Tag: art lyrique

  • [Opéra] Un triomphe pour « Ermione »

    [Opéra] Un triomphe pour « Ermione »

    Ovation des grands soirs (ou du dimanche après-midi en l’occurrence) pour la première des deux Ermione de Rossini données à l’Opéra de Marseille. Un public électrisé n’a pas ménagé ses applaudissements pour offrir un triomphe mérité au plateau exceptionnel réuni par Maurice Xiberras, l’inépuisable (espérons-le) directeur de la maison, ainsi qu’à un Orchestre de l’Opéra littéralement magnétisé par Michele Spotti, pas loin de la transe.

    En tête d’affiche, deux voix que le public marseillais adore : la mezzo Karine Deshayes dans le rôle-titre et Enea Scala qui a endossé un Pyrrhus flamboyant. Maîtresse de la volute acrobatique, armée d’aigus d’airain, « La Deshayes » (pourquoi pas ?) offre un de ces festivals vocaux qui ont fait et font encore la gloire de l’art lyrique près du Vieux-Port. Ça fuse avec grâce, ça vocalise jusqu’au vertige. On reste subjugué par tant de présence scénique. Enea Scala fait tomber des graves insoupçonnés chez ce ténor solaire. Il éclaire le plateau à chacune de ses interventions. Le ténor sud-africain Levy Sekgapane reçoit une belle et touchante ovation. Il est un Oreste tout ce qu’il y a de plus rossinien. C’est souple, élégant, virtuose. Un nom à ne pas oublier.

    Autre révélation, la basse française Louis Morvan, envoûtant Fenicio au timbre d’une clarté rayonnante et aux graves profonds. À noter – et on l’attend de pied ferme – qu’il sera le géant Fafner dans L’Or du Rhin, dirigé en mai à Marseille par Michele Spotti. Teresa Iervolino est une fort belle Andromaque servie par un mezzo de grande classe. Matteo Macchioni fait un Pylade au ténor délié et parfaitement phrasé. Fita Monfort (Cleone) n’est pas en reste et ne se contente pas de jouer les comparses avec une voix bien timbrée. De même Cefisa est servi par la très piquante et très remarquable Mathilde Ortscheidt. Enfin, Carl Ghazarossian habite de son élégante silhouette un très bel Attalo.

    Un orchestre de prestige

    Pour redécouvrir cet ouvrage, la version concert permet au public de se concentrer sur le meilleur. I Masnadieri de Verdi en avait déjà été une autre preuve indiscutable. Et à Marseille, on ne le dit pas assez, le meilleur, nous l’avons. Nous avons un orchestre qui n’a plus grand-chose à prouver, sinon qu’il est une phalange dont les qualités sont encore trop dédaignées par on ne sait quel snobisme qui voudrait qu’à Marseille, il ne soit question que de galéjades ou de trafics. Nous avons un chef que bien des maisons d’opéras nous envient. Et nous avons, en la personne de Maurice Xiberras, un directeur qui possède cet art si subtil de réunir en plateau des fidèles et l’intelligence de savoir recruter de nouveaux talents. Il est fort dommage que ce qui se passe à l’Opéra de Marseille ne reçoive pas l’écho qu’il mérite.

    Ce mardi à 20h. Détails sur le site opera-odeon.marseille.fr

  • Nouvelle partition et Mozart en majesté au Festival d’Aix

    Nouvelle partition et Mozart en majesté au Festival d’Aix

    C’est une nouvelle page qui s’ouvre pour le Festival d’Aix-en-Provence, qui présentait mardi le programme de sa 78e édition. Après la disparition de Pierre Audi en mai dernier, lui qui était à la tête de cette manifestation d’art lyrique depuis 2019, place désormais à une nouvelle ère amorcée par Ted Huffman. « Nous allons continuer à mettre Mozart à l’honneur et poursuivre notre engagement, résolument tourné vers la création », a expliqué le nouveau directeur, nommé à l’automne.

    C’est ainsi que le public aixois pourra renouer, en ouverture du festival et à neuf reprises au Théâtre de l’Archevêché, avec La flûte enchantée, 20 ans après sa dernière représentation en ces mêmes lieux. « Ici, des enfants bondissent joyeux, hors d’un champ de ruines, promesse d’une aube à la beauté fragile », résument les organisateurs à propos de cet opéra testamentaire composé par Mozart à la fin du XVIIIe siècle. Direction assurée par Leonardo Garcia-Alarcon et mise en scène signée Clément Cogitore, cette œuvre réunit l’ensemble Capella Mediterranea et le Chœur de chambre de Namur, « en soutien d’un plateau vocal prestigieux » composé entre autres de « la soprano française désormais installée au firmament » Sabine Devieilhe. Incarnant la Reine de la nuit, elle fera face au personnage de Sarastro, interprété par la basse britannique Brindley Sherratt.

    « Notre humanité »

    Et un Mozart peut en cacher un autre avec son Requiem, qui sera joué les 4, 6, 8, 10 et 12 juillet au Théâtre de l’Archevêché. Six ans après « avoir fait date » avec cette œuvre à Aix, Raphaël Pichon comme directeur musical et Romeo Castellucci à la mise en scène, remettent le couvert à travers l’histoire d’une « femme qui s’enfonce dans la nuit de son ultime voyage tandis qu’une ronde fraternelle et festive danse, opposant sa force vitale à la disparition inexorable de toute chose ».

    « Par quel chemin de vie accédons-nous à ce qui fait notre humanité ? », s’interrogent les têtes pensantes du Festival d’Aix. Pour répondre à cette « question brûlante », et outre les deux Mozart, le voilà qui programme les 3, 6, 9, 12 et 15 juillet La femme sans ombre au Grand Théâtre de Provence. « Allégorie de l’âme humaine », cet opéra créé par Richard Strauss en 1919 qui « exige un orchestre d’une centaine de musiciens et cinq immenses voix solistes », verra son Kaiser interprété par le ténor Michael Spyres et son impératrice, par la soprano lituanienne Vida Mikneviciuté. « Gigantisme sonore », lui, mis au diapason par l’Orchestre de Paris, sous la baguette de Klaus Mäkelä. Parmi les autres rendez-vous importants, le Théâtre du Jeu de Paume accueillera pour sa part Accabadora, création contemporaine de Francesco Fildei ainsi qu’une nouvelle production du festival, El Cimarron.