Le fonds Albert Camus vient de faire son entrée dans les collections nationales de la Bibliothèque nationale. Pour rappel, le fonds d’archives contient une majeure partie des manuscrits de l’auteur éponyme, dont celui de l’Étranger. Le maire d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains, salue la nouvelle. « Son intégrité est définitivement préservée en évitant sa dispersion ou son acquisition par un acteur étranger. Il sera donc accessible au plus grand nombre est valorisé à la hauteur de cet immense écrivain », estime le premier magistrat de la ville. Sophie Joissains relie l’actualité à l’histoire locale, puisque la Ville « assurait la conservation, la communication et la valorisation d’une grande partie de ce fonds au titre d’un contrat de dépôt établi par Catherine et Jean Camus », pendant plus de 25 ans à la bibliothèque Méjanes. Si « l’ensemble des documents est actuellement regroupé à la BNF dans le cadre des opérations de récolement et d’estampillage consécutives à l’acquisition du fonds par l’État », indique la municipalité, « à l’issue de ce travail, une partie de ces documents sera de nouveau mise à la disposition de la Ville d’Aix, par la BNF, selon les modalités définies entre les deux institutions ». Une opération « totalement indépendante du chantier de transformation actuellement en cours à la bibliothèque Méjanes ». Le maire assure que, la Ville célébrera « l’œuvre de Camus à l’occasion du 70e anniversaire du Prix Nobel » et prépare un programme pour le 17 octobre, date d’attribution de ce prix et le 14 décembre, jour ou l’auteur intervenait pour la dernière fois à Aix, en 1959.
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Naissance de l’engagement
Dans le couloir de la mort, l’homme attendait son heure avec la même indolence qui avait précipité sa condamnation. Mais lorsque la porte s’ouvrit, ce fut, contre toute attente, pour lui annoncer sa grâce. Une grâce empoisonnée, assortie d’une mission suicidaire dont on ne lui dit rien. Il devra suivre les consignes et, sous surveillance, paiera toute tentative d’échapper à son destin.
Ainsi, Bernard Fauconnier repêche cet homme qui emprunte au Meursault de Camus pour lui imaginer la possibilité d’une rédemption. Le texte, pourtant, ne cite jamais son nom, préférant la puissance de l’évocation. Nous sommes en 1942, au plus noir de l’occupation nazie et les forces obscures qui exploitent sa situation, escomptant recruter un tueur à sang-froid et sans principes, lui demandent d’infiltrer un réseau de résistance pour organiser un vaste coup de filet. Dès lors, il comprend qu’il n’a obtenu qu’un sursis et que sa fin demeure inscrite au programme d’une manière ou d’une autre. L’homme se laisse faire, au début. Mais les rencontres vont réveiller sa sensibilité. Cet homme-là est-il encore capable d’aimer, de s’interroger, de s’engager ? On aimerait qu’il balaye ses hésitations et qu’il se révèle avec éclat, mais son chemin est laborieux.
Bernard Fauconnier livre ici un roman de l’engagement aux résonances inscrites dans l’époque où se déroule l’action comme dans celle qui le voit écrire. Il n’entend pas présenter un héros mais un homme ordinaire aux prises avec les grands monstres de l’histoire, « pas différent des autres hommes », comme « un pion oublié dans le coin de l’échiquier ». Et cet homme ordinaire n’est pas voué à la médiocrité : de choix en choix, il devient peu à peu un autre, ou peut-être celui qu’il pouvait devenir. Le récit est énigmatique, et l’indolence du narrateur face à la gravité de la situation vient alimenter la tension qui le traverse. À son tour, comme Camus, Bernard Fauconnier s’en tient à une écriture économe, parlant à la première personne pour mieux faire épouser au lecteur et à la lectrice l’humanité fragile de son personnage. C’est ainsi que l’engagement apparaît, non pas comme une évidence mais comme un choix : « J’ai pensé furtivement au courage qu’il fallait pour accepter une telle vie. À quoi fallait-il croire ? Quelle révolte fallait-il éprouver ? »
Le roman s’appuie sur l’un des grands textes du siècle passé comme un hommage et une manière de continuer à le faire résonner, avec ses interrogations salutaires.
Héliopoles, 138 p., 17,90 euros.
