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  • À ArcelorMittal, à Dunkerque, les annonces de Macron déçoivent

    À ArcelorMittal, à Dunkerque, les annonces de Macron déçoivent

    Casque vissé sur la tête, Emmanuel Macron est tout sourire. La direction d’ArcelorMittal vient de confirmer la construction, sur son site de Dunkerque, de son plus gros four électrique en Europe d’une capacité deux millions de tonnes d’acier par an, pour un investissement de 1,3 milliard d’euros, dont l’exploitation doit démarrer courant 2029. Ainsi, le groupe « confirme son engagement en France et en Europe », assure devant des salariés Reiner Blaschek, PDG du groupe en Europe. Derrière lui sont accrochés côte à côte un drapeau français et un drapeau européen. Cet investissement sera financé à hauteur de 50% via le mécanisme de certificats d’économie d’énergie (CEE), encadré par l’État.

    « Ce qui donne envie d’investir, c’est parce que vous êtes bons. Ce savoir-faire, ces compétences, c’est un trésor », lâche le président au sein de l’usine, appelant à « aller au bout de l’aventure » et à « bâtir le deuxième four, à continuer sur l’hydrogène ». Depuis ce site du Nord, il lance : « Je veux qu’on donne de l’avenir à Fos, qui est un site essentiel on va continuer d’avancer», fait valoir le chef de l’État, tandis que de son côté, la CGT du site bucco-rhodanien tire la sonnette d’alarme.

    Mais ces annonces en grande pompe peinent à convaincre les syndicats. Pour rappel, le site de Dunkerque compte à lui seul 3 200 des 15 400 salariés du groupe en France. Interrogé par l’AFP, Gaétan Lecocq, délégué CGT à Dunkerque déclare : « C’est un verre à moitié plein », car « cet investissement ne suffira pas » à éviter les délocalisations redoutées. Le syndicaliste dit « attendre du concret » et « une date ferme » pour la construction de ce four, qui pourrait débuter « en avril ». De son côté, la CFDT, qui a boycotté la visite – à laquelle les organisations syndicales n’étaient pas invitées – a dénoncé une « mascarade » et dit refuser  «d’être les figurants d’un théâtre politique où les salariés sont sacrifiés sur l’autel de la rentabilité et de la communication ».

    Et pour cause : ArcelorMittal qui revendique un bénéfice net de plus de 3 milliards de dollars en 2025, multiplié par 2,5 sur un an, prévoit au même moment de délocaliser des fonctions support, entraînant 600 suppressions de postes en France.

    Nationalisation acte II au Sénat, le 25 février

    Une fois de plus, le président de la République a balayé les demandes de nationalisation. Mais pour les syndicats et de nombreux élus, c’est la seule solution pour sauver l’aciériste. « Macron parade à Dunkerque pour annoncer la construction d’un seul four électrique par ArcelorMittal… qui ne couvrira qu’1/3 de la production d’acier. Les 2/3 restants ? Condamnés. Il est donc venu annoncer au moins 2 600 licenciements ! La seule solution : nationaliser ArcelorMittal », martèle la députée LFI Aurélie Trouvé. Cette dernière a porté, en novembre dernier lors de la niche parlementaire de LFI, la proposition de loi visant à nationaliser les sites français du groupe. Le texte, adopté par les députés, doit être examiné par le Sénat le 25 février prochain, mis à l’ordre du jour par le groupe communiste (CRCE-K) lors de sa journée réservée.

    À Fos-sur-Mer, la CGT s’inquiète

    « Ce n’est pas dans les projets du groupe de décarboner le site de Fos. (…) Cela a été confirmé par la venue du président sur le site de Dunkerque », regrette Stéphane Martins de Araujo, secrétaire général de la CGT d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, qui alerte sur la situation dans l’usine. « Elle reste très préoccupante. Si on ne lance pas les premières pierres d’un four à arc électrique d’ici fin 2026 voir début 2027, ça sent la fin des hauts fourneaux traditionnels sur le site », clame le responsable syndical. Pour faire face aux « quotas carbone » qui ne vont cesser d’« augmenter années après années », la CGT du site travaille depuis plus d’un an sur un projet alternatif visant à « maintenir l’emploi et décarboner le site ». Pour Stéphane Martins de Araujo, « soit Mittal le récupère et va dans ce sens-là, soit on demande la nationalisation. Que l’État prenne enfin ses responsabilités ! », tempête-t-il. (lire ci-contre). S’il se réjouit de l’annonce pour ses camarades du Nord, il estime que ces investissements sont en deçà des besoins réels. « Deux millions de tonnes quand le site peut en produire huit, c’est vraiment peanuts ! C’est 25% de sa capacité nominale », tient-il à souligner, avant de pousser un ultime cri d’alerte : « Si demain, on perd l’acier en France, c’est une catastrophe sociale et industrielle qui va se passer. On parle de plus de 33 000 emplois. »

  • [Entretien] Aurélie Trouvé : « Pas d’autre alternative que la nationalisation d’Arcelor »

    [Entretien] Aurélie Trouvé : « Pas d’autre alternative que la nationalisation d’Arcelor »

    Ce jeudi, l’ordre du jour de l’Assemblée nationale est consacré à la France insoumise, qui porte huit textes : une résolution sur le Mercosur, l’égalité d’accès au service public postal en Outre-mer, la nationalisation d’ArcelorMittal, la défiscalisation des pensions alimentaires perçues, la gratuité totale des parkings des établissements publics de santé, une résolution pour faire respecter le droit international à Gaza, l’exonération des apprentis de la CSG et enfin l’abrogation de la retraite à 64 ans. Le texte sur ArcelorMittal, soutenu par la CGT, sera particulièrement scruté.

    La Marseillaise : Comment abordez-vous cette niche parlementaire durant laquelle vous défendrez la nationalisation d’ArcelorMittal

    Aurélie Trouvé : De manière combative, optimiste et déterminée. Il y aura 500 travailleurs d’ArcelorMittal devant l’Assemblée, c’est quand même leur outil de production mais aussi notre souveraineté industrielle qui est en jeu. Il n’y a pas d’autre alternative, ce qui fait que cette nationalisation est légale. Personne n’a avancé une autre solution, à part d’espérer peut-être un jour qu’ArcelorMittal accepte d’investir, aucun élément probant permet de le penser. La stratégie de la famille Mittal, depuis qu’elle a récupéré Arcelor en 2008 est d’étouffer la production européenne, le principal concurrent de leur propre production en Inde, au Brésil et aux États-Unis.

    Le PDG d’ArcelorMittal France estime que la nationalisation « ne changera en rien les problèmes structurels ». Que répondez-vous

    A.T. : Cela ne peut pas expliquer tout le désinvestissement parce que les difficultés elles sont partout, pas seulement en Europe. Par ailleurs, il y a des perspectives de demandes importantes. ArcelorMittal a fortement diminué sa dette et augmenté sa trésorerie. La productivité en Europe qui est à peu près équivalente à celle des États-Unis. Il n’y a aucune raison qu’ArcelorMittal sous-investisse à ce point-là en Europe alors qu’il investit bien davantage dans les autres pays.

    Cette nationalisation est estimée à 3 milliards d’euros ?

    A.T. : Ce montant de 3 milliards d’euros n’a pas été démenti en commission des Finances, puisque même M. Ferracci, l’ancien ministre de l’Industrie, a dit qu’il se reposait sur l’Institut de La Boétie qui a chiffré cette nationalisation à 4,4 milliards. Je lui ai répondu qu’effectivement, j’avais participé à ce chiffrage. Sauf qu’ici, évidemment, on est plutôt sur 2/3 de la production qu’on avait chiffrée, puisqu’ArcelorMittal France, c’est 2/3 de la production française. Donc c’est tout à fait cohérent avec les chiffres de La Boétie. Ces trois milliards, ce n’est rien à côté du coût de la suppression de 15 000 emplois directs et 80 000 indirects. Ce n’est rien à côté de la perte d’un actif aussi stratégique que l’acier car tout est fait d’acier quasiment autour de nous. Cette perte signifierait une dépendance énorme à tout risque, à toute rupture d’approvisionnement, à toute envolée des prix des marchés internationaux. C’est une dépendance aux pays tiers qui est inacceptable pour l’économie française, et qui serait catastrophique.

    En commission des Finances, les macronistes et la droite ont voté contre ce texte, l’extrême droite s’est abstenue, ce qui a permis son adoption. Ces stratégies ont changé ?

    A.T. : Pour les macronistes, non. Ils continuent à s’y opposer avec leurs arguments dogmatiques qui ont mené à la situation économique qu’on connaît en France, c’est-à-dire une chute des investissements productifs, de la balance commerciale et une productivité du travail en berne. Que les macronistes continuent dans leur logique mortifère pour la production française, soit. Là, par contre, les masques tombent pour le RN parce qu’ils se sont abstenus en commission des Finances. Comme ils n’osent pas voter contre, ils ont décidé de nous empêcher de voter, tout simplement. Ils ont déposé 285 amendements sur les 335, pour ce qui concerne RN et UDR. C’est une vengeance en jouant avec la vie des salariés d’ArcelorMittal. En réalité, je pense qu’ils sont très gênés par ce texte. Parce qu’il se trouve que, par exemple, Frédéric Weber, qui est député RN, a défendu la nationalisation de Florange il y a 10 ans, alors qu’il était à la CFDT d’ArcelorMittal. La question est de savoir s’ils sont définitivement sur la ligne Bardella, qui est « vive les grands patrons, vive la grande finance, quitte à brader notre production française », ou pas. Donc, ils nous empêchent de voter, ce qui est une façon de trancher.

    Quels autres textes pourraient obtenir une majorité ?

    A.T. : La résolution sur le Mercosur peut être adoptée car c’est une manière de s’opposer fermement à la position actuelle du président de la République, qui est en train de trahir le monde agricole et l’économie française. Le président de la FNSEA a lui-même parlé d’une rupture du contrat avec l’agriculture française. Le texte sur les colis aux Outre-mer, pourrait trouver une majorité car c’est une anomalie hallucinante. C’est-à-dire que nos concitoyens d’Outre-mer payent des colis à des prix faramineux, la mission de service public postal ne s’y applique pas, c’est une discrimination honteuse. Et cela risque d’empirer vu que le gouvernement a décidé de couper encore dans les budgets de La Poste.