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  • Fabien, étudiant : «La pénurie de personnels, priorité des revendications lycéennes à Montpellier»

    Fabien, étudiant : «La pénurie de personnels, priorité des revendications lycéennes à Montpellier»

    Les lycéens nous ont contactés à plusieurs reprises pour nous demander de l’aide. Tous les jours, des étudiants vont les aider à bloquer les lycées et à faire tampon par rapport à la répression qu’ils peuvent subir », indique Fabien Bon, représentant du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum).

    Depuis le 1er octobre, sous l’impulsion notamment du Scum, le mouvement étudiant s’organise dans la capitale héraultaise autour de blocages universitaires. Parti de Paul-Valéry, il s’est étendu à plusieurs campus : facs de sciences, d’économie, d’éducation, mais aussi fac de pharmacie (« pour la première fois de son histoire »), fac de droit, ainsi que l’Institut régional du travail social (IRTS) ou l’institut Agro. Des blocages qui permettent aux étudiants de rejoindre les rassemblements lycéens en journée, mais aussi de porter leurs propres revendications.

    Pour Fabien Bon, la convergence entre les deux mouvements se construit d’abord autour d’une même inquiétude : l’avenir. « À travers ce qu’il se passe dans les universités, les lycéens voient leur avenir. Et qu’est-ce qu’ils voient ? Qu’entrer à la fac est devenu compliqué à cause de Parcoursup, qui pratique une sélection sociale de plus en plus forte et éjecte de nombreux bacheliers de l’enseignement supérieur ; ils voient que même s’ils arrivent à entrer à l’université, en master, un sur deux sera viré via, cette fois, la sélection exercée via la plateforme Monmaster ; et ils se rendent compte que même s’ils arrivent à décrocher un diplôme, ils auront une vie de misère. Car ils voient bien que leurs parents ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts et que ça risque d’être encore plus compliqué quand ce sera leur tour », décrit Fabien Bon.

    « Se questionner sur ses conditions d’études, c’est légitime »

    « C’est ça la convergence principale avec les lycéens : cette peur de l’avenir, bouché, préempté et volé par des patrons et des politiciens. Mais ce qu’on a aussi en commun, c’est de ne pas être écoutés », considère le représentant du Scum, qui pointe « le mépris des institutions politiques » à l’égard de la jeunesse, ainsi qu’une certaine « violence médiatique ».

    « Tout le monde tourne par exemple en dérision la revendication d’en finir avec le 8 h-18 h. Mais quel travailleur accepterait de faire 8 h-18 h sans interruption, excepté une pause d’une heure à midi, enfermé dans son entreprise ? Se questionner sur ses conditions d’études, de vie, c’est légitime. » Et de poursuivre : « Je pense, moi, que le mouvement lycéen donne à toute la France un énorme cours d’éducation civique. »

    Sans compter, souligne Fabien Bon, « que mine de rien les deux derniers mouvements qui ont obtenu des choses au niveau national, ce sont les Gilets jaunes et le mouvement lycéen actuel, qui a obtenu officiellement une hausse du budget de l’éducation nationale et le déploiement en urgence de plusieurs milliers de profs. Alors que personne n’arrive à obtenir quoi que ce soit dans ce pays », insiste le représentant du Scum.

    Il salue le courage de ces jeunes « qui se politisent et prennent des risques » malgré une répression qu’il juge particulièrement violente. « Il y a des gars casqués et armés en face d’eux, dont on sait qu’ils sont capables de les mutiler. Il y a quand même un gosse de 16 ans dont la main a été arrachée par une grenade en France en 2026. C’est incroyable. »

    Quinze jours après le début du mouvement, les étudiants mobilisés restent donc « complètement solidaires des lycéens. Et le meilleur soutien qu’on puisse leur apporter, c’est de continuer à bloquer les facs, car cela permet de libérer du temps pour aller les aider tout en faisant pression, de notre côté, sur les présidences d’université pour satisfaire nos revendications sur la question de l’inscription des étudiants refusés en licence et en master et sur celle des frais différenciés imposés étudiants étrangers ».

    Au-delà des lycées et des campus, « Il y a une colère bien plus globale », assure Fabien Bon. « Les gens n’en peuvent plus. On veut pouvoir payer notre loyer tranquillement et se nourrir, tout simplement. »

  • Une « bonne idée » mais annoncée trop tard aux yeux des lycéens

    Une « bonne idée » mais annoncée trop tard aux yeux des lycéens

    Je l’ai appris sur TikTok », raconte Lucille Giocanti, en terminale au lycée Sévigné, à Marseille. Le mois de juin est rythmé par les évaluations de fin d’année et par une nouvelle consigne que les élèves de terminale et de première doivent prendre en compte : le durcissement des notations concernant l’orthographe, la grammaire et la syntaxe, dans toutes les épreuves du baccalauréat. L’annonce a été faite par le ministre de l’éducation, Édouard Geffray, au mois de mai.

    À l’unanimité, tous les élèves interrogés jugent cette consigne comme une bonne nouvelle, comme Mathis Motyl, en terminale au lycée du Coudon, à La Garde : « Je trouve que c’est intelligent. On sera bientôt des adultes dans le monde du travail et ce n’est pas normal de ne pas savoir écrire des mails, sans l’aide de correcteurs d’orthographe. » Un avis partagé par Victor Battle, en première, au lycée Irène-
    et-Fréderic-Joliot-Curie, à Marseille : « Dans le fond, c’est une bonne initiative de demander aux élèves de faire attention à l’orthographe. » Toutefois, Lucille Giocanti se demande si cette consigne représentait une priorité face aux enjeux actuels dans l’éducation : « L’état devrait s’attarder sur des choses plus importantes. »

    En revanche, à l’unanimité, tous ces jeunes déplorent un délai trop court entre l’annonce de cette nouvelle notation et les épreuves du baccalauréat. « Le timing n’a pas de sens. Si le ministre avait voulu un meilleur niveau en orthographe, il fallait le dire au début de l’année, là, c’est trop tard, s’insurge Victor Battle. Je n’ai pas spécialement de nouvelle pression puisque mon niveau en orthographe n’est pas trop mauvais. En revanche, je pense à mes collègues qui font des fautes d’inattention, peut-être que certains ont dû réviser ça, en plus du programme. »

    Joa Malliet, en première au lycée Mongrand, à Marseille, renchérit : « On nous a prévenus tard, personne n’a pu se préparer alors que nous étions en plein dans nos révisions. On aurait dû le savoir au début de l’année et pas à trois semaines du baccalauréat. » Pour Imane L’amoulen Caron, en terminale au lycée Saint-Charles, à Marseille, « cette façon de l’annoncer aussi tard est assez brutale est contre-productive ».

    « Un bon nombre de lycées vont perdre des heures »

    Tous confient avoir pris connaissance de cette consigne sur les réseaux sociaux. Depuis, c’est le flou. « Nos professeurs n’ont pas pu nous apporter d’informations complémentaires », explique Lucille Giocanti. Deux questions subsistent chez beaucoup de futurs bacheliers : « Qu’est-ce qu’une copie suffisamment correcte niveau orthographe ? Et sur quel barème se baseront les correcteurs ? »

    Au-delà de ces questionnements, le vrai problème semble ailleurs selon les élèves : les règles de langue ne seraient pas suffisamment enseignées, ni pratiquées sur la durée. « Malheureusement, l’orthographe est très rapidement remplacée par la construction d’idées dans les programmes d’éducation et ça, depuis le collège », confie Mathis Motyl. « En mars ils ont annoncé qu’un bon nombre de lycées allaient perdre des heures de travail. Il me semble qu’à Saint-Charles, ils perdent 50 heures à la rentrée prochaine », ajoute Victor Battle.

    Certains disent ressentir une pression supplémentaire, comme Imane L’amoulen Caron : « Je fais des fautes mais j’estime savoir parler français et l’idée que cela puisse me coûter mon Bac me stresse beaucoup. » D’autres, comme Noa Malliet, se sentent mois stressés : « Comme toutes les réformes appliquées avant, les professeurs seront plus laxistes la première année. Tant que le contenu est bon, ça devrait le faire. »