Tag: alcool

  • Contre l’alcoolisme, le CHU de Nîmes teste les psychédéliques

    Contre l’alcoolisme, le CHU de Nîmes teste les psychédéliques

    Longtemps associée aux seuls champignons hallucinogènes, la psilocybine franchit désormais les portes de l’hôpital. Au CHU de Nîmes, elle est devenue l’objet d’une recherche de pointe pour tenter de répondre à l’une des difficultés majeures de l’addictologie : empêcher la rechute après un sevrage alcoolique.

    À la manœuvre, la psychiatre et addictologue Amandine Luquiens, professeure à l’université de Montpellier et praticienne au service d’addictologie du Grau-du-Roi, rattaché au CHU nîmois. Dès 2024, son équipe avait lancé PAD, la première étude française depuis plusieurs décennies à administrer un psychédélique dans un cadre médical. « Nous avons inclus 30 patients dans cette étude-pilote », retrace la médecin, qui dit avoir été « dépassée par la demande » avec plus de 300 volontaires intéressés.

    Deux administrations de psilocybine, espacées de trois semaines, venaient compléter le parcours classique de soins et de psychothérapie. À douze semaines, 55% des patients ayant reçu 25 mg étaient toujours totalement abstinents, contre 11% dans le groupe ayant reçu une très faible dose. Des résultats suffisamment encourageants pour passer aujourd’hui à l’étape supérieure.

    De trente patients

    à un essai national

    Depuis le 1er juillet, Nîmes coordonne ainsi ERPPAD, un essai clinique national de phase III mené dans huit CHU : Nîmes, Bayonne, Bordeaux, Lyon, Besançon, Saint-Étienne, Brest et Nantes. 172 patients doivent être inclus pendant trois ans et chacun sera suivi durant douze mois. « Notre hypothèse est que deux administrations orales de 25 mg de psilocybine, à trois semaines d’intervalle, seront plus efficaces que deux administrations de 3 mg », détaille Amandine Luquiens.

    Car il ne s’agit pas de distribuer des « champignons » aux patients. Les séances sont préparées puis réalisées pendant plusieurs heures dans un environnement hospitalier sécurisé, avec psychiatres et psychologues. Hallucinations, modification des perceptions ou sensation de sortie du corps peuvent accompagner l’expérience. « La gélule va rester plusieurs heures dans le sang et peut entraîner des réactions pour le patient », explique la psychiatre. Méditation, présence constante des soignants et accompagnement psychothérapeutique doivent permettre d’intégrer cette expérience sans la dissocier du soin.

    L’espoir repose notamment sur la capacité supposée des psychédéliques à assouplir temporairement certains automatismes cérébraux profondément installés dans l’addiction. Amandine Luquiens compare volontiers ce mécanisme à « une voiture sur l’autoroute qui pourrait normalement prendre toutes les sorties, mais qui reste bloquée sur sa voie, sans freins, l’accélérateur enfoncé à fond. » La psilocybine pourrait ouvrir, temporairement, d’autres chemins là où les conduites addictives se sont rigidifiées.

    La prudence reste toutefois de mise : il appartient désormais à l’essai national de confirmer l’efficacité et la sécurité observées à petite échelle. « Si l’efficacité de la psilocybine est confirmée, cela pourrait représenter une avancée significative pour une population de patients aujourd’hui insuffisamment prise en charge », souligne Amandine Luquiens. Depuis le Grau-du-Roi, le CHU de Nîmes s’est déjà imposé comme l’un des pionniers français du retour des psychédéliques dans la recherche médicale. Une innovation de plus pour un établissement qui multiplie les projets de recherche et les nouvelles approches thérapeutiques.

    Les personnes qui voudraient participer à l’essai clinique, ayant un trouble de l’usage de l’alcool avec symptômes dépressifs persistants après sevrage, peuvent se rapprocher de l’équipe investigatrice via le lien suivant : https://redcap.link/ERPPAD

  • Vins : comment garder du fruit sans faire grimper les degrés ?

    Vins : comment garder du fruit sans faire grimper les degrés ?

    Dans le verre aussi, le thermomètre laisse sa trace. Avec les fortes chaleurs, le raisin mûrit plus vite et les vendanges s’avancent, mais dans les caves gardoises, l’objectif n’est pas forcément de laisser grimper le sucre et l’alcool. Pour le cru 2026, les vignerons cherchent surtout à préserver la fraîcheur, le fruit et l’équilibre, tout en composant avec un marché aux attentes changeantes.

    Le constat est déjà visible dans les vignes. En 2026, les vendanges ont commencé avec cinq à six jours d’avance sur l’an dernier et, sur certains cépages précoces, parfois dès le début du mois d’août. « Il y a une maturité qui est globalement avancée », constate Denis Verdier, président des vins IGP du Gard. Il rappelle qu’il y a une dizaine d’années, les premières récoltes démarraient plutôt au début du mois de septembre. Cette précocité ne change pas seulement le calendrier. Elle modifie aussi le profil du raisin. Plus il mûrit, plus sa teneur en sucre augmente. Or, « le sucre fait l’alcool », résume Denis Verdier. Avec des températures élevées, les raisins peuvent donc atteindre rapidement des degrés importants. Mais ce n’est justement pas toujours ce que recherchent aujourd’hui les vignerons.

    Pour les blancs et les rosés, la tendance va plutôt vers des vins frais, fruités et moins alcoolisés. « Les vignerons n’attendent pas une surmaturité avec des degrés importants, des 14 degrés ou plus que le climat pourrait leur donner », explique-t-il. Pour un sauvignon blanc, la récolte peut ainsi être déclenchée autour de 11,5 ou 12 degrés afin de conserver « une certaine fraîcheur et du fruit ». Même logique pour le rosé. Un grenache arrivé à pleine maturité peut afficher 14 ou 15 degrés. Pourtant, les producteurs peuvent choisir de le vendanger avant. « On préfère jouer une petite maturité, à 11,5, 12 degrés », explique Denis Verdier. Objectif : produire des rosés légers et fruités, adaptés à une consommation plus immédiate, « autour de l’apéritif, de la piscine et des tapas ».

    « Une alchimie un peu compliquée »

    La solution pourrait sembler évidente : vendanger plus tôt pour limiter le sucre, et donc le degré d’alcool. Dans les faits, c’est déjà ce que font les vignerons. Mais récolter plus tôt a aussi ses limites. « Faire des petits degrés, mais s’ils n’ont plus de goût, plus d’arômes… », prévient Denis Verdier. La maturité ne se résume pas à un chiffre : elle participe aussi aux arômes et à l’équilibre du vin. Dans sa cave coopérative, une cuvée à 9,5 ou 10 degrés a par exemple été testée. Une façon de répondre à la demande de vins plus légers. Mais « il ne suffit pas de dire qu’on enlève des degrés de sucre », insiste-t-il. « Ça a des incidences sur l’équilibre général du produit. C’est une alchimie un peu compliquée. »

    Le marché lui-même reste difficile à lire. Les consommateurs disent parfois vouloir boire plus léger, mais l’expérience ne confirme pas toujours cette envie. Denis Verdier raconte que certains clients, après avoir testé ces cuvées moins alcoolisées, sont revenus réclamer des vins plus classiques : « Arrête, laissez-moi ça tranquille, donnez-moi du vrai. » « C’est de l’innovation, on y va avec l’intelligence », sourit-il.

    Pour les rouges, la stratégie est différente. Cette fois, les producteurs cherchent davantage la pleine maturité. Il faut laisser le raisin se charger en sucre pour obtenir des vins autour de 13,5 ou 14 degrés, « plus structurés, plus longs en bouche ». Si la météo ne vient pas brutalement interrompre la maturation, Denis Verdier espère « des rouges structurés qui devraient tenir la route ».

    Le cru 2026 doit donc composer avec des attentes parfois contradictoires : tandis que le climat accélère la maturité et pousse les degrés vers le haut, une partie des consommateurs recherche des vins plus frais, plus légers ou se tourne vers les bulles et les cocktails. « Il y a toute une mosaïque de consommateurs qui ont des demandes différentes », résume Denis Verdier. Une évolution qui oblige le vignoble à s’adapter sans perdre son identité. Dans dix ou vingt ans, le vin gardois aura-t-il le même goût ? « Certainement pas », répond-il, tout en fixant une limite : préserver un vin « issu de la fermentation d’un raisin », dont l’essentiel des arômes vient toujours du fruit.

  • [Santé, repenser son rapport à l’alcool 3/3] Le buveur occasionnel, un mythe qui n’est pas sans risques

    [Santé, repenser son rapport à l’alcool 3/3] Le buveur occasionnel, un mythe qui n’est pas sans risques

    Que l’on consomme une grande quantité d’alcool pendant longtemps ou que l’on soit un buveur occasionnel qui consomme peu mais régulièrement, la toxicité est la même. « Il faut être clair sur le fait que l’alcool est un toxique. C’est un poison pour les cellules, principalement saines et sensibles qui se renouvellent rapidement », souligne le docteur. « Au-delà de l’aspect physiologique immédiat de type sensation ébrieuse, la phase suivante de l’organisme est la détoxification de l’alcool par le foie. Ce dernier transforme l’alcool en un composé que l’on appelle le formaldéhyde qui est toxique et cancérigène. »Sans compter que l’alcool peut également avoir un effet mutagène sur l’ADN à cause de la toxicité directe avec des organes comme le colon ou le sein. « Plusieurs cancers sont connus pour être liés à une association de d’alcool et de tabac. L’alcool favorisant la solubilité d’un certain nombre de toxiques externes dans les tissus dont la fumée de tabac, le goudron etc. », poursuit-il. « Boire et fumer est donc une catastrophe pouvant engendrer des cancers des voies ORL ou des cancers du poumon sans négliger les cancers de l’estomac, de l’œsophage ou encore du pancréas provoqués par l’alcool. »

    Bière, vin et champagne, une tradition en France
  • Dry January, pour « interroger ses habitudes »

    Dry January, pour « interroger ses habitudes »

    La Marseillaise : Un mois sans alcool peut-il réellement changer une habitude bien installée ?

    Hélène Donnadieu : Aujourd’hui qu’on entend enfin parler des prises de risque et de la consommation excessive, ça a une vertu pédagogique globale. À un moment donné, ça fera sens pour tout un chacun. On teste cette opération dans un pays où il y a une forte consommation et un manque d’éducation autour du « bien boire ».

    C’est essentiellement pédagogique et expérimental pour les personnes qui souhaitent le faire. Cela leur permet de s’interroger sur leurs habitudes, d’adopter une attitude très autocentrée. Il faut que chacun se positionne par rapport à lui-même, par rapport à sa propre consommation d’alcool.

    Le Dry January permet-il une prise de conscience durable, ou limite-t-il la réflexion sur l’alcool à un seul mois de l’année ?

    H. D. : Le Dry January permet d’être en capacité de dire non, dans un contexte où l’alcool reste fortement stigmatisant. On est confronté à de nombreuses formes de stigmatisation : une femme à qui l’on demande si elle est enceinte ou sous traitement parce qu’elle ne boit pas, un homme dont on questionne la normalité parce qu’il refuse un verre… Dans ce cadre, le Dry January peut devenir une forme de caution morale : il autorise à dire « je prends soin de moi », quelle qu’en soit la raison. Il existe différentes typologies de pression sociale autour de l’alcool. Le Dry January est alors un outil d’accession, un temps d’expérimentation de nos compétences psychosociales. Ce n’est qu’un exercice personnel sur un mois, mais c’est un travail indispensable pour apprendre à prendre soin de soi.

    Si une personne qui boit régulièrement se lance dans le Dry January, que lui conseillez-vous pour que cela ait un impact au-delà d’un mois ?

    H. D. : Il s’agit avant tout de faire, au quotidien, le constat des bénéfices liés au fait de consommer ou de ne pas consommer d’alcool. De repérer le plaisir que l’on peut éprouver à expérimenter des boissons non alcoolisées, et d’observer les effets positifs que cela apporte, afin de pouvoir prolonger ces changements dans le temps. La majorité des personnes savent ce qui leur fait du bien.

    Prendre conscience des effets bénéfiques du fait de ne pas être dans l’excès, dans les rituels ou dans les habitudes est essentiel. On peut faire confiance aux individus pour reconnaître et comprendre ce qui leur est bénéfique.

  • [Série 1/3] Santé, repenser son rapport à l’alcool : « Ce défi est l’occasion de faire un point sur sa consommation »

    [Série 1/3] Santé, repenser son rapport à l’alcool : « Ce défi est l’occasion de faire un point sur sa consommation »

    Dans ce cadre, « La Marseillaise », en association avec l’Institut Paoli-Calmettes de Marseille – centre de lutte contre le cancer – vous propose, chaque semaine, d’en apprendre davantage sur l’impact de l’alcool sur la santé. Cette semaine, le rapport à l’alcool dans la société.

    En 2025, une équipe de liaison et de soin en addictologie (Elsa), portée par le docteur Louis Stoffaes, a été mise en place à l’Institut Paoli-Calmettes. C’est en ce sens que Salomé Bregeon a rejoint les équipes de l’IPC en juin de l’année dernière.

    Infirmière spécialisée en addictologie et tabacologie, elle a, entre autres, pour mission de repérer et accompagner les personnes qui ont des addictions pendant leur hospitalisation. « Le Dry January, ou défi de janvier, c’est quelque chose de positif, parce que ça peut être l’occasion pour les participants de faire évoluer durablement leur comportement face à l’alcool », souligne l’infirmière.

    Repenser son rapport à l’alcool

    « C’est un défi qui s’adresse principalement aux personnes qui peuvent avoir une consommation excessive, mais pas quotidienne. »

    Ancré dans la culture française comme un vecteur de convivialité notamment pendant les repas ou moment festifs, une diminution de la consommation a tout de même été enregistrée en France, depuis 2017. « Des études ont montré qu’aujourd’hui, 1 adolescent sur 5 n’a jamais bu un verre d’alcool à 16 ans contre 1 sur 10 dans les années 2000, ce qui montre une évolution positive du rapport à l’alcool », ajoute Salomé Bregeon. « Sans compter que de plus en plus de campagnes de santé publique mettent en avant l’impact de l’alcool sur celle-ci. »

    Limiter les risques sur la santé

    Popularisé en France par la société civile en 2019, le Dry January a vu le jour au Royaume-Uni, en 2013. Il affiche l’objectif, pour les participants, de passer un mois sans consommer d’alcool « pour voir comment on se sent, sans pression, ni jugement ». « C’est un défi collectif qui n’est pas une obligation, mais qui est intéressant pour faire un point sur sa consommation personnelle tout en incitant la population à repenser son rapport à l’alcool. Janvier étant le mois idéal puisqu’il arrive juste après les fêtes », explique la spécialiste. « D’ailleurs, l’étude Janover réalisée par Le Vinatier (Psychiatrie universitaire Lyon Métropole avec le soutien de l’Institut national du cancer et d’autres partenaires) en 2024 a montré que, sur un échantillon de 5 000 Français interrogés et participant au Dry January, 57% n’ont pas touché un verre d’alcool en janvier, 58% boient moins huit mois après le défi, 54% ont mentionné une amélioration de leur bien-être mental et 42% de leur bien-être physique. Tandis que 31% ont déclaré mieux dormir et 58% se sont sentis plus confiants pour refuser un verre d’alcool dans des contextes sociaux. »

    De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise quelques recommandations afin de limiter les risques qui peuvent être liés à la consommation : ne pas boire plus de deux verres standards par jour, faire une pause au moins deux jours dans la semaine, mais aussi ne jamais dépasser les dix verres hebdomadaires.

  • Les vignerons autorisés à relever le degré d’alcool

    Les vignerons autorisés à relever le degré d’alcool

    « L’enrichissement, ici par moût concentré rectifié, c’est-à-dire du sucre issu du raisin, est une pratique œnologique courante et autorisée par l’Union européenne, mais qui nécessite en France un arrêté préfectoral », éclaire Jérôme Rouzier, directeur du syndicat des vignerons du Var.

    Le 13 octobre, le préfet de région Provence-Alpes-Côte d’Azur a autorisé l’augmentation de 1,5 degré d’alcool, par ce procédé, des vins en Indication géographique protégée (IGP) Var DGC Coteaux du Verdon, IGP Méditerranée (périmètre plus large) et vins sans indication géographique.

    « Pour le Var, l’autorisation concerne surtout le Haut-Var, zone qui a subi, cet automne, des conditions climatiques très compliquées. Il y a eu de gros orages, il a plu en septembre et en octobre, pendant les vendanges, et il a fait plus frais, ce qui n’a pas permis au raisin d’atteindre sa pleine maturité, explique Jérôme Rouzier. L’enrichissement permet d’obtenir un vin plus qualitatif, pour parvenir le minimum requis de 11 degrés d’alcool. Or, les raisins récoltés étaient largement en dessous. »

    « Une procédure lourde »

    Il poursuit : « Pour qu’un vin soit équilibré, il faut qu’il ait un minimum d’alcool. S’il en manque, il est ressenti comme vif, acide, déséquilibré et il ne répond pas aux conditions de qualité que le marché requiert. L’enrichissement est utilisé dans le but d’une amélioration qualitative du vin. »

    Mais obtenir la signature d’un tel décret implique une procédure administrative complexe. « Pour que les vignerons puissent en bénéficier, l’organisme de défense et de gestion (ODG) que nous sommes doit rédiger un argumentaire soumis à l’avis de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), et à celui de la répression des fraudes. C’est une procédure administrative relativement lourde, détaille Jérôme Rouzier. On plaide pour que cette procédure soit allégée. »

    L’IGP Var Coteaux du Verdon rassemble 26 communes. Si chaque cave coopérative ou domaine sur ce périmètre peut, en vertu de l’arrêté préfectoral, recourir à l’enrichissement des vins en alcool, tous ne l’ont pas demandé. La cave Saint-André, à Saint-Julien, n’a par exemple pas effectué la demande pour ce millésime, mais l’avait faite pour celui de 2024.

  • Le coup de pied dans la fourmilière d’Henri Cabanel

    Le coup de pied dans la fourmilière d’Henri Cabanel

    Viticulteur de profession, Henri Cabanel a une certaine légitimité sur le sujet. Quant à la tentation de brosser les électeurs dans le sens du poil, le sénateur héraultais (groupe RDSE) a déjà prévenu qu’il ne se représentera pas.

    Pas adepte de « la langue de bois », c’est un rapport vérité co-rédigé avec deux confrères rapporteurs du Sénat qu’il s’apprête à rendre fin octobre sur l’avenir d’une viticulture en mode survie. Son rapport, qui se veut « constructif et ambitieux » mais sans concession sur l’avenir d’une filière éclatée qu’il n’a pas l’intention de ménager, devrait faire du bruit. Au cours des nombreuses auditions et visites de terrain menées depuis des mois, « j’ai pris des gifles mais j’en ai donné aussi », dit-il de manière imagée. « J’ai mon franc-parler et je suis de la famille. On ne peut pas m’esbroufer. »

    Responsables syndicaux et institutionnels, vignerons indépendants, caves coopératives, élus… Tous ses échanges l’ont amené à un constat implacable : « La situation viticole est très hétérogène en France et même ici, en Occitanie. » Malgré le contexte de crise, certains privés et même des coopératives réussissent quand d’autres coulent. Henri Cabanel en est convaincu. Si les trois problématiques récurrentes (le revenu décent, l’eau et les normes) existent bel et bien (« on fera des propositions dessus »), le sujet central est interne.

    Des vins moins alcoolisés

    « La filière viticole française est divisée. Elle n’a pas de cap ni de stratégie ! Elle n’a même pas défini les enjeux. » Plutôt que « chacun discute son bout de gras sur des postures politiciennes », le sénateur incite interprofession, producteurs, négoce et grande distribution à « prendre leurs responsabilités et tirer dans le même sens ». À l’image de la distillation ou de l’arrachage, trop d’argent public aurait été gaspillé sans aucun résultat. « Il faut des compensations, s’engager à faire quelque chose en contrepartie des aides, sinon rien ne changera », prévient H. Cabanel pour qui « une cave qui va mal, qui fusionne avec une autre en difficulté, ça donne une cave qui va mal ». Il conseille de « s’accorder sur une adaptation au changement climatique et chasser en meute sur le plan commercial, en mutualisant nos efforts à l’export comme les Italiens ou les Espagnols qui vendent plus que nous à l’étranger ! ». Pour cela, l’élu préconise de mieux coller aux nouveaux goûts des consommateurs. « La réglementation a changé et permet des vins partiellement alcoolisés entre 0,5 et 8,5 degrés », illustre-t-il. Une révolution en somme.