Tag: armes

  • Marseille : une arme sur le plancher de la voiture

    Marseille : une arme sur le plancher de la voiture

    Un équipage décide de contrôler un véhicule après avoir constaté plusieurs infractions au Code de la route. Lors de la vérification, les agents repèrent une arme de poing au niveau du plancher arrière droit, visible depuis l’extérieur du véhicule. Les trois occupants ont été immédiatement interpellés. L’arme a été saisie puis remise à l’officier de police judiciaire, qui a pris la suite de la procédure.

  • De la kétamine dans les croquettes, un trafic démantelé près de Vence

    De la kétamine dans les croquettes, un trafic démantelé près de Vence

    Tout a démarré en mars 2026, lorsqu’un colis contenant 10 kilogrammes de kétamine dissimulés dans des paquets de croquettes pour animaux a été découvert à La Colle-sur-Loup, après livraison par erreur à des particuliers, indique la gendarmerie dans un communiqué ce vendredi 3 juillet.

    Une découverte qui conduit à l’ouverture d’une enquête pour importation et trafic de stupéfiants ainsi que pour blanchiment, les éléments laissant supposer l’existence d’un trafic structuré. Conduites sous l’autorité du parquet de Grasse, les investigations ont permis d’identifier en quelques mois l’ensemble des personnes impliquées au sein d’une organisation structurée, fournissant notamment le milieu des rave-partys.

    Le 30 juin 2026, la Brigade de recherche de Grasse, appuyée par des unités de la compagnie de gendarmerie départementale de Grasse a procédé à plusieurs perquisitions et à 4 interpellations. Ces personnes sont placées en garde à vue. Une dizaine de personnes ont également été entendues en tant que mis en cause ou témoins.

    Les perquisitions permettent la saisie, sur plusieurs lieux, de deux armes de poing, et de drogue pour un total estimé à la revente entre 700 000 et 900 000 €, dont 10 kg de kétamine, 1kg de drogue de synthèse « Tucy » ou cocaïne rose, 280 g de cocaïne, plus de 280 cachets d’ecstasy. Des avoirs criminels ont aussi été saisis pour environ 323 000 euros dont des pièces d’or, des cryptomonnaies et de l’espèce.

    Deux personnes ont été déférées ce vendredi devant le parquet de Grasse pour une comparution immédiate. Un troisième est convoquée devant le tribunal en septembre 2026 pour répondre de ses actes. Un quatrième fait l’objet d’une convocation en reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) et le dernier d’une ordonnance pénale.

  • Une proposition de loi inquiétante

    Une proposition de loi inquiétante

    Par Swane Mas (SAF Marseille)

    Le 7 juillet prochain, l’Assemblée nationale examinera une proposition de loi instaurant une « présomption de légitime défense » pour les forces de l’ordre. En 2024, 66 personnes sont mortes à la suite d’une intervention des forces de l’ordre, un funeste record. Les décès liés à l’usage d’armes à feu ont fortement augmenté depuis la loi dite Castaner de 2017, qui a élargi les conditions de recours aux armes par les policiers et les gendarmes. Dans ce contexte, le cadre juridique actuel est déjà largement critiqué, notamment par le Comité contre la torture des Nations unies.

    Aujourd’hui, lorsqu’un policier ou un gendarme fait usage de son arme, les autorités judiciaires doivent vérifier que les conditions prévues à l’article L. 435-1 du Code de la sécurité intérieure sont réunies, en particulier que le tir était strictement nécessaire et proportionné. Il appartient donc à l’État de démontrer que le recours à la force létale était légal.

    La proposition de loi entend renverser cette logique. En instaurant une présomption de légitime défense, elle conduirait à présumer légal tout tir effectué par un policier ou un gendarme, sans qu’il soit nécessaire d’établir d’emblée que les conditions prévues par la loi étaient réunies.

    En pratique, cette réforme déplacerait la charge de la preuve : ce seraient les victimes ou leurs proches qui devraient démontrer que le tir n’était pas justifié. Une telle évolution paraît difficilement conciliable avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, qui impose à l’État de démontrer que le recours à la force létale était absolument nécessaire lorsqu’une personne meurt aux mains de ses agents.

    Cette réforme intervient alors que les obstacles à la manifestation de la vérité sont déjà nombreux et qu’un déséquilibre persiste entre le crédit accordé à la parole des plaignants et celui accordé aux forces de l’ordre. Si le tir est présumé légitime, le policier ne sera plus automatiquement considéré comme suspect. La garde à vue immédiate deviendra moins fréquente, rendant plus difficile la collecte des preuves, notamment l’exploitation des vidéosurveillances, les saisies de téléphones ou d’autres actes d’enquête pourtant essentiels. Le résultat est prévisible : davantage de classements sans suite et de non-lieux, moins de procès et, pour les familles, un accès encore plus limité à un recours effectif.

    Cette réforme enverrait enfin un signal préoccupant aux forces de l’ordre. En laissant entendre que l’usage des armes bénéficie d’une présomption de légalité, elle risque d’être perçue comme un assouplissement du cadre juridique et d’encourager le recours à la force létale, avec des conséquences qui touchent déjà de manière disproportionnée les populations racisées.

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  • Des forces de sécurité bien articulées pour endiguer les trafics

    Des forces de sécurité bien articulées pour endiguer les trafics

    Le comité d’accueil à la sortie du bus en provenance de Marseille, au terminus de l’aéroport à Marignane, surprend un peu les voyageurs. Les forces de la police aux frontières, la gendarmerie des transports aériens et les douanes ont uni leurs forces pour une journée de contrôle, mardi.

    Tandis que Pacha, labrador de 7 ans, passe sa truffe sur les valises et les passagers, cherchant à détecter des produits stupéfiants, le préfet de région, Jacques Witkowski, venu avec la préfète de police, Corinne Simon, explique : « Le message est clair, les produits illicites ne passeront pas par la plateforme aéroportuaire. Avec 11 millions de passagers, Marseille se place comme un des premiers aéroports français et européen, il nous faut éviter qu’il soit une porte ouverte sur les trafics. »

    Précisant que ce travail commun est quotidien sur ce site, « un travail à bas bruit », Cédric Esson, directeur interdépartemental de la police nationale, ajoute que ces services ont dans leur ligne de mire le stup’, mais aussi « les VTC illégaux qui font prendre des risques aussi à leurs clients ». Côté douane, « on a deux obligations », pose Michael Lachaux, directeur régional des douanes à Marseille :   « Assurer la fluidité, ne pas retarder, et assurer la sécurité du département voire de la région. » Les douaniers ont effectué, en 2025, pas moins de 1 400 constatations et saisi 2,5 tonnes de tabac, 30 000 contrefaçons et 50 kg de stupéfiants.

    Les mules pour le tabac

    Il témoigne du retour d’un phénomène, celui des mules. « On connaissait les mules guyanaises, où on mettait plusieurs passagers qui avaient ingéré des produits, [dans l’idée que] les premiers se font prendre et les autres passent sans être contrôlés. On a la même chose en matière de tabac, avec plusieurs centaines de kilos à chaque fois », détaille-t-il.

    Après la gare routière, direction les sous-sols du terminal 1. Un avion en provenance d’Alger vient d’atterrir. Une destination « sensible » pour les douanes, où il faut distinguer le trafic, avec le tabac en échange d’autres produits importés, du voyageur qui ramène pour sa consommation personnelle.

    À l’image de ceux installés en surface, des tapis accueillent les bagages débarqués. Un autre labrador de la douane, Van, spécialisé dans la recherche de tabac en quantité, est guidé par son maître. « Quand il marque, il gratte, je prends alors la valise et je la mets de côté », détaille une douanière, fier de son « collègue de travail ». Un job de précision avec les bagages de 130 ou 150 passagers par vol. Justement, l’animal repère un sac. Il ne va pas être retenu, mais remis dans le circuit. « Ce qui nous intéresse, c’est non seulement la marchandise, mais la personne qui vient la chercher », développe le directeur régional des douanes. Toujours dans ce souci de fluidifier les flux, le voyageur sera intercepté à la surface et le bagage ouvert devant lui. Bilan : cinq cartouches au lieu d’une admise.

    Dans la zone fret, le Paco, le malinois de la gendarmerie, capable de dégoter explosifs, armes, stupéfiants et billets de banque, fera chou blanc sur les boîtes médicales en provenance d’Ajaccio. « C’est un outil précieux pour nous », insiste le major Rio, dont la brigade de 27 effectifs est en charge de la sûreté portuaire.

    Entre-temps, les douanes ont encore réalisé une belle prise : pas moins de 100 paquets de cigarettes, en provenance d’Algérie…

  • Un réseau international de trafic de cocaïne et de blanchiment démantelé à Marseille

    Un réseau international de trafic de cocaïne et de blanchiment démantelé à Marseille

    Trois ans d’enquête auront été nécessaires, impliquant une équipe commune à la France, l’Italie, la Belgique et la Suisse avec aussi le soutien d’Europol, pour venir à bout d’un réseau de blanchiment et de trafic de cocaïne au profit de la Camorra et de la ‘Ndrangheta, indique le Parquet de Marseille, ce jeudi 26 février. Jusqu’à cette opération coordonnée dans les quatre pays, le 23 février.

    En France, une soixantaine de gendarmes de la section de recherche de Marseille ont notamment été mobilisés et ont interpellé quatre personnes. Plusieurs véhicules de luxe ont été saisis, mais aussi des biens estimés à 5 millions d’euros, de la cryptomonnaie pour 60 000 euros et 26 000 euros en numéraire. Trois autres personnes ont été arrêtées côté italien.

    Des millions d’euros blanchis

    Les enquêteurs ont remonté la piste de l’argent, explique Europol dans un communiqué. « Ce qui a commencé par des mouvements financiers suspects a révélé un système de blanchiment sophistiqué au service de membres de la Camorra et de la ‘Ndrangheta. Derrière des sociétés écrans, de fausses factures et des investissements de luxe, des millions d’euros provenant du trafic de cocaïne étaient blanchis et réinvestis à travers l’Europe », précise l’agence européenne de police criminelle.

    Menée en France par la section de recherche de la gendarmerie des Bouches-du-Rhône, sous la houlette de la JIRS (Juridictions inter-régionales spécialisées) de Marseille, l’enquête permet d’identifier un ressortissant monténégrin, à la tête de plusieurs sociétés en lien avec des sociétés italiennes, qui fera partie des interpellés. Installé dans la région de Cannes avec sa compagne, il vit avec son gendre italien, connu des autorités italiennes pour blanchiment d’argent, fraude et infractions liées aux armes, poursuit Europol.

    Un réseau de blanchiment est mis au jour, lié à un trafic de cocaïne à grande échelle importée d’Amérique du Sud vers l’Europe. Le groupe criminel étant soupçonné d’avoir coordonné des expéditions maritimes de grandes quantités de drogue. « Très structuré », le réseau mis en place s’appuyait sur « d’importantes ressources financières, des crypto-actifs, des déplacements transfrontaliers hebdomadaires en véhicules de luxe équipés de » caches « sophistiquées » et des entreprises « s’étendant sur plusieurs juridictions ».

  • Le chien, atout précieux dans la lutte contre le stup’

    Le chien, atout précieux dans la lutte contre le stup’

    Travaille », « cherche », « personne ». D’une voix ferme, Virginie canalise Cerbère, malinois plein d’énergie de 6 ans. Venue ce vendredi 20 février de Salon-de-Provence, elle fait partie des 7 équipes cynophiles mobilisables par les gendarmes des Bouches-du-Rhône. Il s’agit ce jour-là de mener une opération de détection de stupéfiants à bord du TER entre Aubagne et La Ciotat. Menées dans le cadre de la loi narcotrafic, sur réquisition du procureur de la République, ce type de contrôles a été multiplié par deux depuis le mois de juin dernier, explique le capitaine Aragon, à raison d’une tous les 15 jours. Outre l’équipe de 11 gendarmes et membres de la sûreté ferroviaire qui vont écumer le train jusqu’au soir, une vingtaine d’autres assurent des contrôles anti-stup’ à Auriol et Cuges. Et pour ça, « le chien reste un atout indéniable » convient le capitaine Aragon.

    Impatient sur le quai, la bête se calme instantanément en mode travail. Dans la rame, sa présence surprend. Sans se départir de son sourire, Virginie le guide sur les sacs et les valises sans rencontrer de résistance. « On a l’impression qu’il passe comme ça mais dès qu’il prend une effluve, je le vois. C’est ce qu’on appelle une lecture du chien par le maître, lui, je le laisse faire sa remontée d’odeur tout seul », explique Virginie, en binôme avec Cerbère depuis 4 ans.

    Un jeu toujours gagnant

    Particulièrement doué de la truffe, c’est un chien « Sambi », spécialisé dans la recherche de stup’, armes, munitions et billets de banque. En trouver restant pour lui un jeu auquel il gagnera trois fois lors de cet aller-retour. Comme ce moment où il s’assoie devant un jeune homme et jette un regard à sa maîtresse.

    Il le reconnaît instantanément, c’est un consommateur mais il n’a rien sur lui assure-t-il. Un gendarme finira par trouver « du produit » dans sa sacoche. Un autre a sorti un pochon de résine de cannabis de sa chaussette. « Le chien aide à nous dire la vérité », indique Virginie. Caleçon, soutien-gorge, paquet de cigarettes jeté à la va-vite sous un siège, les cachettes sont multiples racontent le capitaine Aragon. En retrait pour ne pas perturber l’odorat de Cerbère, il stocke les prises dans une pochette hermétique en plastique. « Regardez comme ils sont inventifs », nous interpelle-t-il. Dans ses mains, un emballage siglé d’une célèbre marque de maroquinerie, avec au dos, une kalachnikov à la crosse dorée…

    Les voyageurs majeurs et pris pour la première fois s’en sortiront avec une amende forfaitaire délictuelle à 150 euros. En cas de récidive, « on ramène la personne à la brigade et c’est le Parquet qui décide de la suite à donner », précise-t-il. Depuis la mise en place de ce dispositif, à chaque opération, de 50g à 100g de stupéfiants, pour les deux tiers du cannabis, sont confisqués et une vingtaine de verbalisations par mois dressées. « La drogue est détruite », ajoute le capitaine Aragon.

    Après ces deux heures de travail quotidiennes en moyenne, Cerbère retournera avec son jouet dans la voiture. Une indispensable récompense avant de repartir pour une nouvelle mission.

    « Le chien aide à nous dire
    la vérité »

  • Le pilonnage des points de deal se poursuit à Marseille

    Le pilonnage des points de deal se poursuit à Marseille

    Les narcotrafiquants ne tiendront pas les cités marseillaises. » Le message envoyé par le préfet de département, Jacques Witkowski, et la préfète de police déléguée, Corinne Simon, se veut limpide. Après une première frappe anti-narco simultanée le 9 décembre, une nouvelle opération de pilonnage a été organisée, ce mardi 11 février, sur dix points de deal de la ville.

    Pas moins de 250 policiers locaux et 10 compagnies républicaines de sécurité octroyées par le ministre de l’Intérieur, soit plus de 1 000 policiers au total, ont été mobilisés. Leur mission : surveiller, donner l’assaut, occuper le terrain, interpeller les trafiquants et verbaliser les consommateurs.

    Ce dispositif a permis d’interpeller 76 personnes, indique la préfecture dans son bilan, ce mercredi 11 février. Et 95 autres ont fait l’objet d’une amende forfaitaire délictuelle (AFD) pour consommation de stupéfiants. À noter que cette verbalisation, d’un montant de 200 euros, a été présentée par le président de la République comme une des solutions de lutte contre le narcotrafic. Il souhaite d’ailleurs la porter à 500 euros, alors même que la Défenseure des droits avait constaté dès 2023 que l’AFD portait atteinte aux droits de la défense et à l’accès à un juge.

    Des saisies ont également été réalisées : près de 56 000 euros, dont une partie en lien avec une affaire judiciaire, 31 kg de cannabis, 1,4 kg de cocaïne, une arme de poing, quatre armes blanches et trois véhicules. Dans une cité, la présence des CRS a également permis d’interpeller l’auteur d’un coup de couteau, précise-t-elle. Préfet de département et préfète de police déléguée se sont par ailleurs rendus, mardi, dans deux des dix cités ciblées, Kallisté (15e) et La Castellane (15e).

    Un outil supplémentaire

    « Renouvelées régulièrement, ces opérations sont un outil supplémentaire au travail quotidien réalisé par les effectifs locaux », estiment-ils. Cette stratégie de pilonnage ayant été mise en place par la préfecture de police des Bouches-du-Rhône d’alors, en janvier 2021. La lutte contre le narcotrafic se déploie « à tous les étages » rappellent-ils avec, outre ce genre d’opération, le travail de voie publique, le judiciaire et l’application de la loi narcotrafic.

    Pour mémoire, la précédente opération, qui avait engagé le 9 décembre quelque 1 500 agents, tous services de police confondus, sur quinze points de deal, avait permis de saisir 7 kg de résine de cannabis pour 114 personnes interpellées et 82 garde à vue, de dresser 61 AFD pour consommation de stupéfiants et de prononcer 33 interdictions administratives de paraître. Lors de contrôle dans les commerces, 118 kg de tabac de contrebande avaient été découverts, une arme de poing neutralisée et 10 infractions relevées.

    « Partout où les trafiquants tentent de s’approprier le territoire, ils trouveront une farouche et indéfectible présence de l’État », a prévenu le préfet. Lors d’un bilan des actions de l’État pour l’année 2025, le 4 février, aux côtés du procureur, de responsables de la police, de la gendarmerie et de la douane, il avait tenu à afficher un front commun face au narcotrafic, se félicitant d’avoir obtenu des résultats en jouant collectif, chacun faisant jouer ses compétences. Il rappelait que le nombre de personnes interpellées, à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône, avait augmenté par rapport à l’an dernier, respectivement de 14,2% et 11%, les points de deal avaient eux diminué de moitié : de 181 en 2021 à 89 à Marseille, et de 222 à 114 dans le département.

    Au-delà de ce vaste volet répressif, la préfète de police déléguée a également lancé, vendredi, des assises de la prévention pour éviter que les jeunes ne tombent dans les réseaux.

  • [Entretien] Pierre Villard : « C’est le reflet d’un monde anxiogène »

    [Entretien] Pierre Villard : « C’est le reflet d’un monde anxiogène »

    La Marseillaise : Quels sont pour vous les principaux enseignements de cette enquête d’opinion ?

    Pierre Villard : Elle révèle des aspirations assez contradictoires des Français. Ce qui ressort fortement, c’est l’inquiétude vis-à-vis de l’armée nucléaire dans le monde tel qu’il est aujourd’hui. La France dit toujours qu’il ne faut pas s’en inquiéter qu’on ne va pas s’en servir mais près de 80% des Français se disent inquiets de cette utilisation et ils la jugent probable à deux tiers.

    Pour autant une majorité de sondés soutiennent la modernisation des armes atomiques françaises.

    P.V. : Oui c’est l’aspect contradictoire dont je parlais. Cela nous inquiète et nous interroge. C’est un résultat à corréler avec un monde anxiogène et instable. En même temps, il n’y a pas plus de personnes opposées à la réduction des dépenses militaires aujourd’hui qu’il y a huit ans.

    L’enquête montre aussi un attachement fort au cadre multilatéral offert par les Nations unies. Comment l’analysez-vous ?

    P.V. : C’est positif, c’est même en progression. Dans ce contexte mondial fait d’inquiétudes, le soutien au multilatéralisme et l’attente d’une France qui prenne sa place dans le concert mondial pour la paix sont forts. Par ailleurs, deux tiers des Français – même si c’est en baisse par rapport aux études précédentes – sont favorables à une participation de la France au traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Pour les pacifistes c’est un point d’appui parce qu’on a un immense travail d’éducation populaire à faire sur ce traité.

    Avez-vous été surpris par les chiffres déclinés selon les tendances politiques ?

    P.V. : Oui, par exemple, l’électorat macroniste est très en faveur du cadre multilatéral des Nations unies alors même que le président de la République n’est pas franchement, dans sa pratique, sur cette orientation. On peut même s’inquiéter que sur certains items, l’électorat de gauche soit le plus frileux. C’est une invitation au mouvement pacifiste à s’adresser à l’intégralité de la population française. La France n’est pas signataire du traité sur l’interdiction des armes nucléaires mais nous souhaitons faire grandir l’idée qu’elle puisse être observatrice.

    N’est-ce pas naïf dans un contexte où de nombreux acteurs estiment que les menaces grandissantes doivent conduire à un « réarmement » de notre pays ?

    P.V. : C’est une hérésie de penser que des armes amènent à la paix. « Si tu veux la paix prépare la guerre », ça n’a jamais fonctionné. À force de préparer les guerres, on finit par les faire. C’est le développement de la culture de paix qui éloignera les guerres. Les Hommes sont voués à construire demain avec leurs ennemis d’aujourd’hui. Ils font se mettre autour de la table et faire taire les armes.

    Pierre Villard est l’auteur de
    «
     Pour en finir avec l’arme nucléaire ». Éditions La Dispute.

  • Vaincre la peur, éloigner la guerre

    Vaincre la peur, éloigner la guerre

    Indéniablement, le contexte international marqué par la multiplication des conflits et l’instabilité, pèse lourdement sur les consciences en France. C’est en tout cas l’enseignement principal de l’enquête d’opinion Ifop/ Mouvement de la paix/ La Marseillaise/ l’Humanité.

    80 ans après les bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki dont les ultimes survivants sont venus témoigner dans notre région il y a quelques mois, 79% des Français se disent inquiets d’un usage accidentel ou volontaire de l’arme nucléaire, 64% jugeant cette perspective « probable ».

    Des données particulièrement nettes qui interviennent dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, l’instabilité au Moyen-Orient et l’intervention impérialiste de Donald Trump au Venezuela et ses vues sur le Groenland.

    La France pays de la diplomatie

    Face à ces bouleversements, les Français affirment un attachement croissant à la perspective de règlement des conflits dans le cadre multilatéral des Nations unis.

    71% des personnes interrogées souhaitent ainsi une participation avec les Nations unies à des opérations de maintien de la paix. Une opinion majoritaire quel que soit le genre, la catégorie sociale, la tranche d’âge et l’orientation politique, sauf chez les électeurs d’Éric Zemmour de la présidentielle de 2022 (47%). Preuve de l’influence en France du trumpisme ?

    La France, pays de la diplomatie doit redevenir un acteur majeur du multilatéralisme. Le conseil pour la paix proposé par Donald Trump en est l’antithèse. C’est l’affirmation de l’argent-roi, autre nom de la loi du plus fort.

    Si la France doit se préparer à toute éventualité, elle a le devoir de promouvoir une culture de paix fondée sur le co-développement et la prospérité. Seul le progrès partagé peut vaincre la peur et éloigner la guerre.

  • La France en première ligne de l’« Europe de la Défense »

    La France en première ligne de l’« Europe de la Défense »

    « Nous sommes prêts », affirme le chef de l’État sous le hangar de la base aérienne 125 d’Istres, ce jeudi. Emmanuel Macron a prononcé ses vœux aux armées dans un contexte international tendu marqué par le « retour des forces de déstabilisation ».

    Le président a cité parmi les sources d’inquiétude « la Russie sur le sol européen », des discours « qui sèment le doute, y compris chez les alliés », ou encore « un nouveau colonialisme à l’œuvre chez quelques uns ». Avec, pour éléphant dans la pièce, le sujet Groenlandais, pour lequel le chef des armées considère que « la France et les Européens doivent être là partout où leurs intérêts sont menacés, sans escalade, mais intraitables sur le respect de la souveraineté territoriale », de la même manière que pour l’Ukraine.

    « Pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort. Cela suppose que la nation consente à des efforts à la mesure de notre rude époque », a déclaré Emmanuel Macron. Il avait promis en 2017, lors de sa première visite sur la base, d’atteindre 2 % du PIB dédié à la Défense.

    64 milliards d’euros

    pour la Défense en 2027

    L’objectif de 64 milliards d’euros de budget annuel de la Défense, initialement prévu pour 2030, a déjà été avancé à 2027, comme annoncé par le Président le 13 juillet dernier. La loi de programmation militaire 2024-2030 va être actualisée en conséquence, avec un renfort de 36 milliards d’euros, dont 3,5 milliards en 2026 « pour préserver notre crédibilité et faire face, si nous y étions confrontés, à un engagement majeur d’ici trois à quatre ans », précise le locataire de l’Élysée.

    La base aérienne 125 d’Istres en est « l’illustration même ». Avec ses 15 Airbus de ravitaillement et de transport stratégique, elle constitue « un vecteur polyvalent de projection de puissance » aux yeux d’Emmanuel Macron, notamment nucléaire, comme l’a démontré le récent déploiement nordique et celui à venir par le biais de ce « hub des armées ».

    Plus généralement, ces crédits serviront trois priorités. La première, au plan technique, à savoir augmenter les stocks de munitions, se doter d’une alerte avancée spatiale comme terrestre et renforcer l’ambition spatiale. « La France organisera dans quelques mois un sommet sur le spatial », annonce le président, qui souhaite « améliorer la résilience et la protection » dans ce domaine.

    Une ambition liée au deuxième objectif, celui visant à faire face au missile très longue portée russe Orechnik. « Nous sommes à portée de ces tirs affirme le chef de l’État. Nous devons nous saisir de ces nouvelles armes qui changeront la donne à court terme. » Même logique pour le système de défense aérienne SAMP/T nouvelle génération, « la meilleure au monde », selon le président, qui souhaite « accélérer la production et la capacité à déployer », cette arme.

    Enfin, le chef de l’État souhaite « améliorer et accélérer la capacité des armées à s’engager », notamment via l’utilisation des drones pour les trois armées, ainsi que par l’investissement dans « les innovations de rupture : le quantique, l’intelligence artificielle ».

    In fine, le président Macron place la France au centre de l’« Europe de la Défense », tant sur le plan des moyens, du complexe militaro-industriel que sur le plan décisionnel. La volonté répétée d’indépendance de la France entre en contradiction frontale avec les affirmations répétées d’unité européenne. La question se pose si le chef de l’Etat ne ferait pas de l’œil, en filigrane, à l’idée d’être le chef militaire de l’Europe entière.