Les représentants du Front national ne sont pas les bienvenus sur notre Port. » Le message du syndicat CGT des dockers et portuaires du Golfe de Fos est clair à l’endroit du député RN Emmanuel Fouquart, dans un communiqué paru lundi matin. Le parlementaire d’extrême droite était invité ce lundi, à l’initiative de l’entreprise Alteo, au terminal minéralier de Fos-sur-Mer pour l’inauguration du projet Alufos de l’entreprise spécialisée dans les alumines de spécialité.
Ce communiqué des dockers et portuaires CGT intervient après un premier communiqué du député, publié dimanche. L’élu indique avoir été « alerté par Patrick Schneider, directeur d’Alteo Gardanne, de menaces téléphoniques directes » en opposition à sa venue, citant nommément le secrétaire général du syndicat, Christophe Claret, comme initiateur. « Ces intimidations visaient d’abord à faire obstruction à ma venue. En cas de maintien de ma participation, des menaces de blocage des déchargements destinés à Alteo ont été proférées », affirme le député, s’inquiétant d’un « péril » pour l’activité de l’entreprise. C’est pourquoi l’élu RN a décidé « à regret » de ne pas participer à l’inauguration.
La sollicitude à l’égard de « l’outil de travail des salariés » invoquée par Emmanuel Fouquart pour justifier ce renoncement se heurte aux rappels du syndicat CGT.
« Les représentants du Front national ne sont pas les bienvenus, ceux qui surfent sur le désespoir de la classe ouvrière, dont les masques tombent pas à pas », indique le syndicat. « Ce même député qui vote contre l’augmentation du Smic, contre l’indexation des salaires sur l’inflation, qui abandonne la lutte contre la réforme des retraites, qui divise sur les thèmes identitaires raciaux, faisant le jeu du grand capital », assène la CGT des dockers et portuaires en référence à plusieurs votes du parlementaire à l’Assemblée nationale.
De son côté, le député dénonce dans son communiqué « le chantage et les menaces sur la direction d’Alteo ». « Ces méthodes ne relèvent pas de l’action syndicale, mais de l’intimidation orchestrée par une antenne politique liée à un PCF à la dérive totalitaire », ose le député, dans un discours antisyndical et anticommuniste traditionnel de l’extrême droite française. « Ces agissements prouvent que ces structures ne défendent ni les ouvriers, ni le travail. Ils doivent nous alerter sur le danger que la CGT et le PCF représentent aujourd’hui pour notre démocratie et notre économie », conclut Emmanuel Fouquart.
Des attaques provoquant logiquement l’ire des syndicalistes CGT, rappelant que « nous n’avons pas de leçons à recevoir de ce député RN sur la démocratie », prenant pour exemple « le maire RN de Carcassonne, fraîchement élu, qui a commencé par exclure la CGT de ses locaux ». « Pour rappel, notre organisation syndicale est représentative à 100% sur le port de Fos, avec l’ensemble des salariés syndiqués à la CGT, n’en déplaise à certains : 126 ans d’existence au service des travailleurs du port, de l’emploi et du développement de nos activités », développe le syndicat.
Le sénateur communiste Jérémy Bacchi, tout juste réélu secrétaire départemental du PCF après le congrès du parti ce week-end, a également réagi en « apportant un soutien indéfectible » au syndicat CGT des dockers et portuaires du golfe de Fos. « Ce député cherche à se refaire une virginité politique sur le dos des salariés, mais l’hypocrisie a ses limites », tance le sénateur, rappelant aussi que « lorsqu’il a eu l’occasion historique et concrète de défendre l’industrie locale et ses salariés, il leur a tourné le dos en votant contre la nationalisation d’ArcelorMittal ». « Dès qu’il s’agit de s’attaquer aux intérêts du grand capital pour protéger les emplois, le pouvoir d’achat et défendre réellement les travailleurs, il n’y a plus personne », insiste Jérémy Bacchi.
Le syndicat rappelle enfin que « leur courant politique a voté les pleins pouvoirs à Pétain en bafouant la démocratie, a censuré la presse, dissout les syndicats et partis politiques », durant l’Occupation.
Sollicitée, l’entreprise Alteo n’a pas répondu à nos sollicitations.
