Tag: acier

  • Marcegaglia investit 600 millions d’euros dans son projet Mistral

    Marcegaglia investit 600 millions d’euros dans son projet Mistral

    Après l’échec du projet Carbon, c’est une nouvelle qui met du baume au cœur au secteur industriel. En marge du sommet Choose France, qui s’est ouvert ce lundi à Versailles, Marcegaglia annonce un investissement de 600 millions d’euros supplémentaires pour son projet Mistral, à Fos-sur-Mer. Le montant total mobilisé atteindra ainsi environ 1,2 milliard d’euros sur le site.

    L’aciériste italien, qui a repris le site Ascometal en juin 2024, entend moderniser l’outil de production historique pour passer d’environ 100 000 tonnes à 150 000 tonnes d’aciers spéciaux par an (activité historique de l’usine), et construire une nouvelle unité de production pour produire 2 millions de tonnes d’aciers standards bas-carbone par an, d’ici 2028.

    Cette dernière « intégrera l’intelligence artificielle et sera alimentée par une électricité décarbonée, visant des performances de référence en sobriété énergétique et en empreinte carbone », souligne le groupe, qui a conclu, il y a un an, un accord partenarial de fourniture d’électricité d’origine nucléaire d’au moins dix ans avec EDF.

    La nouvelle unité de production fera partie des toutes premières de ce type en Europe et permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 80% par rapport à une production en cycle complet. « En France, on avait pas vu de projet de cette envergure depuis 50 ans », note François Barges, délégué syndical CGT à Fos. Elle couvrira environ 35% des besoins du groupe Marcegaglia en coils et brames, avec pour objectif d’approvisionner principalement ses installations en aval, en Italie, pour ses différents clients.

    Les voyants au vert

    Si, pour le moment, la décision finale d’investissement n’a pas encore été rendue, l’élu du personnel assure qu’il y a « des signaux positifs et des voyants au vert » concernant ce projet. « On est en phase de recrutement », confie-t-il. Alors que l’usine emploie 320 salariés, les effectifs devraient atteindre 700 employés une fois « Mistral » opérationnel. Fin avril, Marcegaglia avait déjà annoncé la signature d’un accord stratégique de 450 millions d’euros avec Danieli, portant sur la fourniture d’équipements sidérurgiques et de pièces de rechange destinés à sa future aciérie de brames à faible empreinte carbone. Néanmoins, François Barges nuance : « En termes de modernisation, on y est pas du tout. Au contraire, le marché est atone, on court après les volumes, notamment pour le fil. » Le délégué syndical résume : « L’acier chinois inonde le marché et nousn on en pâtit. »

    En avril dernier, les institutions bruxelloises ont trouvé un accord ambitieux de sauvegarde de l’acier européen, qui devrait apporter un peu de répit au secteur industriel.

    Le texte européen, qui doit entrer en vigueur le 1er juillet, assurera une meilleure traçabilité des produits et introduira une limitation des volumes d’importation en franchise de droits à 18,3 millions de tonnes par an, soit une réduction de 47% par rapport aux quotas de 2024. Ces nouveaux quotas sont calés sur les niveaux d’importation de 2013, avant que le marché ne soit déséquilibré par la montée en puissance des surcapacités chinoises. Un droit de douane de 50% s’appliquera aux importations dépassant le contingent et aux produits sidérurgiques non-couverts par celui-ci. Actuellement, cette taxation s’élève à 25%.

    En attendant, à Fos-sur-Mer, « pour l’année 2026, ça va devenir compliqué, déplore François Barges. Il y a des réorganisations de secteurs en cours et des périodes conséquentes de chômage partiel. (…) Entre ce qu’on nous annonce et ce qu’on vit, il y a deux mondes, et la problématique est là. »

  • La CGT présente son projet de décarbonation

    La CGT présente son projet de décarbonation

    L’urgence d’un projet de décarbonation de l’usine ArcelorMittal se mesure à l’échéance 2030 pour les quotas carbone, ou les droits à émettre du CO2 moyennant finance. En l’absence de plan d’investissement de la direction, la CGT ArcelorMittal Fos-sur-Mer a présenté son propre plan en cas de nationalisation lors de l’assemblée générale de mercredi dernier.

    Il s’agit d’un « mix technologique équilibré » selon Tibor Sarcey de JDS Experts, missionné par la CGT. D’une part, « un haut-fourneau avec unité de captage de CO² en sortie de cheminée. Son maintien est nécessaire pour garantir la production d’acier neuf. Il s’agit aussi d’assurer la continuité industrielle et de sécuriser les emplois et les compétences de la cokerie, de l’agglo et de tout l’écosystème », de l’usine.

    Une nouvelle technologie

    Le deuxième volet de ce projet est l’implantation d’un four électrique à fer de réduction directe. « Cela permet de produire de l’acier pas seulement recyclé avec du gaz naturel, en restant compatible avec l’hydrogène » d’après l’expert, en attendant sa disponibilité. « Cette technologie permet d’accélérer la décarbonation plus profonde et de dépasser la limite technique de deux unités de captage » explique Tibor Sarcey, estimant « réduire de 50 à 70% des émissions de CO 2 d’ici 2030 » avec un déploiement rapide mais progressif.

    Un projet à 1,5 millard d’euros. « À l’échelle de vie de ces installations c’est rien » selon l’expert, pour un investissement ponctuel pour 40 ans. « Ne rien faire, c’est 8 milliards d’euros par an de chômage, de perte de richesse et de dégradation de balance commerciale », abonde Tibor Sarcey.

  • Marcegaglia mise 450 millions d’euros sur son projet Mistral

    Marcegaglia mise 450 millions d’euros sur son projet Mistral

    C’est une première étape pour le projet Mistral. Jeudi dernier, Marcegaglia (ex-Ascometal) a annoncé la signature d’un accord stratégique de 450 millions d’euros avec Danieli, portant sur la fourniture d’équipements sidérurgiques et de pièces de rechange destinés à une future aciérie de brames à faible empreinte carbone. Le coût total de l’investissement est estimé à un milliard d’euros.

    Une fois achevée, cette nouvelle unité permettra de produire plus de 2 millions de tonnes d’acier liquide grâce à un four à arc électrique et jusqu’à 3 millions de tonnes de bobines laminés à chaud, en acier inoxydable et en acier au carbone. Elle couvrira environ 35% des besoins du groupe Marcegaglia en coils et brames, avec pour objectif d’approvisionner principalement ses installations en aval, en Italie, pour ses différents clients. La nouvelle aciérie devrait démarrer d’ici « le premier trimestre 2029 », apprend François Barges, délégué syndical CGT du site fosséen.

    Moderniser l’outil

    de production existant

    L’élu estime que cette signature est « un premier signe positif ». La décision finale d’investissement est attendue au plus tard fin 2026, sous réserve de l’aboutissement des procédures d’autorisation et « d’autres conditions actuellement en phase avancée de négociation avec les autorités françaises », précise la direction.

    Marcegaglia commence déjà à embaucher pour répondre aux besoins de ce projet titanesque, qui représente « l’investissement le plus important de l’histoire du groupe en matière d’intégration en amont, de sécurisation de la chaîne d’approvisionnement d’acier, d’augmentation de la valeur ajoutée et de décarbonation ».

    La direction prévoit d’atteindre le nombre de 700 travailleurs lorsque la nouvelle usine sera en pleine production et souhaite accompagner la « montée en compétences » de ses effectifs.

    « C’est paradoxal », admet François Barges à propos de ces recrutements, alors que les plus de 320 salariés du site sont actuellement en réorganisation et en chômage partiel à hauteur de 40%. « On a des problématiques de carnet de commandes dans notre usine historique d’aciers spéciaux, ça nous inquiète », explique le délégué syndical. En cause, notamment, « les aciers chinois qui inondent le marché. On sait que la concurrence est féroce en ce moment. Un protectorat des aciers européens voire français arrangerait les choses. »

    Sur cet aspect, le projet Mistral prévoit de moderniser l’outil de production existant pour augmenter la capacité de production d’aciers spéciaux et passer d’environ 100 000 tonnes par an actuellement à 150 000 tonnes par an.

  • Arcelor va relancer le haut-fourneau n°1 en juin

    Arcelor va relancer le haut-fourneau n°1 en juin

    C’est une nouvelle que beaucoup attendaient. ArcelorMittal a annoncé vendredi par communiqué le redémarrage du haut-fourneau numéro 1 du site de Fos-sur-Mer, fixé pour juin 2026, après une série de travaux visant à « prolonger sa durée de vie », selon la direction du site. Une « bonne nouvelle » accueillie par le syndicat CGT de l’entreprise, employeur de 2 500 salariés organiques et missionne 1 200 travailleurs sous-traitants. Le deuxième, en production, poursuivra son fonctionnement.

    La décision de redémarrage de ce haut-fourneau endommagé par un incendie en octobre 2025 a été prise au regard d’une confiance retrouvée dans le marché de l’acier européen et en « considérant que les mesures de défense de l’Union européenne seront mises en œuvre rapidement », d’après la direction de l’usine.

    L’une de ces mesures est le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), règlement européen visant à soumettre les produits importés à un tarif équitable, au regard du carbone émis lors de la production de biens à fort impact carbone entrant en Europe. L’autre est l’ensemble des contingents tarifaires qui limitent l’import sans frais de douane et doublent ces frais lorsque les quotas francs sont dépassés.

    Des recrutements et 60 millions d’euros investis

    Ce plan de relance comprend un volet humain et financier. D’abord, l’entreprise va compléter ses équipes avec des recrutements d’opérateurs et de techniciens de maintenance tels que des électriciens, mécaniciens ou automaticiens. D’autre part, un budget d’investissement dédié est prévu par la direction, « portant ainsi l’enveloppe d’investissements du site de Fos-sur-Mer à 90 millions d’euros » pour l’année 2026 « afin d’accompagner cette montée en puissance du site ».

    ArcelorMittal précise que « dans le même temps, la démarche d’amélioration de la productivité et de la performance se poursuit afin de renforcer la compétitivité du site ». Les études pour la décarbonation ne sont pas remises en question : « Les études d’installation d’un four à arc électrique se poursuivent » conformément à la trajectoire initiée en 2024. Ces sujets ont été présentés au personnel en CSE « dans le cadre du dialogue social », conclut l’entreprise.

    Une avancée « satisfaisante » pour Stéphane Martins de Araujo, secrétaire du syndicat CGT du site de Fos-sur-Mer. Mais insuffisante : « il y a certes des investissements pour les hauts-fourneaux, mais à court terme, entre 3 et 5 ans », considère le syndicaliste. « Quand on veut faire marcher un four pendant 15 à 20 ans il faut entre 120 et 150 millions d’euros. Quid de l’avenir au-delà de 2030 ? De plus le projet de décarbonation n’englobe que 20% de notre capacité de production, ce n’est pas suffisant pour pérenniser notre activité », détaille le responsable.

    Sur le plan humain, « 80 des départements du site vont perdre du personnel par rapport à l’ancienne marche à deux fours », indique Stéphane Martins de Araujo, parlant de 210 emplois en moins. Un manque couplé, selon le syndicaliste, « au recours à l’intérim sur des postes clés avec des risques d’accident qui s’accroissent », considérant qu’« il faut entre 6 mois et un an pour former des agents autonomes, voire plusieurs années pour certains postes de maintenance les plus importants, alors que le redémarrage est prévu dans 3 mois », pointe-t-il. Dans ce contexte, Stéphane Martins de Araujo et la CGT « ne lâcheront pas » sur la nationalisation du groupe, à défaut « de vraies annonces à Fos et Dunkerque à hauteur des besoins d’acier de la France ».

  • ArcelorMittal redémarre l’acier après deux mois d’arrêt

    ArcelorMittal redémarre l’acier après deux mois d’arrêt

    L’enthousiasme n’est pas partagé. La production d’acier a repris au haut-fourneau n°2 du site ArcelorMittal de Fos-sur-Mer dans la nuit de dimanche 21 à lundi 22 décembre, après un arrêt de plus de deux mois causé par un incendie le 8 octobre dernier.

    Le directeur de la branche Méditerranée d’ArcelorMittal François Sgro s’estime « très heureux de pouvoir retrouver le cours normal de nos activités et reprendre les livraisons pour nos clients ». La nouvelle du redémarrage est « bonne », selon Zidane Merabet, élu au CSE de l’entreprise. Mais « les équipements sont vétustes et il manque d’investissements à la hauteur des enjeux » selon le syndicaliste. Rappelons que l’usine a ouvert en 1974.

    Pour Zidane Merabet et la CGT, « il faut arrêter de simplement réparer à chaque fois qu’il y a une panne ou un incendie », comme dans le cas du convoyeur d’additifs pour l’acier endommagé par le feu en octobre. « C’est comme si on mettait des rustines à chaque fois qu’on crève à vélo », schématise le syndicaliste, qui insiste sur le besoin « de financer de nouvelles installations modernes, comme un four électrique, pour assurer le virage de la décarbonation ». L’enjeu pour l’élu est « de sortir de l’acier vert, de pérenniser l’usine » et les 2 500 emplois dans le temps.

    Un effort en plus pour la sécurité des travailleurs

    La direction d’ArcelorMittal précise que « les investissements s’élèvent à de plus de 370 millions d’euros sur 5 ans », dont celui du four poche mis en service en 2024. Ce four « permet de réduire l’empreinte carbone de près de 10% dès 2025 » au prix de « 76 millions d’euros de l’entreprise, soutenue de 15 millions d’euros par l’État ».

    L’aciériste mise également sur la remise en route du haut-fourneau n° 1 à l’arrêt depuis l’été 2024. 53 millions d’euros ont été programmés pour « allonger la durée de vie de cette unité » et « redémarrer au cours du premier semestre 2026, de façon à prendre le relais du n° 2 », dont la production reprend après l’incendie.

    Il y a encore des efforts à faire pour la CGT. « Notre but n’est pas de mettre des bâtons dans les roues, mais d’être intransigeants sur la sécurité des travailleurs » affirme Zidane Merabet. « L’exposition à l’amiante et la présence d’agents cancérigènes mutagènes et reprotoxiques (CMR) dans la production imposent cette transition », justifie le syndicaliste.

    Et alerte : « les budgets de maintenance ont baissé de 38% depuis 2021 », et depuis l’incendie « des salariés interviennent quotidiennement en manuel pour les ajouts d’additifs à l’acier. Cela fait craindre des risques en plus de ceux existants et des accidents sur ces nouveaux postes créés il y a 2 mois, dont les analyses de risque sont incomplètes ».

  • [Entretien] Aurélie Trouvé : « Pas d’autre alternative que la nationalisation d’Arcelor »

    [Entretien] Aurélie Trouvé : « Pas d’autre alternative que la nationalisation d’Arcelor »

    Ce jeudi, l’ordre du jour de l’Assemblée nationale est consacré à la France insoumise, qui porte huit textes : une résolution sur le Mercosur, l’égalité d’accès au service public postal en Outre-mer, la nationalisation d’ArcelorMittal, la défiscalisation des pensions alimentaires perçues, la gratuité totale des parkings des établissements publics de santé, une résolution pour faire respecter le droit international à Gaza, l’exonération des apprentis de la CSG et enfin l’abrogation de la retraite à 64 ans. Le texte sur ArcelorMittal, soutenu par la CGT, sera particulièrement scruté.

    La Marseillaise : Comment abordez-vous cette niche parlementaire durant laquelle vous défendrez la nationalisation d’ArcelorMittal

    Aurélie Trouvé : De manière combative, optimiste et déterminée. Il y aura 500 travailleurs d’ArcelorMittal devant l’Assemblée, c’est quand même leur outil de production mais aussi notre souveraineté industrielle qui est en jeu. Il n’y a pas d’autre alternative, ce qui fait que cette nationalisation est légale. Personne n’a avancé une autre solution, à part d’espérer peut-être un jour qu’ArcelorMittal accepte d’investir, aucun élément probant permet de le penser. La stratégie de la famille Mittal, depuis qu’elle a récupéré Arcelor en 2008 est d’étouffer la production européenne, le principal concurrent de leur propre production en Inde, au Brésil et aux États-Unis.

    Le PDG d’ArcelorMittal France estime que la nationalisation « ne changera en rien les problèmes structurels ». Que répondez-vous

    A.T. : Cela ne peut pas expliquer tout le désinvestissement parce que les difficultés elles sont partout, pas seulement en Europe. Par ailleurs, il y a des perspectives de demandes importantes. ArcelorMittal a fortement diminué sa dette et augmenté sa trésorerie. La productivité en Europe qui est à peu près équivalente à celle des États-Unis. Il n’y a aucune raison qu’ArcelorMittal sous-investisse à ce point-là en Europe alors qu’il investit bien davantage dans les autres pays.

    Cette nationalisation est estimée à 3 milliards d’euros ?

    A.T. : Ce montant de 3 milliards d’euros n’a pas été démenti en commission des Finances, puisque même M. Ferracci, l’ancien ministre de l’Industrie, a dit qu’il se reposait sur l’Institut de La Boétie qui a chiffré cette nationalisation à 4,4 milliards. Je lui ai répondu qu’effectivement, j’avais participé à ce chiffrage. Sauf qu’ici, évidemment, on est plutôt sur 2/3 de la production qu’on avait chiffrée, puisqu’ArcelorMittal France, c’est 2/3 de la production française. Donc c’est tout à fait cohérent avec les chiffres de La Boétie. Ces trois milliards, ce n’est rien à côté du coût de la suppression de 15 000 emplois directs et 80 000 indirects. Ce n’est rien à côté de la perte d’un actif aussi stratégique que l’acier car tout est fait d’acier quasiment autour de nous. Cette perte signifierait une dépendance énorme à tout risque, à toute rupture d’approvisionnement, à toute envolée des prix des marchés internationaux. C’est une dépendance aux pays tiers qui est inacceptable pour l’économie française, et qui serait catastrophique.

    En commission des Finances, les macronistes et la droite ont voté contre ce texte, l’extrême droite s’est abstenue, ce qui a permis son adoption. Ces stratégies ont changé ?

    A.T. : Pour les macronistes, non. Ils continuent à s’y opposer avec leurs arguments dogmatiques qui ont mené à la situation économique qu’on connaît en France, c’est-à-dire une chute des investissements productifs, de la balance commerciale et une productivité du travail en berne. Que les macronistes continuent dans leur logique mortifère pour la production française, soit. Là, par contre, les masques tombent pour le RN parce qu’ils se sont abstenus en commission des Finances. Comme ils n’osent pas voter contre, ils ont décidé de nous empêcher de voter, tout simplement. Ils ont déposé 285 amendements sur les 335, pour ce qui concerne RN et UDR. C’est une vengeance en jouant avec la vie des salariés d’ArcelorMittal. En réalité, je pense qu’ils sont très gênés par ce texte. Parce qu’il se trouve que, par exemple, Frédéric Weber, qui est député RN, a défendu la nationalisation de Florange il y a 10 ans, alors qu’il était à la CFDT d’ArcelorMittal. La question est de savoir s’ils sont définitivement sur la ligne Bardella, qui est « vive les grands patrons, vive la grande finance, quitte à brader notre production française », ou pas. Donc, ils nous empêchent de voter, ce qui est une façon de trancher.

    Quels autres textes pourraient obtenir une majorité ?

    A.T. : La résolution sur le Mercosur peut être adoptée car c’est une manière de s’opposer fermement à la position actuelle du président de la République, qui est en train de trahir le monde agricole et l’économie française. Le président de la FNSEA a lui-même parlé d’une rupture du contrat avec l’agriculture française. Le texte sur les colis aux Outre-mer, pourrait trouver une majorité car c’est une anomalie hallucinante. C’est-à-dire que nos concitoyens d’Outre-mer payent des colis à des prix faramineux, la mission de service public postal ne s’y applique pas, c’est une discrimination honteuse. Et cela risque d’empirer vu que le gouvernement a décidé de couper encore dans les budgets de La Poste.

  • [Entretien] Cécile Cukierman (PCF) : « Nous avons besoin de maîtriser l’acier »

    [Entretien] Cécile Cukierman (PCF) : « Nous avons besoin de maîtriser l’acier »

    La Marseillaise : Quels sont les objectifs de cette proposition de loi ?

    Cécile Cukierman : Notre objectif est double. Le premier, c’est de préserver l’emploi, le savoir-faire industriel là où il existe encore dans notre pays. Nous avons aujourd’hui, sur l’acier, une financiarisation plutôt qu’une mise à disposition d’une matière importante pour pouvoir développer l’industrie dans notre pays. La volonté d’ArcelorMittal de se séparer des sites de production en France remet en cause notre souveraineté industrielle. L’acier est essentiel pour l’industrie. L’industrie, étant source de création de richesse d’un pays, est essentielle, bien évidemment, pour répondre aux enjeux de transformation, que ce soit par la production énergétique, par le renforcement de la mobilité, du développement du rail. Elle est également essentielle dans tout un certain nombre de productions qui servent par la suite le médical, les ponts, les grandes infrastructures de notre pays.

    Le rapporteur LR du texte,
    Arnaud Bazin, estime qu’une nationalisation ne résoudrait «
     aucun des problèmes structurels » du secteur de l’acier.
    Que lui répondez-vous
     ?

    C.C. : En 2023, ArcelorMittal a reçu 392 millions d’euros d’aides publiques. Année après année, ce groupe a reçu des centaines de millions d’euros sans aucune contrepartie sociale et environnementale. Il a également bénéficié de quotas gratuits à l’époque d’émissions carbone. L’excédent de ces quotas est aujourd’hui revendable, ce qui constitue à la louche une aide implicite, puisque c’est eux qui pourraient récupérer, s’il y a une vente, 960 millions d’euros. La difficulté aujourd’hui n’est pas le coût que peut engendrer la nationalisation, mais combien d’argent public, directement ou indirectement, a été injecté depuis maintenant plusieurs décennies dans ArcelorMittal, qui justifierait que nous ne récupérions pas l’investissement déjà effectué, au moins par les sommes publiques.

    Mon département, la Loire, est l’un des nombreux territoires qui a connu des crises industrielles et la désindustrialisation. Nous savons aussi tous le coût qu’engendre la fermeture d’un site industriel de cette ampleur-là, au niveau bien évidemment social, de requalification des sites, la dépollution, la reconstruction, le réaménagement pour l’État, mais aussi pour les collectivités territoriales. La reconversion du site de Creusot-Loire à Firminy (Loire) n’est toujours pas terminée, alors que le site est fermé depuis 40 ans. C’est dire l’investissement financier et l’énergie humaine que nécessitent la requalification et la fermeture de sites d’une telle ampleur.

    Quid du plan acier de Bruxelles ?

    C.C. : On a aujourd’hui une contradiction. Avec Bruxelles, qui, à travers un plan d’acier demande à ce que l’on produise plus dans l’Union européenne et de manière plus vertueuse. Face à cela, nous interrogerons le gouvernement sur quelle sera la position de la France si elle ne cherche pas à préserver les sites de production sur le territoire national. On ne peut pas nous rétorquer, là encore, que les choses se réfléchissent à l’échelle de l’Union européenne et ne pas être moteurs dans la capacité à produire, demain, des sites de l’acier. On peut mentionner le Royaume-Uni et l’Italie – et je précise que je n’ai aucune appétence pour l’exécutif italien aujourd’hui ! Ces deux États ont fait le choix d’accompagner leur outil de production industrielle.

    Si nous voulons réindustrialiser notre pays et en assurer la souveraineté, nous avons besoin de maîtriser la production de l’acier.

  • La CGT veut nationaliser pour l’avenir

    La CGT veut nationaliser pour l’avenir

    La pression monte sur le dossier ArcelorMittal. Une proposition de loi portée par le PCF est examiné, ce jeudi 30 octobre à l’Assemblée nationale, un autre sera présenté le 27 novembre par la France insoumise, sans compter le projet de mise sous tutelle du site de Dunkerque émanant du PS… Si la gauche saisit à bras le corps la question d’une nationalisation des actifs stratégiques du sidérurgiste, le débat ne se limite pas à la sphère politique. La CGT est en train de « monter un projet et de mener des études », affirme Stéphane Martins de Araujo, secrétaire général du site de Fos-sur-Mer.

    « On porte la revendication de nationaliser les usines du territoire parce qu’il n’y a pas d’investissements à la hauteur des enjeux pour pérenniser les outils, les installations et assurer la santé et la sécurité des salariés au travail depuis des dizaines d’années », explique-t-il, faisant part d’une inquiétude particulière pour l’enjeu de décarbonation, condition indispensable pour se maintenir en Europe après 2030.

    À Dunkerque, le groupe a suspendu un projet d’investissement massif d’1,7 milliard d’euros, dont près de 850 millions d’aide promise par l’État, qui consistait à construire une unité de réduction directe de fer et deux fours électriques, justifiant cette décision par la non-compétitivité de l’acier produit en Europe. Finalement, ArcelorMittal a annoncé qu’il « avait l’intention » d’investir 1,2 milliard d’euros, à condition de la mise en place de mécanismes de protection de l’acier européen.

    Nécessaire décarbonation

    À Fos-sur-Mer, outre l’inauguration du four poche en septembre 2024 à l’occasion des cinquante ans du sidérurgiste, la CGT déplore « aucun projet de décarbonation ». La direction, elle, dit « travailler à un projet de four à arc électrique », mais des études complémentaires seront nécessaires avant d’arriver à une décision finale d’investissement. « La nationalisation permettrait d’engager les financements nécessaires, affirme le secrétaire général CGT du site. Selon les études de nos experts, si on décarbone et qu’on nationalise les actifs de l’entièreté des sites, il y en a pour 4,6 milliards d’euros. Si on ne le fait pas, en cas de désengagement d’ArcelorMittal, ça coûtera 7,7 milliards d’euros par an aux contribuables et à l’État, car il faut bien comprendre qu’on ne pourra pas continuer avec des hauts-fourneaux traditionnels vu les objectifs de réduction des gaz à effet de serre de l’UE. Donc les instances vont être plus coercitives pour forcer les entreprises à réduire leur empreinte carbone en 2030 puis à atteindre la neutralité 2050. »

    Réduction de 10% des effectifs à Fos-sur-Mer

    Reprendre le contrôle public de ces unités permettrait également de sauvegarder l’emploi dans les usines, mises à mal ces derniers mois. Le site dunkerquois est sous le coup d’une restructuration dans le cadre d’un vaste plan de suppression de plus de 600 postes au niveau national. À Fos, en septembre 2024, la direction avait annoncé réduire ses effectifs de 10%, après avoir pérennisé le fonctionnement à un seul haut-fourneau en juillet, « ce qui correspond à une baisse d’activité du site d’environ 40% », précise-t-elle.

    Le 8 octobre, un incendie a contraint le site à arrêter le haut-fourneau et l’aciérie et à prolonger l’arrêt programmé de la chaîne d’agglomération. Les équipes ont été réorganisées. « On est passé de 2 jours de chômage partiel à 9 ou 10 par mois selon les salariés postés ou les journaliers », détaille Stéphane Martins de Araujo. La direction du site envisage le redémarrage de l’aciérie début décembre, dans un mode temporaire. Malgré ce calendrier, « les travailleurs sont dans un état de stress », assure le secrétaire général CGT.

    Pour sauver ArcelorMittal, la CGT et la gauche poussent pour une nationalisation. Ainsi, les sénateurs communistes présentent ce jeudi lors de leur niche parlementaire, une proposition de loi visant à la « nationalisation des actifs stratégiques d’ArcelorMittal situés sur le territoire national » (lire ci contre), cosignée par les socialistes et les écologistes. Si l’idée fait son chemin, le gouvernement s’y refuse. Lors d’un débat télévisé le 13 mai, interrogé par Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, le président Emmanuel Macron avait balayé cette revendication d’un revers de main : « Je ne vais pas nationaliser ArcelorMittal, parce que ce serait dépenser des milliards d’euros. » Pourtant, le groupe, qui se goinfre d’argent public, a dégagé un bénéfice net de 805 millions de dollars au premier trimestre 2025, tout en prévoyant plus de 600 suppressions d’emplois sur sept sites français.

    REPÈRES

    600

    C’est le nombre d’emplois que la direction d’ArcelorMittal a annoncé, en avril dernier, vouloir supprimer sur sept sites français : Dunkerque et Mardyck (Nord), Florange (Moselle), Basse-Indre (Loire-Atlantique), Mouzon (Ardennes), Desvres (Pas-de-Calais) et Montataire (Oise). Parmi lesquels 200 seront délocalisés.

    Les syndicats appelés à se prononcer le 7 novembreLes syndicats du groupe sont appelés à se prononcer sur le projet d’accord de plan social, le 7 novembre prochain, selon les informations de l’AFP. Pour être conclu, le texte devra être signé par des syndicats représentants au moins 50% du personnel. Avant ça, une dernière réunion de négociation est fixée le 4 novembre. La CGT ArcelorMittal, qui n’a pas l’intention de signer le document, pousse pour la nationalisation et soutient la proposition des sénateurs communistes soumise au vote ce jeudi dans le cadre de leur niche parlementaire.

    298

    millions d’euros. C’est le montant des aides publiques dont a bénéficié le groupe sur la seule année 2023, dont 195 millions à titre de taux réduits sur les factures d’énergie. Cette somme a été révélée par l’entreprise elle-même lors de l’audition de son président Alain Le Grix de la Salle par la commission d’enquête sénatoriale.

    Le plan protectionniste de l’UE pour « sauver » le secteur

    Le 7 octobre, la Commission européenne a présenté une batterie de mesures pour sauver le secteur de l’acier sur le continent qui compte plus de 2,5 millions d’emplois directs et indirects, en particulier en Allemagne, en Italie et en France. Sur l’année 2024 seulement, quelques 18 000 emplois directs ont été supprimés, une véritable saignée. Ainsi Bruxelles entend, entre autres, faire passer les droits de douane de 25% à 50% et diminuer de moitié les quotas d’acier étranger pouvant être importé sans surtaxe dans l’Union européenne.

  • Acier rouge et mains d’or

    Acier rouge et mains d’or

    L’histoire est connue : la multinationale ArcelorMittal a fait main basse sur les hauts-fourneaux, en France et en Europe, et s’est servie des infrastructures publiques et des subventions de l’État pour augmenter ses profits à moindres frais. Cette prédation s’est réalisée au détriment d’une vision industrielle stratégique à long terme et donc de l’emploi. Une fois gavée, la multinationale ferme boutique et continue à considérer l’acier comme un vulgaire produit à cash. Cette logique court-termiste de milliardaires sans scrupules met en péril les sites de production d’acier vitaux pour l’avenir de toute l’industrie. Française et européenne.

    Outil industriel

    Face à cette menace de voir disparaître leurs derniers hauts-fourneaux et peu soupçonnables d’être des révolutionnaires, les parlementaires britanniques n’ont pas craint de voter une loi pour prendre leur contrôle. Ce jeudi, la France a l’opportunité d’ouvrir le chemin de la nationalisation des actifs d’ArcelorMittal, grâce à la proposition de loi des sénateurs communistes. Ce serait, au-delà de la dimension morale après tant d’argent public offert sans aucun engagement, d’une efficacité totale pour sauver les emplois et muscler un outil industriel indispensable, qui doit absolument réussir le virage de la décarbonation.

    Il y a aussi une dimension cruciale dans cette bataille de l’acier. Les déserts industriels font le lit du vote d’extrême droite. Rien de fatal, car dans nos territoires, on veut plus que jamais, comme le chante Lavilliers « travailler encore, travailler encore, acier rouge et mains d’or ».