Tag: Anticolonialisme

  • [Quoi de neuf] Camille, Liès et Sophie Nigon : « Le soin psy doit être fait par et avec les personnes »

    [Quoi de neuf] Camille, Liès et Sophie Nigon : « Le soin psy doit être fait par et avec les personnes »

    Le système psychiatrique, outre son manque de moyens humains et matériels structurel dans le secteur public, est source de violences pour de nombreuses personnes, notamment les plus vulnérables et marginalisées dans notre société. Quelle place pour les citoyens qui ont besoin de soins et d’accompagnement ? Qu’en est-il de la reconnaissance véritable, c’est-à-dire citoyenne, de leur parole et de leur vécu ? Alors que le gouvernement avait fait de la santé mentale une « grande cause nationale » en 2025, les attentes ne sont pas honorées. Rencontre avec Camille et Liès, bénévoles de l’association Democrapsy à Montpellier, qui œuvrent pour un changement total de paradigme, et la psychanalyse montpelliéraine, Sophie Nigon.

    Françoise Verna : Qu’est-ce qui a motivé votre choix d’être bénévole au sein de l’association Democrapsy à Montpellier ?

    Liès : Parce que libérer la parole des personnes concernées, cela ne suffit pas. Nous, on milite pour que cette parole soit prise en compte. Quand nous parlons de personnes concernées, ce sont les premiers et premières opprimés. Les prendre en compte c’est demander que les pouvoirs publics soutiennent des créations d’espaces pour ces personnes et que ces espaces soient gérés par ces personnes.

    Camille : L’idée serait d’élaborer un soin qui parte de la base, de la parole des personnes les plus violentées et marginalisées, pour avoir un soin collectif qui ne soit pas défini par l’altérité, la marge. Et par cette idée qui consiste à dire : « Vous êtes dehors, on va vous guérir et vous rencontre productif. »

    Olivier Nottale : Qui sont « ces personnes concernées », notamment dans l’association Democrapsy ?

    Liès : On réunit des personnes concernées par la psychiatrisation et/ou la vulnérabilité psychique sans forcément passer par un parcours de psychiatrisation. Nous, nous sommes concernés. Nous sommes une association de soins communautaire. On travaille en commun avec des personnes concernées, par exemple, par un trouble du spectre autistique, la psychiatrisation sous contrainte, y compris avec le fait d’être amenée par la police. On a réuni une communauté depuis un an et demi autour de plusieurs d’événements.

    Camille : L’idée c’est de montrer que la problématique de santé est aussi sociale. Traversée par des enjeux de féminisme, de racialisation, de colonialisme. Il faut prendre en compte toutes les formes d’oppressions, tout le système.

    Françoise Verna : Est-ce que cela vous parle que des jeunes gens, comme Liès et Camille, veuillent être les acteurs de leur bien-être et de ne pas être mis dans des cases ?

    Sophie Nigon : Cela me parle tout à fait. Dans l’approche lacanienne, qui est la mienne, ce qui compte effectivement c’est la question de l’individu, du sujet, de la spécificité. C’est-à-dire ne pas mettre les personnes dans des petites cases. Cocher des cases sur tel symptôme ou tel comportement, etc. Il s’agit de prendre en compte ce qui est la dimension du sujet, ce qui est sa subjectivité. Et ça, cela demande du temps et de l’écoute.

    Olivier Nottale : Or nous sommes dans un système de soins et une société où des personnes en besoin de soins vont buter contre ce système ?

    Camille : Je pense que la psychiatrie est un système fou, un pompier pyromane. Si la psychiatrie m’a sauvé la vie, elle m’a aussi rendue malade, handicapée. Je suis très critique de la psychiatrie comme institution mais au regard de l’urgence actuelle, c’est une des seules ressources que l’on a pour sauver les personnes parce qu’on n’a pas une remise en question totale de nos approches du soin et des problématiques sociales qui engendrent la folie. Les violences psychiatriques forcent les gens à rentrer dans la norme.

    Françoise Verna : Vous êtes psychanalyste et vous intervenez aussi auprès de professionnels. Vous avez donc cette double expérience, côté patient et côté soignant ?

    Sophie Nigon : Je suis psychanalyste en libéral où j’accueille des personnes et j’interviens aussi, toujours en tant que psychanalyste, dans différents services hospitaliers, institutions, associations qui ont tous en commun d’accueillir des personnes en souffrance : des enfants, des personnes handicapées, à la rue, en souffrance psychique, psychiatriques. J’accompagne aussi une équipe qui va dans des prisons. Du côté des professionnels il y a aussi de la souffrance parce qu’ils sont contraints par des injonctions, des règles, un manque de moyens et de temps. Pour un rendez-vous dans un centre médico-psychologique, un CMP, il faut six, huit voire plus d’un an. Et s’agissant d’enfants, pour un premier rendez-vous, c’est un an à dix-huit mois d’attente !

    Camille : J’aurai des recommandations : une réattribution des budgets répressifs pour faire de la prévention et de l’accompagnement aux soins. Et bien sûr des actions conjointes avec les premiers concernés pour élaborer une méthodologie de soins qui soit inclusive pour les soignants et les patients. Et avoir accès à des formations spécifiques sur le racisme, les violences sexuelles, l’inceste etc. Pour que l’on puisse nous accompagner au mieux.

    Retrouvez l’émission en cliquant sur le lien.

    * Democrapsy sur instagram @democrapsy_mtp34

    Samedi 21 mars scène ouverte au Quartier Généreux, 18h30.

    Mardi 24 mars à La Base, 19h :

    cercle en non-mixité HP-police.

    * *acfvoiedomitienne.fr

    sophienigon_psy-montpellier.com

  • Une histoire coloniale qui, faute de reconnaissance, ne passe toujours pas

    Une histoire coloniale qui, faute de reconnaissance, ne passe toujours pas

    Le colloque qui va se dérouler vendredi à partir de 14h, à la Maison de la Méditerranée, propose d’analyser les effets de la colonisation au travers de l’hégémonie occidentale et de l’impérialisme économique, et ses effets dans le département du Var.

    Pour y répondre, l’historien Gilles Manceron, auteur entre autres de l’essai Marianne et les colonies (La Découverte, 2003) apportera son éclairage sur l’histoire de la colonisation française, en revenant notamment sur les crimes massifs et organisés qui ont accompagné la colonisation pendant plusieurs siècles et qui ont systématiquement été déniés par le discours officiel. Et même que les autorités de la République peinaient encore jusqu’à très récemment à reconnaître. Le président Macron déclenchant alors une vive polémique en 2023 en qualifiant, lors d’une visite à Alger, la colonisation de « crime contre l’humanité ». Un tout premier pas.

    Autour de la table ronde également Théo Tardy, ancien membre de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage qui fera, avant cela, découvrir l’exposition « C’est notre histoire », en 15 panneaux, qui se donne pour objectif de raconter l’esclavage colonial et ses héritages à travers les siècles, tout en mettant en avant les luttes pour son abolition.

    Quant au président de la section de Toulon-La Seyne de la Ligue des droits de l’homme, Roland Biache, il tentera de faire le lien entre les images de la période coloniale et les questions d’identités, de racisme et d’antisémitisme aujourd’hui.

    Un programme donc riche et ambitieux qui va permettre de rouvrir le débat et de porter un regard lucide sur tout un pan de notre histoire.

  • [Entretien] Jacques Pradel : « Le racisme anti-Arabe est de plus en plus décomplexé aujourd’hui »

    [Entretien] Jacques Pradel : « Le racisme anti-Arabe est de plus en plus décomplexé aujourd’hui »

    La Marseillaise : Vous allez rendre hommage, vendredi, à l’ancien président de la section varoise de la LDH François Nadiras, qui a toute sa vie refusé l’injustice et s’est battu contre les idées d’extrême droite…

    Jacques Pradel : Oui, cela nous a semblé tellement évident ! François Nadiras a adhéré immédiatement à l’association dès sa création en 2008, en tant qu’ami non pied-noir. On a été en contact très souvent. C’est quelqu’un pour qui personnellement j’avais beaucoup d’admiration. C’était un homme magnifique. On a donc proposé à la Ligue des droits de l’homme de Toulon et aux historiens qui ont poursuivi le travail qu’il avait entrepris à travers le site histoirecoloniale.net de se joindre à nous. Gilles Manceron sera d’ailleurs présent, vendredi soir, à La Garde.

    Vous partagiez les mêmes valeurs et la même volonté de ne pas laisser l’extrême droite réécrire l’histoire…

    J. P. : C’est certain. Nous avons créé l’association en 2008, mais nous aurions pu le faire bien avant parce qu’en vérité, toutes les raisons existaient avant. Nous en avions assez d’entendre les associations de pieds-noirs d’extrême droite qui occupaient le haut du pavé, reconnues par les médias, par les politiques, comme étant porteurs d’une parole pied-noire. Alors que les pieds-noirs, dans la diversité de ce qu’ils sont, ne peuvent pas être résumés à ce qu’en disaient ceux qui sont restés figés dans la haine et le ressentiment. Dans tous les cas, on leur déniait le droit de parler à notre place. Et, surtout, le droit de dire que l’ensemble des pieds-noirs avaient une vision politique du passé colonial qui était le leur.

    Une mémoire qui, on le voit, ne cesse d’être manipulée par l’extrême droite et même une partie de la droite…

    J. P. : C’est pour cela que nous tenions à faire entendre une autre voix et affirmer, en tant qu’association, que la lutte du peuple algérien pour se libérer du colonialisme était une lutte justifiée.

    Aujourd’hui, conjointement à la progression des idéologies d’extrême droite, le passé colonial est remis en scène de manière positive. Il résonne fortement dans notre société gangrenée par la diffusion de thèses dangereuses, avec en corollaire et sous couvert d’islamophobie, la légitimation d’un racisme anti-maghrébin, anti-algérien, restauré et assumé dans l’espace et le débat publics.

    Comment lutter contre cette haine ?

    J. P. : On se bat pour rapprocher nos deux peuples des deux côtés de la Méditerranée. Et nous affirmons que nous sommes, qu’on le veuille ou non, des enfants d’Algérie. Et en tant que tel, on veut dire notre solidarité, notre fraternité avec les autres enfants d’Algérie. Mais en vérité, aujourd’hui, lutter contre les idées de l’extrême droite sur la colonisation et lutter contre le racisme, c’est la même chose. C’est la philosophie dans laquelle on se situe aujourd’hui.

    Un travail d’information et de pédagogie gigantesque…

    J. P. : Oui, mais notre association est active dans un certain nombre de régions et relativement forte dans certaines villes comme Marseille, Toulouse, Grenoble, Lyon, etc. Ce qui nous permet de créer des initiatives et de participer activement à différents aspects de la vie démocratique et sociale.

    Nous privilégions également les activités culturelles qui permettent de parler de tout ce qui est commun, de tout ce qui rapproche nos deux pays. On fait également des interventions en milieu scolaire et participe à différents types de manifestations, de commémorations autour des dates importantes de la guerre d’indépendance algérienne.

    Samedi après-midi, après votre assemblée générale, vous organisez une rencontre-débat ouverte au public, au domaine de Masacan…

    J. P. : Oui, cela commence à 14h avec le politologue Nedjib Sidi Moussa, qui va expliquer « comment la décolonisation de l’Algérie façonne les passions françaises ». Et de 16h à 19h, le débat se poursuit « de l’Algérie à la Kanaky », avec l’historienne de la colonisation Isabelle Merle. Et la projection du film documentaire Kanaky-Nouvelle-Calédonie, la trajectoire interrompue du Caillou, en présence du réalisateur Mehdi Lallaoui.

  • [Entretien] Jacques Pradel : « Le racisme anti-Arabe est de plus en plus décomplexé aujourd’hui »

    La Marseillaise : Vous allez rendre hommage, vendredi, à l’ancien président de la section varoise de la LDH François Nadiras, qui a toute sa vie refusé l’injustice et s’est battu contre les idées d’extrême droite…

    Jacques Pradel : Oui, cela nous a semblé tellement évident ! François Nadiras a adhéré immédiatement à l’association dès sa création en 2008, en tant qu’ami non pied-noir. On a été en contact très souvent. C’est quelqu’un pour qui personnellement j’avais beaucoup d’admiration. C’était un homme magnifique. On a donc proposé à la Ligue des droits de l’homme de Toulon et aux historiens qui ont poursuivi le travail qu’il avait entrepris à travers le site histoirecoloniale.net de se joindre à nous. Gilles Manceron sera d’ailleurs présent, vendredi soir, à La Garde.

    Vous partagiez les mêmes valeurs et la même volonté de ne pas laisser l’extrême droite réécrire l’histoire…

    J. P. : C’est certain. Nous avons créé l’association en 2008, mais nous aurions pu le faire bien avant parce qu’en vérité, toutes les raisons existaient avant. Nous en avions assez d’entendre les associations de pieds-noirs d’extrême droite qui occupaient le haut du pavé, reconnues par les médias, par les politiques, comme étant porteurs d’une parole pied-noire. Alors que les pieds-noirs, dans la diversité de ce qu’ils sont, ne peuvent pas être résumés à ce qu’en disaient ceux qui sont restés figés dans la haine et le ressentiment. Dans tous les cas, on leur déniait le droit de parler à notre place. Et, surtout, le droit de dire que l’ensemble des pieds-noirs avaient une vision politique du passé colonial qui était le leur.

    Une mémoire qui, on le voit, ne cesse d’être manipulée par l’extrême droite et même une partie de la droite…

    J. P. : C’est pour cela que nous tenions à faire entendre une autre voix et affirmer, en tant qu’association, que la lutte du peuple algérien pour se libérer du colonialisme était une lutte justifiée.

    Aujourd’hui, conjointement à la progression des idéologies d’extrême droite, le passé colonial est remis en scène de manière positive. Il résonne fortement dans notre société gangrenée par la diffusion de thèses dangereuses, avec en corollaire et sous couvert d’islamophobie, la légitimation d’un racisme anti-maghrébin, anti-algérien, restauré et assumé dans l’espace et le débat publics.

    Comment lutter contre cette haine ?

    J. P. : On se bat pour rapprocher nos deux peuples des deux côtés de la Méditerranée. Et nous affirmons que nous sommes, qu’on le veuille ou non, des enfants d’Algérie. Et en tant que tel, on veut dire notre solidarité, notre fraternité avec les autres enfants d’Algérie. Mais en vérité, aujourd’hui, lutter contre les idées de l’extrême droite sur la colonisation et lutter contre le racisme, c’est la même chose. C’est la philosophie dans laquelle on se situe aujourd’hui.

    Un travail d’information et de pédagogie gigantesque…

    J. P. : Oui, mais notre association est active dans un certain nombre de régions et relativement forte dans certaines villes comme Marseille, Toulouse, Grenoble, Lyon, etc. Ce qui nous permet de créer des initiatives et de participer activement à différents aspects de la vie démocratique et sociale.

    Nous privilégions également les activités culturelles qui permettent de parler de tout ce qui est commun, de tout ce qui rapproche nos deux pays. On fait également des interventions en milieu scolaire et participe à différents types de manifestations, de commémorations autour des dates importantes de la guerre d’indépendance algérienne.

    Samedi après-midi, après votre assemblée générale, vous organisez une rencontre-débat ouverte au public, au domaine de Masacan…

    J. P. : Oui, cela commence à 14h avec le politologue Nedjib Sidi Moussa, qui va expliquer « comment la décolonisation de l’Algérie façonne les passions françaises ». Et de 16h à 19h, le débat se poursuit « de l’Algérie à la Kanaky », avec l’historienne de la colonisation Isabelle Merle. Et la projection du film documentaire Kanaky-Nouvelle-Calédonie, la trajectoire interrompue du Caillou, en présence du réalisateur Mehdi Lallaoui.