Tag: Anne Fraïsse

  • Les étudiants non européens passent à la caisse

    Les étudiants non européens passent à la caisse

    La nouvelle a été annoncée par le ministre de l’Enseignement supérieur le 20 avril dans un entretien donné au Parisien. Philippe Baptiste revient sur la hausse des frais d’inscription à l’université pour les étudiants extra-européens en annonçant un nouveau plan « Choose France For Higher Education » afin de favoriser l’attractivité de l’enseignement supérieur français.

    Si la mesure est sur la table depuis 2019 dans le cadre du plan « Bienvenue en France », les universités avaient une marge de manœuvre leur permettant d’exonérer jusqu’à 10% des étudiants non-boursiers. Toutefois, bon nombre d’établissements dépassaient ce seuil. Mais à partir de la rentrée prochaine, ce ne sera plus possible. Ainsi, les étudiants extra-européens vont donc devoir débourser 2 895 euros par an en licence contre 178 euros aujourd’hui et 3 941 euros en master contre 254 euros. Les universités conserveront néanmoins une exonération de 10% d’étudiants étrangers, qui viendra s’ajouter aux Bourses déjà distribuées par les établissements.

    « Ce n’est pas aux étudiants de payer pour l’université, l’État doit leur donner des moyens », s’indigne Enola Kraemer, du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) à l’université Paul-Valéry. L’établissement montpelliérain compte actuellement 21% d’étudiants étrangers. « Étant donné qu’un étudiant sur deux est boursier, notre limite de 10% est atteinte rapidement. Et les universités qui dépassaient les 10% étaient déjà obligées de prendre des mesures de non-exonération. Nous, par exemple, on applique les droits différenciés. En mettant une exonération pour tout le monde, on était à 13% des effectifs étudiants lors de l’entrée en vigueur du dispositif. On a alors décidé d’exonérer tous les primo entrants et ensuite, tous ceux qui réussissaient, qui progressaient dans leurs études. N’étaient soumis aux droits différenciés que les étudiants qui échouaient », détaille Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul-Valéry. Les exonérations ont néanmoins baissé au fil du temps, pour atteindre 11% des étudiants de la faculté montpelliéraine cette année.

    Les précaires pénalisés

    Pour justifier sa décision, le ministre évoque des frais d’inscription modestes comparé à d’autres pays, notamment l’Angleterre. Les sommes avancées représenteraient « 30% du coût de la formation » et le ministre entend ainsi récupérer 250 millions d’euros chaque année. Dans une situation budgétaire on ne peut plus délicate, les universités se retrouvent ainsi au pied du mur et n’ont d’autre choix que de s’exécuter. « Il y a un risque d’une mesure antisociale très évidente. Pour moi, le gros problème, c’est qu’on ne voit ça qu’à travers le prisme du financement insuffisant des universités, on cherche de l’argent et l’idée c’est d’en trouver dans la poche des étudiants. C’est extrêmement dangereux car il aurait fallu avoir une compensation sociale – un système de bourses par exemple – qui est absolument indispensable pour envisager ce genre de choses », poursuit Anne Fraïsse, qui craint que la mesure ne s’applique aux étudiants nationaux dans les prochaines années.

    Car en attendant et comme souvent, ce sont les plus précaires qui en pâtiront. « C’est une sélection sociale et raciste qui s’opère. Certains vont devoir s’endetter, se salarier alors que l’on sait que le salariat étudiant est l’une des premières causes de l’échec scolaire. C’est scandaleux », fait valoir Enola Kraemer. Le Scum s’est d’ailleurs mobilisé pour dénoncer ces frais différenciés, le 30 avril, devant la préfecture à Montpellier. Une pétition nationale* a été lancée et une opération coup de poing est prévue le 4 mai, à l’Université Paul-Valéry, afin d’interpeller les étudiants.

  • « On meurt dans mon Université » : Anne Fraïsse alerte Macron

    « On meurt dans mon Université » : Anne Fraïsse alerte Macron

    Elle ne mâche pas ses mots.  
    « On meurt dans vos Universités. On meurt dans mon Université. D’excès de travail, de stress, d’usure, de désespoir, d’indifférence. » Ainsi débute la lettre ouverte à Emmanuel Macron adressée par la présidente de l’université de lettres et sciences humaines Paul-Valéry de Montpellier, publiée le 26 janvier par le journal Le Monde.

    Ce n’est pas la première fois qu’Anne Fraïsse tire la sonnette d’alarme sur la situation de son université, parmi les moins bien dotées de France. Mais cette fois, alors qu’ont commencé le 8 janvier les Assises du financement des universités, c’est le Président de la République lui-même qu’elle interpelle, dans un geste de colère et de désespoir.

    À l’automne dernier, au moment des débats budgétaires, le ministre de l’Éducation nationale avait voulu relativiser la crise budgétaire des universités lors de son audition devant la commission de la culture et de l’éducation au Sénat (alors que deux tiers des facs françaises ont fini en déficit en 2025, au détriment des étudiants et personnels) : « Ce n’est pas Zola non plus », avait-il estimé, suscitant un tollé dans la communauté universitaire.

    « La situation de mon université, c’est bien du Zola, Monsieur le président  », rétorque Anne Fraïsse dans ce courrier. « En 5 ans, il y a eu 4 suicides de personnels titulaires (le précédent remontait à 25 ans), 3 crises cardiaques au travail, 2 AVC sans compter les arrêts de travail longue maladie pour burn-out. Cette année, dans notre communauté, 3 fonctionnaires en activité sont morts. Certes, ces décès ont des causes multiples mais les statistiques sont là et ce bilan pour une université de 1 003 titulaires pour 23 000 étudiants révèle des conditions de travail insupportables », dénonce la présidente de l’université montpelliéraine.

    « Nous venons de voter notre sixième budget en déficit ; notre université est une des moins dotées et, plus grave, des moins encadrées de France (11 départements à moins de 50%, voire 40% d’encadrement en enseignants titulaires) », assène-t-elle encore. « Depuis plus de 10 ans nous sommes en surchauffe, en travail forcé, en déséquilibre permanent, jamais sûrs d’arriver à remplir nos missions faute de bras. Nous l’avons dit, répété, crié : il est urgent de créer des postes, de revenir à des dotations pour charges de service public à la hauteur du nombre d’étudiants accueillis, de rétablir un modèle d’allocation des moyens qui répare les injustices, qui soit clair et transparent », insiste-t-elle, dénonçant l’opacité du système : « Pour un étudiant de même discipline, une université peut recevoir deux fois moins qu’une autre. Pourquoi ? Personne ne le sait, aucune justification aux plafonds d’emplois, à la dotation de l’État, aux demandes de fermeture de formations ».

    « Savoir et se taire c’est être complice, je ne peux pas taire cette injustice », conclut Anne Fraïsse avant de saluer Emmanuel Macron « comme les gladiateurs saluaient celui qui finançait les jeux et présidait à leur destinée : “Morituri te salutant” ».

    « Depuis plus de 10 ans, nous sommes en surchauffe. »