? » et autres « dans toutes les entreprises, des gens vont et viennent » illustrent le déni de celui qui a annoncé hier assigner en justice l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême, chargée de nommer un nouvel organisateur du festival suite aux revendications des auteurs et éditeurs, pour « concurrence déloyale et parasitisme ». Une « tentative de spoliation », selon Franck Bondoux.

    Grosses vs petites mains

    « 9e art+ n’a jamais fait preuve d’une prise de conscience de ce qui lui était reproché. Il faut que le festival d’Angoulême change de mains », estime l’autrice marseillaise Nine Antico. Alors que la 56e édition d’Angoulême, qui devait se tenir actuellement, a été annulée, des autrices ont répondu à l’appel du collectif Girlxcott pour tenir des Fêtes interconnectées de la BD. Au menu, à Marseille, du 30 janvier au 1er février, des rencontres avec de nombreuses artistes et expositions à l’Alcazar et à la Friche Belle de Mai, ou encore le parcours « Loisirs créatifs » autour de l’œuvre de l’Istréenne Anouk Ricard, Grand prix d’Angoulême 2025, à la salle polyvalente de l’Articho (3, rue des Abeilles, 1er).

    Programme complet sur girlxcott.org

  • [Entretien] Nine Antico : « Il existe une vraie lutte pour faire exister nos droits dans la BD »

    [Entretien] Nine Antico : « Il existe une vraie lutte pour faire exister nos droits dans la BD »

    La Marseillaise : Comment le mouvement Girlxcott est-il né ?

    Nine Antico : Un mécontentement germait depuis une dizaine d’années et a explosé l’an passé, suite à un article paru dans L’Humanité qui exposait clairement les dérives aussi bien artistiques que de gestion du festival d’Angoulême. Ce qui a aussi mis le feu aux poudres, c’est le licenciement d’une employée de 9e Art+ [association gestionnaire du festival, Ndlr], au lendemain qu’elle ait annoncé avoir été violée lors d’une soirée professionnelle.

    Dans le monde de la BD, comment les violences faites aux femmes, et plus généralement aux personnes vulnérables, se manifestent-elles ?

    N.A. : C’est un milieu, comme tous les milieux artistiques, qui a été très masculin. Et donc, l’incursion de plus en plus d’autrices, ces dernières années, a provoqué certaines situations. Il existe de nombreux témoignages de violences sexistes ou sexuelles, d’agressions. C’est un milieu qui ressemble malheureusement à d’autres milieux artistiques où il y a eu très peu de représentations de femmes. Pour que les choses bougent, il faut du temps. Cela passe aussi parfois à travers l’expression de ras-le-bol comme cette année. Des autrices ont été à l’initiative du mouvement, mais on a été aussi rejoint par des hommes, des auteurs, des éditeurs… C’est un mouvement qui englobe plein de choses, mais décrit, en gros, une volonté de penser autrement un festival qui serait plus horizontal et inclusif. Qui représenterait le milieu de la BD tel qu’il est vraiment aujourd’hui.

    Certains ont aussi pu déplorer le côté « machine à cash » du festival. Quel cynisme face à la précarité dans laquelle les auteurs de BD se trouvent…

    N.A. : Ce festival, qui était payant, a vu son prix d’entrée pour le public augmenter ces dernières années avec des places autour d’une trentaine d’euros. Or le but du jeu est de rencontrer les auteurs et acheter des livres. Ça manquait aussi de générosité dans les lieux pour que les auteurs se rencontrent. Il y a aussi le cas de la présentation de certaines expositions qui ont déclenché de vives polémiques. L’enquête de Lucie Servin dans L’Humanité racontait comment l’esprit mercantile a écarté au fur et à mesure l’aspect ludique de ce festival qui avait été pourtant créé dans les années 1970 par une association à une tout autre échelle.
    Avec les auteurs qui vendent beaucoup, une minorité, et les autres, il y a deux endroits qui ne se rencontrent pas, qui plus est dans les bulles telles qu’elles avaient été façonnées à Angoulême. Les publics se croisaient dans les rues, mais pas du tout sous les chapiteaux. À côté des grosses maisons d’édition et des livres à gros tirages qu’on peut trouver en supermarché, il y a un nombre conséquent et majoritaire d’auteurs qui n’arrivent pas à vivre de leurs productions. Et qui, à Angoulême, se retrouvaient dans des conditions de festival se rapprochant davantage du camping qu’autre chose. Il y a en ce moment une vraie lutte pour faire exister nos droits, en faveur d’un système qui nous protégerait entre deux livres. Une BD, c’est un temps de fabrication très long, un travail solitaire. Pour que l’on gagne de l’argent sur nos livres, il faut que nos ventes dépassent les droits d’auteur qu’on a eus.

    L’idée des Fêtes interconnectées de la BD, c’est de renouer avec une dimension humaine ?

    N.A. : Oui, l’aspect solidaire, déjà. Rien que le fait de s’emparer de la programmation et de se rencontrer entre auteurs et autrices est déjà une avancée. On est au cœur de la décision et cela à un gros impact sur nos motivations à être là. On le fait de manière bénévole. Mais le but du jeu n’est pas que le festival d’Angoulême soit détruit ad vitam aeternam. Mais plutôt de dire : on n’est pas contents de cette version-là, on en voudrait une autre dans laquelle on serait plus impliqués, mieux traités et avec plus de diversité. Une diversité qu’Angoulême avait tendance à effacer.

    Et dans le cadre des Fêtes interconnectées de la BD, vous participez avec d’autres autrices, le 31 janvier, à une table ronde à l’Alcazar ainsi qu’à une exposition à la Friche Belle de Mai…

    N.A. : On se penche sur le désir sous l’angle féminin. Une thématique qui afflue dans nos derniers livres ou revues. Tout un imaginaire a été monopolisé par les hommes. On discute sur ce que nos regards et récits peuvent apporter au monolithe sur lequel on s’est construit, qui est un regard essentiellement masculin. Il y aura aussi par exemple Claire Fauvel, qui photographie les hommes nus, l’anthropologue Morgane Tocco dont le sujet de recherches est la représentation du nu masculin dans l’art. Elle montre à quel point il y a peu de représentations. La femme nue est toujours au cœur de l’art, tandis que le nu masculin, beaucoup moins. On soulève plein de points à propos du désir féminin ou queer sur l’homme.

  • Les cartouches de Saint-John Perse, aventurier-poète, à Aix

    Les cartouches de Saint-John Perse, aventurier-poète, à Aix

    Si les Rencontres du 9e art investissent différents lieux et places d’Aix à chaque printemps approchant, ce festival qui met à l’honneur la bande dessinée, jalonne la ville de certaines de ses actions à l’année. Prochain rendez-vous prévu dans la Galerie de l’Office du tourisme d’Aix-en-Provence, où se déploiera du samedi 24 janvier au 21 mars, l’exposition « Saint-John-Perse d’Atlantique ». Rien d’anodin à cela tant le poète, écrivain et diplomate Alexis Leger, de son vrai nom, a entretenu un réel attachement pour la Provence en général, mais aussi « la ville aux mille fontaines » dans la dernière partie de sa vie (1887-1975). En guise de reconnaissance, le Nobel de littérature 1960 avait même légué, quelque temps avant sa mort, les livres de sa bibliothèque, manuscrits et autres effets personnels à la municipalité, abrités de nos jours à la Fondation Saint-John-Perse. Gardienne des archives de l’auteur, c’est cette même institution qui a donné de l’impulsion à sept illustrateurs de BD pour « une plongée inédite dans la vie et l’œuvre de l’aventurier-poète ».

    De l’homme du monde jusqu’à l’auteur

    Les planches, bulles et cartouches de Thomas Gosselin, Lisa Lugrin, Frédéric Coché, Nina Six, Orianne Lassus, Octavia Eichler et François Henninger tapissent cette exposition en partenariat avec les éditions Cambourakis, où est paru en octobre 2025 Saint-John Perse d’Atlantique. Un ouvrage inscrivant les lecteurs dans le sillage de cet homme natif de la Guadeloupe, à la fin du XIXe siècle, qui « débarque enfant en métropole, croise la route des plus grands écrivains de son temps, voyage à travers tous les continents et côtoie les plus hautes sphères de l’État jusqu’à devenir l’un des personnages clés de la politique étrangère de l’entre-deux-guerres », resituent les organisateurs de l’exposition. Après les accords de Munich, en 1938, il désapprouve la décision de la France et de Daladier de s’incliner devant Hitler, ce qui lui vaudra le quolibet, par ce dernier dictateur, de « petit Martiniquais sautillant ».

    « Démis de ses fonctions alors que les troupes allemandes approchent de Paris, il s’exile aux États-Unis. Paria, il est déchu de sa nationalité par le gouvernement de Vichy. Libre penseur, il refuse de rejoindre De Gaulle à Londres. Ruiné, il accepte son sort : repartir de zéro pour devenir enfin ce qu’il a toujours été. » Saint-John Perse ou un auteur baroudeur dont le trajet éclate sous la palette d’illustrateurs aux différents styles dans une exposition « qui présente également, à l’occasion du cinquantenaire de sa création, le 19 juin 1976 à Aix, de nombreux documents et objets originaux issus des réserves de la Fondation Saint-John Perse ».

  • [Le coin de la bande dessinée] La guerre meurtrière et destructrice, toujours ennemie des hommes, en Tchétchénie comme ailleurs

    [Le coin de la bande dessinée] La guerre meurtrière et destructrice, toujours ennemie des hommes, en Tchétchénie comme ailleurs

    Alors que les combats font rage en Ukraine, Au loin, les montagnes dorées évoque de façon magistrale les stigmates de la guerre russe en Tchétchénie qui a précédé le conflit actuel. Thomas Azuélos et Aurélien Ducoudray livrent un récit poignant et âpre qui peut s’appliquer à toutes les guerres, montrant que toutes les blessures ne sont pas physiques et que les conflits armés détruisent toute humanité. Un chef-d’œuvre intemporel autant par le scénario que par le graphisme noir et blanc sibérien tacheté de quelques couleurs.

    Quelque part en Sibérie dans les années 1990, Dima, un enfant du pays déclaré officiellement mort par l’armée russe sur le front de Tchétchénie, est pourtant de retour parmi les siens, son petit frère et sa grand-mère. Il va falloir réapprendre à vivre dans ce village loin de tout et dont l’approvisionnement dépend d’un pauvre train régulier envoyé de Moscou. Mais aussi reprendre des relations humaines tout en combattant les visions surgissant d’un passé traumatique alors qu’un policier suspicieux s’intéresse d’un peu trop près à son cas, estimant qu’il s’agit sans doute d’un déserteur. Car si Dima a été déclaré mort, c’est qu’il y a une raison. Pourtant sur fond blanc, cet album extrêmement sombre évoque de façon magnifique les traumatismes et les horreurs de la guerre, quelle qu’elle soit. Salutaire au moment où le conflit armé est de retour en Europe et où les discours guerriers appelant au sacrifice se multiplient. Déjà remarqués pour l’adaptation de « Il ne devra plus y avoir d’orphelin sur cette terre » d’après Curzio Malaparte, Thomas Azuélos et Aurélien Ducoudray signent une œuvre aussi universelle qu’indispensable sur ce que produit la guerre sur la jeunesse, les corps et les âmes. En Russie comme ailleurs !

  • Kid Francis, la boxe dans les flots de l’histoire en BD

    Kid Francis, la boxe dans les flots de l’histoire en BD

    Au cours de sa courte, mais intense existence (1907-1945), Francesco Buonagurio a croisé la route de mafiosi et politiques collaborationnistes comme son oncle Spirito ou Sabiani, a fréquenté des personnalités du spectacle comme Marcel Pagnol ou Maurice Chevalier. Jeune cireur de chaussures à la Bourse, il a défié la misère, le racisme puis la violence et la mort dans les rues, sur les rings où il est devenu un champion et même en camp de concentration. Mille vies de ce Marseillais surnommé Kid Francis, que le scénariste Marius Rivière et le dessinateur Grégory Mardon remettent en lumière dans une BD exaltant ces années folles jusqu’à la guerre, d’une effusion culturelle et d’un joyeux bordel ravagés par le fascisme.

    Phares et fantômes

    « Kid Francis, c’est mon Forrest Gump à moi. Il m’accompagne tout le temps », image Marius Rivière, journaliste de métier gaiement habité par cette figure oubliée, dont il a pris connaissance lors de son passage à La Marseillaise, en 2018, alors qu’il enquêtait sur les rafles du quartier Saint-Jean de 1943. « En 1936, Kid se trouvait au milieu des sabianistes, des royalistes et des communistes qui se tapaient dessus. à cette époque, Marseille réunit toute la merde qui va se répandre partout ailleurs : les liens entre mafieux et politiques, les compromissions avec l’occupant, les héros et les salauds. »

    De Marseille à New York, en passant par Hollywood et Auschwitz, une atmosphère retranscrite par des dialogues, silences et traits éloquents imprégnés par l’univers de films noirs comme Raging bull de Scorsese, Les incorruptibles de De Palma ou Les Sentiers de la perdition de Sam Mendes. Un esthétisme exprimé dans une rigueur quasi-documentaire, traversé par des fantômes comme le nazi Oberg, mais qui se permet aussi des libertés scénaristiques avec des phares comme Banjo, héros imaginé en 1929 par Claude McKay suite à son passage dans le Quartier réservé de Marseille.

    239 pages, 25, 95 euros.

  • Marseille offre une bulle d’air au festival de BD d’Angoulême

    Marseille offre une bulle d’air au festival de BD d’Angoulême

    Depuis des mois, nombre de syndicats et collectifs d’artistes dénonçaient la gestion du festival de BD d’Angoulême par la société 9e Art+. « Manque de transparence », « mauvaise gestion des cas de violence sexistes et sexuelles », mais aussi « vision trop mercantile de l’événement » ont conduit à l’effondrement de l’édition 2026 du plus gros festival international de BD.

    En attendant que l’A.D.B.D.A (Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême), qui en a repris les rênes, écrive une nouvelle page, plus saine, de son histoire, l’événement se décline en mini-festivals de la BD dans plusieurs villes françaises.

    « La Ville de Marseille a été sollicitée pour accueillir l’un d’eux, du 30 janvier au 1er février », se félicite Jean-Marc Coppola. L’adjoint au maire en charge de la culture précise : « Nous sommes en train de l’organiser dans un lieu loué et préempté, l’ancienne enseigne de chaussure André, sur la Canebière, où nous accueillerons une dizaine d’autrices de BD, dont quelques Marseillaises. Ce sera l’occasion d’un partenariat avec la bibliothèque de l’Alcazar, qui dispose d’un fond très ancien de BD ».