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  • [Le coin BD] Le bouleversant destin de Betty, mise en lumière dans la noirceur

    [Le coin BD] Le bouleversant destin de Betty, mise en lumière dans la noirceur

    De son enfance de sixième enfant sur huit métis autochtones jusqu’à son jeune âge adulte, cette BD poignante permet de suivre Betty Carpenter, adorée par son père, dans sa famille aimante et dysfonctionnelle où le poids du passé alimente les drames du présent. Dans cette Amérique rurale de l’immédiate après-guerre, Betty va être confrontée aux difficultés d’être une femme pauvre à la peau sombre, confrontée à la misogynie et au racisme ordinaire. Largement inspirée de la vie de la mère de l’autrice Tiffany McDaniel tout en restant une fiction, cette histoire s’ancre dans les drames transmis de génération en génération, les décès qui se succèdent, la noirceur de l’âme de certains hommes mais offre aussi une rédemption par l’amour et l’écriture.

    Même si elle se situe dans un temps révolu et sur un autre continent, cette BD se confronte de front avec des thèmes malheureusement terriblement actuels : les abus faits à l’enfance, les dangers que rencontre toute femme du fait de sa seule naissance, les forces nocives des préjugés racistes, les ravages de la pauvreté… Mais elle ouvre aussi malgré tout une voie vers le salut et l’émancipation. De ce récit profondément humain, les deux auteurs ont tiré une adaptation graphique parfaitement maîtrisée, fidèle et respectueuse, dont l’émotion se dégage à chaque page. à découvrir absolument que l’on ait lu le roman ou non.

    ET AUSSI

    Décolonisations

    Sous-titrée « L’histoire au présent », cette BD de Stephen Desberg et Guillaume Blanc avec Mirranda Burton au dessin montre à travers le destin de plusieurs personnages l’impact qu’a encore aujourd’hui sur les vies concrètes la colonisation des XIXe et XXe siècles. Érythrée, Vietnam, Rwanda, Inde, Pakistan ou Algérie ont une histoire marquée au fer rouge par cette domination coloniale dont les conséquences sont encore fondamentales. À lire pour mieux comprendre et ne pas se fermer les yeux sur les débats contemporains car nul ne colonise impunément.

    Dargaud/Seuil, 24,50€

    Land

    Quel est le vrai prix de la colonisation de l’espace en cours qui devient de plus en plus une aventure privée, hochet de multimilliardaires à la Elon Musk ? Olivier Dubuquoy et Philippe Squarzoni apportent une réponse glaçante sur le prix écologique et humain payé pour cette folie qui pourrait même hypothéquer notre avenir commun. Heureusement, dans le monde entier, des juristes, des scientifiques et des astronomes tentent d’alerter le grand public sur ces dangers. Ce livre rappelle que plutôt qu’imaginer quitter la Terre, il faut avant tout la défendre !

    Delcourt, 25,50€

    L’incroyable histoire de l’humanité

    La fantastique série d’éducation populaire L’incroyable histoire de, s’enrichit avec cette « géohistoire des humains sur la Terre » signée Catherine Mory et Philippe Bercovici basée sur le travail de Christian Grataloup. Un livre fluide qui raconte une histoire longue et complexe sur les cinq continents, érudit et malin comme d’habitude alors que parait dans la même collection L’incroyable histoire des mathématiques de Quentin Lazzarotto, Avner Bar-Hen et Tristan Garnier. Le savoir à portée de ceux qui veulent savoir.

    Les Arènes BD, 25€

    Le roman de Jésus

    Dans la lignée de La vie de Jésus d’Ernest Renan, Jean-Charles Kraehn livre un magnifique roman graphique de 360 pages sur la vie de l’homme Jésus. Agnostique, il ignore les miracles, remplit les trous biographiques laissés par les textes sacrés et abandonne le mythe pour revisiter l’existence d’un homme qui marqua l’humanité, fondateur sans doute malgré lui de la religion comptant le plus de fidèles dans le monde aujourd’hui. La postface de l’archevêque de Rouen montre également que l’ouvrage n’est pas iconoclaste.

    Glénat, 35€

    La curieuse histoire des mots

    L’étymocurieux Sébastien Grimaud avec Joseph Falzon au dessin plonge le lecteur dans une joyeuse et jamais barbante exploration de l’étymologie avec cette série de textes illustrés et de pages de bande dessinée. Mêlant culture et pédagogie, l’auteur révélé sur Instagram propose une découverte ludique et marrante de l’origine des mots que l’on utilise tous les jours comme des évidences sans jamais chercher à trop savoir d’où ils viennent. Ce livre accessible et captivant est donc l’occasion de le faire.

    Casterman, 19€

    Le démon de la colline aux loups

    Dimitri Rouchon-Borie adapte avec Gaët’s et le dessinateur italien Vincenzo Baldano son terrible roman sur le mal et sa transmission. En prison, aux portes de la mort, Duke décide d’écrire ses confessions d’enfant martyr devenu assassin et sa dernière bataille contre le démon de la colline aux loups qui a précipité sa chute. Une BD à la fois magnifique et très dure tant par le scénario que par le dessin, où la noirceur est sauvée par la poésie et quelques rencontres lumineuses. À lire toutefois le cœur bien accroché comme le rappelle l’incipit.

    Aire Libre Dupuis, 27€

  • La CGT organise « l’internationale ouvrière » contre l’extrême droite

    La CGT organise « l’internationale ouvrière » contre l’extrême droite

    De notre envoyé spécial Amaury Baqué

    À la tribune du 54e congrès de la CGT, pour cette deuxième journée de débats, on retrouve plus d’une douzaine de syndicalistes venus du monde entier : Amérique du Sud et du Nord, Asie, Afrique ou encore Europe. L’objectif est clair : « Nous construisons l’internationale du monde du travail face à l’internationale de la haine », comme le plaide Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.

    Et que les syndicats s’enrichissent mutuellement de leurs expériences face au fascisme. Quand Maurizio Landini, pour le syndicat italien CGIL, juge que « toutes les dimensions de la mondialisation ont dégradé nos conditions de vies », son homologue espagnole, Christina Faciaben, pour la CCOO, abonde : « L’inégalité économique a été le terroir de l’extrême droite en Espagne. » Si le premier constate que « la concurrence entre les travailleurs se traduit par des divisions », la seconde note que l’extrême droite s’en nourrit et « polarise la société » pour mieux « défendre les élites ».

    De quoi faire écho à l’analyse de l’Amérique sous Trump par Nick Allen, pour l’organisation syndicale états-unienne SEUI : « Les digues sautent tous les jours : les milliardaires américains sont aux astres, l’état de droit perdure à peine. » Mais il n’est pas désabusé pour autant : « Un syndicat fort est la seule chose qui compte lorsque tout s’écroule. L’offensive, c’est garder le cap de la construction d’un syndicat capable d’imposer de la démocratie sociale. » Le cheminement est le même pour le militant brésilien Antonio Lisboa, de la CUT : « L’extrême droite est en recrudescence depuis 2008, cette crise structurelle du capitalisme. C’est la raison pour laquelle on a une alliance entre le monde financier et l’autoritarisme. Pour contrer le fascisme, il faut donc s’attaquer aux maux du capitalisme. »

    Une alliance mondiale

    Une chose est sûre, c’est que tous s’accordent pour un travail commun contre cette montée. « L’extrême droite est un défi mondial, il est essentiel de mettre l’accent sur les alliances des syndicats à l’international », réclame Christina Faciaben. Son homologue italien est d’ailleurs venu avec une série de propositions : « Le monde du travail doit réinventer une nouvelle vision à l’international. Le capitalisme a des approches radicales, nous devons l’être aussi. » Encore une fois, Nick Allen fait la synthèse : « L’antidote à ce poison est un programme de justice économique et sociale international. Ce congrès est un pas de plus dans la construction d’une internationale ouvrière. » Il s’appuie sans doute sur le constat réalisé par Magdalena Chojnowska, pour le syndicat polonais Opzz : « Un travailleur à Varsovie a plus de points communs avec un travailleur à Marseille qu’avec ceux qui cherchent à nous diviser. Il faut une coopération internationale plus forte. »

    Ce sont les représentants de deux pays du Sud qui résument l’envie partagée de ce meeting. « Les droites s’unissent par intérêt, ne nous divisons plus », tonne Roberto Baradel pour le syndicat argentin CTA-A, quand son camarade indien Gautham Modi, du NTUI, appelle à « construire une coalition syndicale à travers le monde ».

    La Palestine mise à l’honneur

    C’est toute la CGT qui a fait corps avec le peuple palestinien, ce mardi, à l’occasion de prises de paroles de Youssef Habache, du syndicat des journalistes palestiniens, et d’Hala Abou Hassira, ambassadrice de la Palestine en France. « Notre relation est historique, ancienne, ancrée dans la lutte du peuple palestinien pour ses droits. Nous avons des valeurs communes », a loué cette dernière.

    La délégation a été reçue avec la manière : applaudissements à tout rompre par l’ensemble des délégués debout.

  • Résister à l’hiver trumpiste

    Résister à l’hiver trumpiste

    « L’hiver vient » (« winter is coming »). La grande fiction a la capacité de parler de l’histoire, y compris la plus immédiate comme celle que nous vivons au lendemain de l’enlèvement à coups de canon du président du Venezuela par les États-Unis. « L’hiver vient », phrase clé de la saga Game of Thrones (Le trône de fer) de l’auteur américain George R. R. Martin, est l’expression d’une menace prédatrice, l’annonce d’une guerre impériale pour soumettre, détruire, avilir et piller. Au-delà de Maduro, les pays du continent américain sont visés et, « du Groenland à la terre de feu », Trump veut écraser à son profit et celui de sa classe. Au fil des heures, l’hiver ne vient pas, il est là, personnifié par le milliardaire-président et son entourage d’ultra-droite et post-fasciste.

    Calcul égoïste

    Les eaux glaciales du calcul égoïste des dirigeants de la Maison Blanche avalent la souveraineté et la dignité des peuples. Le monde des affaires applaudit : lundi, Les grandes compagnies pétrolières américaines ont ouvert en hausse à la Bourse de New York. Donald Trump manie la peur. Mais l’agent orange de Washington se heurte à la résistance. La présidente du Mexique Claudia Sheinbaum rappelle que « le continent américain appartient aux peuples de chacun des pays qui le forment ». Le dirigeant de gauche de la Colombie, Gustavo Petro, se dit prêt à reprendre « les armes pour la patrie ». L’ONU condamne cette atteinte hors du commun au droit international. En France, le PCF exige un débat à l’Assemblée sur la position de la France et son rôle à tenir dans cette crise internationale provoquée par les États-Unis. Résister à l’hiver trumpiste est un impératif moral et humaniste.

  • [Un brin d’histoire de Noël] Le père Noël, l’héritier d’un rite ancien

    [Un brin d’histoire de Noël] Le père Noël, l’héritier d’un rite ancien

    Le basculement d’une célébration d’essence chrétienne vers une fête séculière et commerciale s’opère avec la fabrication du père Noël, icône dérivée de Saint-Nicolas de Myre au IVe siècle encore fêté le 6 décembre dans l’est et le nord de la France.

    Toute l’iconographie du père Noël qui se développe dans les années 30 avec sa barbe blanche, son uniforme rouge, son traîneau tiré par des rennes, procède de la laïcisation du Saint-Nicolas importé en Amérique par les colons néerlandais de la Nouvelle-Amsterdam qui en font leur Santa Claus. On considère la campagne publicitaire de Coca-Cola en 1931 comme fixant le standard du père Noël actuel. L’essor continue du personnage est « d’abord lié à l’amélioration progressive du niveau de vie » selon l’anthropologue Claude Lévi-Strauss qui voit dans ce bonhomme « un héritier du roi des Saturnales de l’époque romaine ».

    Le plan Marshall de 1948 qui déverse ses aides, véhicule avec lui ce personnage généreux, jovial et dodu qui descend le soir de Noël par les cheminées pour déposer ses cadeaux. Un événement singulier survient le 23 décembre 1951 à Dijon rapporté par France Soir : « Le père Noël a été pendu hier après-midi aux grilles de la cathédrale de Dijon et brûlé publiquement sur le parvis. Cette exécution spectaculaire s’est déroulée en présence de plusieurs centaines d’enfants des patronages. Elle avait été décidée avec l’accord du clergé qui avait condamné le père Noël comme usurpateur et hérétique. » Claude Lévi-Strauss s’empare de cet autodafé des curés qui dénoncent la « paganisation » de la fête de la Nativité. Son essai « Le Père Noël supplicié » investigue ce personnage qui « relève plutôt de la famille des divinités (…) sauf que les adultes ne croient pas en lui ». Sa fonction se rattache aux rites de passage et d’initiation de l’enfance au monde des adultes et traduit « une opposition plus profonde entre morts et vivants ». En voulant mettre fin au père Noël, les ecclésiastiques dijonnais n’ont fait que « restaurer une figure rituelle ».