Comme bien des mesures annoncées lundi par le gouvernement pour répondre à la colère lycéenne et étudiante, le geste n’est pas engageant. Mais il a le mérite d’ouvrir la porte. Gage aux formations politiques siégeant au Palais Bourbon d’y porter la voix des revendications d’une jeunesse qui, depuis cinq semaines, affiche sa détermination à changer de monde.
L’Assemblée nationale débat, ce mercredi à 17h, de l’avenir de Parcoursup et de l’accès à l’enseignement supérieur. Initié par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, sur la base de l’article 50-1 de la Constitution, ce débat sans vote, ce que contestent les oppositions de gauche qui réclament un scrutin pour abroger le système, donnera l’occasion à l’exécutif de détailler sa feuille de route.
Si le gouvernement a acté le « remplacement » de la plateforme Parcoursup pour 2028, et s’est engagé à ce que la session de 2027 fasse l’objet d’une transition articulée autour de « onze mesures de rupture », il n’a pas répondu aux attentes.
« Faire plus de pédagogie et des commissions de transparence pour 2027 sont des éléments très cosmétiques », juge Samuel Tracol, membre de la commission exécutive de la CGT Éduc’Action des Bouches-du-Rhône, rappelant que l’élection présidentielle laisse en plus planer l’incertitude sur 2028. « C’est de la poudre aux yeux », abonde Marion Chopinet, cosecrétaire académique de la FSU 13 : « Une manière d’essayer d’éteindre le feu parce que Parcoursup fait partie des revendications fortes. Mais il n’y a rien de concret qui change le principe même de son fonctionnement ».
Car au cœur de la contestation lycéenne se trouvent des enjeux structurels majeurs. Derrière la pression psychologique anxiogène et le manque de transparence de cette « boîte noire » aux algorithmes locaux opaques dénoncés par les lycéens, perce un système reproduisant les inégalités sociales et territoriales. « Changer Parcoursup n’a pas de sens si on ne change pas le bac Blanquer et si on ne met pas les places qui manquent à l’Université », reprend Samuel Tracol, soulignant que les créations de places annoncées dans le supérieur sont toutes hors cadre universitaire.
Lundi, 15 000 ont été promises (les organisations de jeunesse en réclament 250 000) en priorité dans les filières techniques : 10 000 places en BTS tournées vers l’industrie et les sciences, 4 000 en IUT et 1 000 dans les formations de santé. Avec, derrière, une même logique dénoncée par les organisations syndicales.
« On ne change pas le logiciel et la réflexion de base qui est : un tri social des élèves et des places ouvertes en fonction du marché de l’emploi. L’idée est de leur trouver une place qui corresponde à une formation où il y a de l’employabilité dans la région où ils se trouvent. Les ouvertures en BTS et en IUT ne suffiront pas à trouver des places pour tout le monde et correspondant aux envies de la jeunesse et à ce dans quoi elle se projette », poursuit Marion Chopinet. « Le changement de logique réclamé par les lycéens, les étudiants et les organisations enseignantes n’est même pas envisagé par le gouvernement. Changer de logique, c’est rappeler un principe simple : tout élève qui obtient son baccalauréat a droit à une place à l’université dans la filière de son choix. C’est ça qui a été supprimé par Parcoursup », appuie son camarade de la CGT Éduc’Action.
Une marche arrière sur « les enjeux de démocratisation scolaire » contestée par les organisations syndicales dans les réformes des ministres successifs de Macron depuis Blanquer qui amènent à ce tri de plus en plus précoce des élèves. « Et puis ne pas s’occuper de l’enseignement professionnel, c’est le signe qu’on reste dans cette logique », reprend la représentante de la FSU, rappelant que même Parcoursup laisse des milliers d’élèves sur le carreau. « On ne cherche pas à amener le plus loin possible l’ensemble d’une génération, mais on veut juste trier les élèves le plus tôt possible pour ouvrir des places en fonction des besoins du marché et caler les jeunes selon des compétences et de méthodes plus ou moins obscures ».
« Parcoursup, c’est l’histoire de la privatisation du marché de l’éducation », conclut Samuel Tracol, qui fait le lien avec le remplacement de seulement un professeur sur 2,5 depuis dix ans dans l’enseignement supérieur. « Quand on n’a pas de place à l’université publique, on doit solliciter des formations payantes mal référencées, avec en plus, des enseignants qui n’ont pas les qualifications exigées. C’est tout un marché qui a ouvert, on le voit d’ailleurs à Marseille, où fleurissent massivement dans le quartier de la gare de nombreux établissements privés. C’est cet écosystème qui a été sciemment créé par Parcoursup. »
Derrière les revendications lycéennes, c’est aussi cette logique de privatisation qui est menacée et que le gouvernement s’efforce de sauver.
