Tag: antiquité

  • Un atlas pour explorer l’histoire enfouie de Nîmes

    Un atlas pour explorer l’histoire enfouie de Nîmes

    À Nîmes, il suffit parfois de creuser quelques mètres pour changer de siècle. Sous une avenue, un parking ou un futur immeuble peuvent réapparaître une mosaïque, une tombe ou les murs d’une maison antique. Depuis près d’un demi-siècle, les transformations de la ville racontent ainsi, chantier après chantier, une autre histoire de Nîmes. Une histoire désormais réunie dans un Atlas archéologique numérique, présenté au musée de la Romanité.

    Dévoilé à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, trois ans jour pour jour après l’inscription de la Maison Carrée au patrimoine mondial de l’Unesco, l’outil est le fruit d’un partenariat entre la Ville et l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).

    Depuis les années 1980, plus de 400 diagnostics et quelque 140 fouilles préventives ont été menés sur la commune au gré des opérations immobilières et des grands aménagements. Une cinquantaine de chantiers emblématiques ont été retenus pour cette première version. Sur la carte, des points rouges jalonnent Nîmes. Un clic suffit pour retrouver photographies, plans, textes, vidéos et objets découverts sur place. L’avenue Jean-Jaurès y côtoie les Halles, Villa Roma ou le quartier Clérisseau. On y croise aussi la mosaïque de Penthée, la statue de Neptune ou encore le portrait d’un notable gaulois découvert en 2023 près du cadereau.

    Un outil qui manquait

    L’intérêt de l’atlas ne tient pourtant pas seulement à ses découvertes spectaculaires. Des dossiers thématiques permettent aussi de suivre l’évolution de Nîmes, de l’agglomération gauloise à la cité romaine puis médiévale, en passant par la vigne, les pratiques funéraires, l’aqueduc, les peintures murales ou les remparts. « Pour le public qui ne connaît pas Nîmes, cela permet d’avoir une belle idée de son passé. Et les Nîmois peuvent savoir exactement où ont été trouvés les vestiges », souligne Jean-Yves Breuil, chargé des relations avec les aménageurs à l’Inrap.

    Pour le musée, l’outil vient aussi combler un manque : « L’enjeu du contexte est compliqué à amener dans un musée. Ici, l’atlas sera complémentaire de la visite et des objets présentés en vitrine », explique son conservateur Nicolas de Larquier. Installé dans le hall, il est accessible librement, sans billet d’entrée, et peut également être consulté en ligne. L’atlas permet ainsi de replacer les objets exposés dans leur environnement d’origine et de montrer ce que l’archéologie préventive apporte à la connaissance de la ville.

    L’outil n’a d’ailleurs pas vocation à rester figé. « Ce travail est évolutif et sera enrichi au fur et à mesure des découvertes », insiste Nadia Goudard, conseillère municipale déléguée aux patrimoines culturels et à l’Unesco. Une nécessité dans une ville où, comme le résume Jean-Yves Breuil, « il y a encore toute la ville romaine en dessous ».

  • [C’est l’été] Les péplums en leur royaume au Théâtre antique d’Arles

    [C’est l’été] Les péplums en leur royaume au Théâtre antique d’Arles

    Avec son théâtre antique dont la construction fut achevée 12 années avant notre ère et une ville recelant un riche héritage romain, l’association Peplum a de quoi faire, depuis 1987, pour organiser son événement phare. Du 17 au 22 août, l’écrin du festival du film péplum qui invite à « redécouvrir l’Antiquité sur écran géant », nourri par une programmation liant « histoire, cinéma et littérature ». Au total, six soirées de projections, à chaque fois amorcées par un « apéro-rencontre » sous forme d’échange avec un expert, la professeure d’Histoire ancienne Pauline Ducret pour l’inauguration, un ciné-club autour de « la cage aux fauves au risque de la démocratie » orchestré par le docteur en littérature Jean Max Méjean, toujours à cette même date. Cette soirée inaugurale sera placée sous le thème de « l’épopée » avec une « reconstitution vivante d’un cortège romain », assurée par les légionnaires d’un soir des associations Arelate et Leg VI Ferrata, avant de finir en trombe avec la projection du Gladiator II réalisé il y a deux ans par Ridley Scott.

    Impératrice et roi

    Parmi les autres projections du festival, à la nuit tombée, on notera celle d’Astérix et Cléopâtre (2002) d’Alain Chabat, du péplum réalisé en 1960 par Riccardo Freda, Le géant de Thessalie, ou encore de Messaline, cette impératrice romaine à laquelle les historiens prêtent une cruauté et une sexualité effrénée qui ont contribué à sa perte. Charge enfin, le 22 août, au David et Bethsabée d’Henry King, avec le magistral Gregory Peck dans le rôle du roi David, de clore la 39e édition.

  • Comment Robert Ménard revisite l’Histoire à des fins idéologiques

    Comment Robert Ménard revisite l’Histoire à des fins idéologiques

    Trente ans de chantier, dix-neuf hectares aménagés, treize millions de budget, premiers coups de pioche espérés en 2028. Le projet « Béziers antique », porté par l’édile d’extrême droite Robert Ménard, se veut faramineux. L’objectif affiché étant de reconstruire la cité de Riquet telle qu’elle était en l’an 30 après Jésus-Christ, avec les techniques employées pendant l’Antiquité. Un amphithéâtre, une nécropole, un forum, un ludus (une école de gladiateurs) devraient ainsi voir le jour le long de la route de Lespignan. « Béziers antique » se veut pédagogique, notamment en montrant différentes techniques utilisées par des artisans et en proposant des animations et démonstrations toute l’année.

    Sauf que le maire semble se servir de ce projet pour mener une bataille idéologique propre à l’extrême droite en réécrivant l’Histoire. « Il le pratique depuis 2014 mais il varie beaucoup sur son positionnement partisan puisqu’il a soutenu Marine Le Pen, Éric Zemmour, maintenant Bruno Retailleau. Sur le fond, il a une vision réactionnaire, une sorte de national-catholicisme qui s’inscrit dans la longue tradition de l’extrême droite depuis Charles Maurras. Ménard a des usages de l’Histoire qui sont problématiques et idéologiques », soutient Richard Vassakos, historien et auteur de l’ouvrage La Croisade de Robert Ménard : Une bataille culturelle d’extrême droite (éditions Libertalia, 2021).

    Un âge d’or révolu

    Une vision d’un passé fantasmé, une nostalgie d’un âge d’or révolu, dont l’apogée aurait été la chrétienté dans l’Antiquité. « Ce n’est pas n’importe quelle Rome antique, c’est celle de l’an 30 après Jésus-Christ, donc du début de la christianisation. Il y a là quand même un biais, une orientation assez claire. Ce n’est pas la Rome républicaine, c’est la Rome impériale qui va vers la christianisation et on prend le point de départ de l’ère chrétienne. Donc il y a quand même quelque chose qui n’est pas anodin », poursuit Richard Vassakos. L’an dernier, l’édile s’était illustré en installant un olivier bimillénaire – de l’âge du Christ – devant la mairie. Sans oublier les crèches de la nativité, les messes de la Feria, les cérémonies patriotiques, etc. « Il y a une volonté de remettre la religion au centre du village qui, en fait, est une construction de la guerre, du choc des civilisations, c’est-à-dire que c’est les chrétiens contre les autres, c’est nous et eux  », soutient l’historien.

    Or Béziers est le fruit de mélanges des multiples populations qui se sont succédé : les Celtes sont les premiers puis viennent les Romains avant que les Wisigoths, les Francs et les Arabes ne s’arrêtent à Béziers.

    « Le but est de mener la bataille culturelle via un certain nombre de forces réactionnaires, d’implanter un récit ou un méta-récit et donc de construire cette dimension identitaire. Le projet “Béziers antique” pourrait être très bien. Effectivement, Béziers a été une ville romanisée. Il n’y a aucun souci avec ça. La difficulté, c’est ce qu’on y met derrière », observe Richard Vassakos, qui craint que le projet biterrois ne devienne une sorte de Puy-du-Fou, complexe de loisirs porté en Vendée par l’ultra réac Philippe de Villiers, connu pour son interprétation de la Révolution controversée. L’extrême droite aurait-elle un problème avec la République ?

  • Passez voirla Vénus d’Arles…

    Passez voirla Vénus d’Arles…

    « Le passage de Vénus. » Quel joli titre pour cette exposition phare du Musée Arles antique, lieu emblématique de la culture gréco et gallo romaine aux différents parcours remarquables et toujours pédagogiques. Le retour de la Vénus d’Arles, visible jusqu’au 31 octobre, est un événement à plus d’un titre, car il nous invite
    à nous plonger dans plusieurs temporalités historiques. Premièrement, la découverte de cette statue a eu lieu au mitan du XVIIe siècle, en plein règne du roi Soleil, Louis XIV. Un roi à l’origine de la monarchie absolue. Un absolutisme qui s’imposait à tous les niveaux jusqu’à exiger en cadeau cette Vénus du Ier siècle avant notre ère, pour agrémenter la Galerie des Glaces du Château de Versailles, qu’il fallait meubler des œuvres les plus remarquables !

    Diane ou Vénus ?

    L’exposition suscite aussi un grand intérêt quant à l’identité de cette statue de plus de deux mètres de haut : est-ce Vénus ou Diane ? Des indices sont à découvrir et chacun peut se faire son histoire dans la grande Histoire. Qui est son créateur ? C’est une autre énigme que les historiens de l’art ont tenté de résoudre. La Vénus d’Arles serait la réplique de l’Aphrodite de Thespies du grand sculpteur athénien Praxitèle. L’inspiration est grecque, la réalisation romaine. Mais pas uniquement, car la statue a subi des restaurations. La Vénus d’Arles témoigne donc d’une histoire multiple. Passé le choc de sa découverte – elle est monumentale – on plonge dans ce périple historique jusqu’à nos jours avec un dialogue fantastique entre la Vénus d’Arles et des œuvres contemporaines. Une exposition à voir.

  • L’Antiquité s’embrase aux couleurs de Combas

    L’Antiquité s’embrase aux couleurs de Combas

    Il y a des rencontres qui relèvent de l’évidence. Celle entre Robert Combas et le Pont du Gard en fait partie. Du 29 mai au 1er novembre, le site classé à l’Unesco accueille « Guerre et paix », une exposition d’envergure consacrée au chef de file de la figuration libre.

    Une soixantaine d’œuvres y sont présentées, traversées par les thèmes chers à l’artiste : batailles antiques, figures mythologiques, héros grecs et romains. Chez Combas, l’Histoire n’est jamais figée. Elle explose en couleurs, en formes et en récits foisonnants, nourris autant par les livres d’Histoire que par la culture populaire. Au cœur du parcours, une toile monumentale consacrée à la guerre de Troie, longue de près de neuf mètres, s’impose comme pièce maîtresse. Une œuvre à l’image de l’exposition : spectaculaire, dense, presque débordante.

    Une « rencontre inouïe »

    Mais l’expérience ne s’arrête pas aux salles du musée. Dès le 4 juillet, chaque soir, le monument lui-même devient scène. Sous la direction de Christophe Berthonneau et du Groupe F, un mapping vidéo monumental transforme les 275 mètres de l’aqueduc en fresque vivante. Guerriers, batailles et figures mythologiques s’animent sur la pierre bimillénaire. Les images puisent directement dans l’univers de Combas, tandis que la bande sonore s’appuie sur les compositions de son groupe, Les Sans Pattes. Une hybridation totale entre peinture, musique et architecture.

    Ce dialogue entre patrimoine et création contemporaine s’inscrit dans une volonté affirmée : faire du Pont du Gard un lieu vivant, où l’Histoire continue de s’écrire. Pour les organisateurs, il s’agit d’une « rencontre inouïe » entre deux monuments : un site antique exceptionnel et un artiste majeur de la scène contemporaine.

    Tarifs : musée 8 € (réduit 6 €), gratuit pour les étudiants, moins de 18 ans et personnes en situation de handicap.