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  • « Le droit international permet de qualifier les crimes »

    « Le droit international permet de qualifier les crimes »

    La Marseillaise : Sur quelle partie
    de la Méditerranée portent vos rec
    herches ?

    Jérôme Heurtaux : J’ai travaillé sur des contextes de changement de régime, en commençant par l’Europe centrale, qui m’ont conduit en Tunisie au moment du printemps arabe. Depuis 2011-2012, j’ai réorienté mes recherches vers cette région. Je les ai élargies récemment à l’occasion de la guerre menée contre Gaza, après le 7 Octobre 2023, dans un travail sur le droit international et les zones de conflit. J’ai publié, l’an dernier, Le droit international est-il mort à Gaza ?*. Cet ouvrage interroge les limites du droit international et son impuissance à empêcher la survenue de la guerre et que des crimes internationaux y soient commis, mais aussi à ne pas permettre non plus une reddition des comptes à travers des poursuites judiciaires contre les criminels supposés.

    C’est ce qui vous a poussé à écrire
    sur le sujet
     ?

    J.H. : Si j’ai écrit ce livre, c’est bien parce que j’ai constaté que les crimes commis le 7 Octobre 2023 par les groupes armés palestiniens suscitaient une indignation légitime, dans le public, dans les médias et dans la classe politique française. Mais paradoxalement, les crimes commis par Israël à Gaza suscitaient plutôt des formes de minoration, de justification et de légitimation parfois, de la part de toute une série de gens, de commentateurs. Cette espèce d’unilatéralisme explicatif, ce « va t’en guerre isme » sans limite qui s’est propagé dans toute la classe politico-médiatique française et jusque dans les universités, m’a profondément blessé. Ce travail m’a conduit à dépasser le simple constat d’une impuissance du droit pour envisager d’autres potentialités du droit international.

    Quelles sont ces potentialités ?

    J.H. : Le droit international n’empêche pas que des crimes soient commis, mais il permet, dès lors que les acteurs pertinents le mobilisent, de nommer et qualifier les crimes en mobilisant des catégories juridiques universelles, que tout le monde comprend. Cette capacité du droit à qualifier permet précisément de s’en indigner. Le droit alimente donc les mobilisations contre la manière dont la guerre est menée, par exemple, et qui mettent la lumière sur les crimes commis. On pourrait dire aussi que le droit permet d’entrevoir des horizons judiciaires et, dès lors, de susciter des demandes de justice. C’est le cas de Gaza depuis le 7 octobre 2023. Depuis deux 2 ans et demi, des procédures, des associations, des individus et même une juridiction internationale comme la Cour pénale internationale cherchent à poursuivre des criminels de guerre. Je rappelle ici que le Premier ministre actuel, Benjamin Netanyahou, et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, font l’objet de mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Il y a beaucoup de procédures qui ne sont peut-être pas encore validées : des dépôts de plaintes sont faits auprès des justices nationales, au nom de la compétence universelle des tribunaux, pour poursuivre des soldats israéliens ou des binationaux. Il y a tout de même une amorce de justice qui est en train de se mettre en place et tout ça constitue les potentialités, les ressources que le droit international autorise.

    Comment comprenez-vous la thématique de la table ronde : « Quand la puissance s’affranchit du droit » ?

    J.H. : Cette table ronde est la résultante d’une situation internationale qui a des résonances nationales. Le droit international est fondamentalement nié, cloué au pilori par de grandes puissances, mais aussi en partie par leurs alliés moins puissants. Cela crée un contexte assez inédit de disqualification du droit international. La « puissance » dont il est question désigne celle incarnée par les empires d’aujourd’hui : les États-Unis, la Russie ou la Chine, parfois soutenus par des États qui sont d’ailleurs dépendants de ces grands empires. Je crois que la question posée est : comment le droit peut-il à nouveau être au cœur des rapports de force internationaux, être la grammaire des conflits et des post conflits, et comment peut-il s’affranchir de la puissance ? Je répondrai à partir d’un regard de sociologue politiste qui voit comment le droit est saisi concrètement par les acteurs. J’évoquerai ce que j’appelle les effets collatéraux du droit international, c’est-à-dire ces multiples effets inattendus, ambivalents, incertains, mais pour autant puissants, lorsqu’il est saisi par la société civile, les États dominés dans l’ordre international, les juristes internationalistes et l’opinion publique.

    D’où l’intérêt d’intervenir dans un tel festival, à Marseille…

    J.H. : On organise des tables rondes sur le droit international lors d’un festival aussi prestigieux que celui d’Averroès, des émissions de radio et de télévision sur le droit international… Des jeunes, aujourd’hui, savent ce qu’est le droit international parce qu’ils se mobilisent pour la Palestine ou pour l’Ukraine. Il y a une sorte d’actualité du droit international qui me rend assez optimiste : c’est un langage vivant. Si personne n’en parle, ça devient une langue morte. Vous allez me dire, un langage, c’est bien, ça sert à parler, mais ça n’empêche pas les guerres. Mais le fait même de désigner les crimes, les criminels, les responsables, le fait même qu’il y ait des règles internationales que chacun est capable de reconnaître, ça n’est pas tout à fait anodin. La Méditerranée est un des cœurs de la dialectique du droit international. C’est l’endroit où on en a certainement le plus besoin et on l’utilise. C’est un lieu central de circulation, d’échanges. C’est un épicentre des tensions mondiales. C’est aussi un des lieux de la tragédie du droit international, puisque c’est l’espace où les droits de la personne sont sans doute les moins respectés : des dizaines de milliers de migrants meurent dans cette mer. C’est le lieu idoine pour évoquer ces questions, constater l’état extrêmement critique de la situation et échanger sur des solutions avec la volonté d’esquisser un avenir plus souhaitable.

    Dimanche à 11h au Théâtre de l’Odéon
    à Marseille. Entrée libre,
    réservation conseillée

    * « Le droit international est-il mort à Gaza ? », Riveneuve(2025), 250 pages, 12,50 euros

  • 500 000 Palestiniens privés d’aide alimentaire de l’ONU

    500 000 Palestiniens privés d’aide alimentaire de l’ONU

    C’est un drame supplémentaire qui s’abat sur la population palestinienne. Ce lundi, dans un communiqué de presse, le programme alimentaire mondial (PAM), a annoncé ne plus disposer des « financements nécessaires pour maintenir » l’intégralité de ses actions. « Au cours des trois dernières années, l’assistance alimentaire du PAM a constitué une véritable bouée de sauvetage pour jusqu’à 90% des familles de Gaza. Depuis l’annonce du cessez-le-feu en octobre 2025, l’organisation fournit chaque mois une aide à environ 1,6 million de personnes sous forme de colis alimentaires, de farine de blé, de pain, de repas chauds, de soutien nutritionnel, de collations scolaires et d’assistance monétaire », indique l’agence onusienne.

    Dans le détail, la plus grande agence luttant contre la faim dans le monde continuera de fournir assistance alimentaire et monétaire à 1,1 million de personnes contre 1,6 million jusqu’à présent. La population totale de l’enclave palestinienne est estimée à 2,1 millions de personnes. Les rations alimentaires seront réduites de moitié pour les bénéficiaires, qui ne recevront qu’un colis au lieu de deux par jour. Pire, pour les familles vivant dans les zones difficiles d’accès, sous contrôle israélien, ce ne sera plus qu’un repas chaud tous les deux jours. Ce nombre de repas chaud sera lui-même réduit de 250 000 distribués quotidiennement à 150 000.

    Besoin de 450 millions

    de dollars Intertitre

    « On estime que 1,4 million de personnes, soit 67% de la population de Gaza, sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë de niveau crise ou plus grave, correspondant à la Phase 3 ou supérieure du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) », note le PAM dans son texte. Selon l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la phase 3 signifie une crise alimentaire et des moyens d’existence aiguë. Si la situation se maintient elle peut rapidement basculer en une phase 4, à savoir l’urgence humanitaire ou 5, la famine.

    Pourtant, à la faveur du cessez-le-feu conclu en octobre 2025 et le retour des convois de nourriture, le statut de famine proclamé deux mois plus tôt par l’IPC a été retiré sur le territoire. Le ministère de la Santé de Gaza estime que sur 466 Palestiniens (dont 157 enfants) sont morts de faim ou de malnutrition depuis 2024. Les décès évités, l’ont été en grande partie grâce à l’aide internationale.

    Car dès décembre 2023, soit deux mois après l’attaque du 7 octobre et le début de l’offensive israélienne qui a tué 74 475 personnes à ce jour, le gouvernement de Benjamin Netanyahu était accusé de priver « la population de Gaza de nourriture et d’eau, une politique encouragée ou approuvée par de hauts responsables israéliens et qui reflète une intention d’affamer les civils en tant que méthode de guerre », déclarait Omar Shakir, directeur pour Israël et la Palestine à Human Rights Watch. Si le PAM ne récolte pas « 450 millions de dollars » au cours des six prochains mois, il pourrait être contraint de cesser ses opérations d’urgence. « C’est au contraire le moment pour le monde entier de s’engager à soutenir la population pendant cette période difficile », pousse à l’AFP Shaun Hughes, directeur de l’agence pour les territoires palestiniens.

    1 sur 5

    Seul un enfant sur cinq bénéficie d’une alimentation suffisament diversifiée à Gaza.

    80%

    C’est le pourcentage de la population qui est sans emploi dans l’enclave palestinienne.

  • La communauté juive s’est réunie en mémoire des victimes du 7 Octobre

    La communauté juive s’est réunie en mémoire des victimes du 7 Octobre

    « Trois ans ont passé, la douleur reste la même », annonçait l’organisation de cette marche et cérémonie en hommage à la mémoire des victimes du 7 Octobre 2023 en Israël, ce mercredi à Marseille. Ce jour-là, le Hamas lançait une attaque terroriste, faisant 1 221 victimes. Le mouvement islamiste palestinien avait également fait 251 otages.

    La communauté juive marseillaise s’est réunie en nombre, ce mercredi, pour un temps de commémoration sur les marches du Palais de justice de Marseille.

    Une foule aux couleurs d’Israël

    Dans la foule blanche et bleue aux couleurs du drapeau israélien, des membres du collectif engagé dans la lutte contre l’antisémitisme « Nous Vivrons » arboraient des portraits de victimes. La présidente (DVD) du Département des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal, s’est jointe à la commémoration, accompagnée de son vice-président Denis Rossi. Elle avait déjà rendu hommage aux victimes l’an dernier en plantant un olivier à l’espace Sarah-Halimi.

    Le rassemblement a ensuite remonté la rue Breteuil au son des notes de l’hymne israélien, pour rejoindre la Grande synagogue de Marseille. La cérémonie s’y est prolongée en fin de soirée dans le recueillement.

    Oriane Castan

    La mairie s’éteint pour se souvenir

    L’hôtel de ville de Marseille s’est éteint, ce mercredi soir, en hommage à la mémoire des victimes de l’attaque terroriste du Hamas du 7 Octobre 2023. La mairie a voulu « réaffirmer son engagement » contre la haine et l’antisémitisme et faire passer un message de paix et d’espoir.

    Etienne Devillard Lacordaire

  • [Entretien] Reem Hazan, Parti communiste israélien : « Le 7 Octobre trouve son origine dans la Nakba »

    [Entretien] Reem Hazan, Parti communiste israélien : « Le 7 Octobre trouve son origine dans la Nakba »

    « Si nos forces venaient à subir des pertes, ce sont le Hamas et la population de Gaza qui en paieraient le prix fort, dans des proportions considérables », a annoncé le ministre de la Défense israélien, ce mardi, à la veille des commémorations. Il y a trois ans jour pour jour, le Hamas lançait une attaque sur Israël, tuant 1 221 personnes, en majorité des civils. Le mouvement islamiste palestinien a également enlevé 251 personnes. En représailles, le gouvernement d’extrême droite israélien a lancé une offensive dévastatrice et génocidaire sur la bande de Gaza, qui a fait plus de 74 200 morts.

    La Marseillaise : Quel impact ont eu les attaques du 7 Octobre sur la société israélienne ?

    Reem Hazan : La société israélienne a beaucoup changé depuis le 7 Octobre, les forces fascistes ont gagné énormément de pouvoir à cause de ce gouvernement et ses alliés. Malheureusement, cela a fortement aggravé le racisme et la répression envers les Palestiniens, pas seulement dans les territoires occupés mais également au sein même d’Israël. Ce qui a commencé début 2023 sous la forme d’un coup d’État judiciaire que Netanyahu et son gouvernement avaient planifié a réussi à marginaliser davantage les forces de gauche et à restreindre ce qui reste de la démocratie en Israël. Ces nombreux changements au sein de la société israélienne ont des répercussions, principalement sur le nettoyage ethnique en Cisjordanie et le génocide continu à Gaza. Les gens ici sont amenés à croire que la solution à deux États n’est pas bonne pour Israël et que l’existence d’un État palestinien est une menace. À trois semaines des élections, il est d’autant plus important et crucial de se débarrasser de Netanyahu et sa coalition.

    Pour le remplacer par qui ? Ses opposants autoproclamés, ceux qui caracolent en tête des sondages, ne sont pas des progressistes…

    R.H. : Ceux qui se présentent comme des alternatives à Netanyahu ne sont pas progressistes, même pas du centre, mais bien de droite. Ils ne constituent qu’un camp anti-Bibi [surnom de Benjamin Netanyahu en Israël, Ndlr.]. Ils ne s’opposent pas à la politique de ce gouvernement, n’apportent aucune alternative pour les citoyens israéliens, ni à la solution politique entre Israël et ce qui devrait être l’État palestinien. Nous en sommes parfaitement conscients. Mais d’un autre côté, nous savons qu’un changement de gouvernement pourrait légèrement améliorer la vie des Palestiniens dans les territoires occupés. C’est pourquoi nous travaillons au démantèlement du pouvoir de Netanyahu car cela pourrait nous offrir, au sein d’Israël, en tant que Palestiniens et forces démocratiques progressistes, juives et arabes, de meilleures conditions pour agir. Il n’y aura pas de révolution mais nous partons du principe qu’un gouvernement différent créera des conditions différentes dans lesquelles nous pourrons poursuivre nos luttes, et cela influencera également l’opinion publique pour qu’elle ne bascule pas vers l’extrême droite.

    Parvenez-vous à mener campagne dans ces conditions ?

    R.M. : Il y a des tentatives visant à éliminer et à disqualifier la Liste arabe unie et la Liste unifiée, Ofer Cassif (député Hadash) et Sami Abu Chehadeh (leader de Balad), qui ont finalement contraint ce dernier à se retirer il y a quelques jours. Nous nous servons de cela pour inciter les gens à aller voter pour la Liste unifiée [coalition composée de Balad (parti nationaliste arabe), Hadash (communiste judéo-arabe) et Ta’al (arabe laïc), Nldr.] afin d’avoir un poids bien plus important au sein du prochain Parlement. C’est notre objectif premier : se rendre aux urnes en masse et obtenir un taux de participation très élevé lors des élections. C’est un atout crucial que de disposer d’un groupe parlementaire plus important au sein du Parlement, les Palestiniens et Juifs de gauche, en sont tout à fait conscients. Si on se mobilise pour aller voter, cela pourrait nous permettre d’empêcher d’autres petits partis de droite de l’emporter, ce qui signifierait que Netanyahu n’aura pas suffisamment de soutien pour rester Premier ministre.

    De nombreux médias ont révélé que Benjamin Netanyahu était au courant qu’une attaque se préparait. Devrait-il être jugé pour cela ?

    R.H. : Ces révélations ont fait beaucoup de bruit en Israël et dans le monde. Je pense que Netanyahu devrait être jugé pour beaucoup de choses et principalement pour les crimes de guerre qu’il a commis et permis. S’il en avait connaissance auparavant et qu’il n’a pas agi en conséquence, cela fera partie de son jugement global. Mais c’est aussi une nouvelle occasion de rappeler que même s’il était au courant, ce n’est pas la raison du 7 Octobre, qui trouve son origine dans la Nakba, l’occupation et la répression qui se poursuivent. Il s’agissait donc d’un épisode parmi tant d’autres erreurs et de crimes que les gouvernements israéliens ont commis contre le peuple palestinien. Benjamin Netanyahu devrait être jugé pour beaucoup de choses, pour avoir plongé la population israélienne dans la pauvreté, pour avoir fait vivre les citoyens d’Israël dans la peur et l’incitation à la haine. Les enfants en Israël ont tant perdu, sans parler des crimes de guerre contre le peuple palestinien, contre les Iraniens, les Libanais. À mes yeux, quelqu’un devrait être jugé pour tout cela et en assumer la responsabilité.

  • « Le RN est le FN un peu plus jeune et avec un autre visage »

    « Le RN est le FN un peu plus jeune et avec un autre visage »

    La Marseillaise : Quelle a été votre réaction aux révélations de Mediapart sur les propos tenus par Jordan Bardella ?

    Haïm Bendao : Je n’ai été ni surpris ni choqué, bien au contraire. On ne peut pas être à la tête d’un tel parti politique en balayant les idées fondatrices de ce parti. Ça devait sortir un jour ou l’autre. Ça me fait plaisir de pouvoir dire à ma communauté que je les avais prévenus. Le RN est le FN un peu plus jeune et avec un autre visage. On espère toujours que les gens changent mais malheureusement ce n’est pas le cas. Avoir ce genre d’idées à 17 ans, ça en dit long. Il y a quelque chose de profond, d’intellectuel, on n’est pas sur une erreur liée à la fougue de la jeunesse. Et vouloir adhérer, si jeune, à un parti qui était clairement affiché comme antisémite à l’époque, puis vouloir y rester et dire qu’on ne l’est pas… Pourquoi ne pas partir ailleurs dès le début alors ? Si l’on n’est pas antisémite, on claque la porte du RN et on change ses fréquentations. En parlant de fréquentations, je pense, par exemple, à un élu qui tenait une librairie négationniste. Au moins, Jean-Marie Le Pen assumait avec franchise ses idées antisémites, alors que là ils essayent de séduire. J’ai énormément de peine de voir des gens de ma communauté qui se sont alliés avec des gens de ce parti. Après le 7 octobre, avoir vu marcher une partie de ma communauté avec des élus du RN à la banderole, je me suis dit que c’était la fin. Pire, certains sont même entrés dans des synagogues… Je rappelle que le seul extrême permis dans le judaïsme, c’est de ne pas avoir d’orgueil.

    Justement, ce soutien à la communauté juive fait partie
    de la défense du RN…

    H.B. : Ils sont capables de tout pour arriver au pouvoir. Cela me rappelle l’affaire Cahuzac, qui était capable de mentir sans cligner des yeux. Avec le désespoir ce genre d’idées s’installe très rapidement dans beaucoup de foyers. C’est peut-être étonnant pour un rabbin de dire ça, mais beaucoup de gens cherchent une religion et une politique « pompières ». C’est-à-dire que dans la galère, une famille va écouter un Bardella, un rabbin ou un imam parce qu’il promet qu’il va régler tous les problèmes. C’est très messianique comme histoire. Malheureusement, le RN et Bardella ont embrigadé du monde et sont le messie de quelque chose. Mais comment peut-on être des personnes de religion qui connaissent le passé du RN et se dire qu’il va nous sortir de quelque chose ? Cela me fait penser qu’une fois, je faisais une conférence à l’église de Saint-Joseph, à la fin, un jeune est venu me tendre sa carte du RN. Je n’ai même pas compris sa démarche, d’autant que j’étais avec un prêtre et un imam. D’ailleurs certains de ma communauté les ont suivis… Il faut avoir en tête qu’au lendemain du 7 octobre, se rapprocher de la communauté a permis à certains de prendre des galons. Mais je condamne aussi une partie de l’extrême gauche qui parle du Hamas comme un mouvement de résistance et c’est tout aussi dangereux.

    Quel message délivrez-vous
    à quelques mois de l’élection présidentielle
     ?

    H.B. : Il faut prendre le temps de dialoguer et de discuter. Cela me rappelle une anecdote. Une fois j’étais dans le bus pour la Timone avec un Maghrébin, on discutait et je lui ai dit : « Si le RN monte au pouvoir, ça sera vous les premiers et nous les deuxièmes. Nous sommes des boucliers l’un pour l’autre ». Il faut réussir à trouver de la lumière dans toute cette obscurité. Cela fait 30 ans que je suis dans les quartiers Nord, et à force de semer on récolte. Comment se fait-il qu’il y ait un seul rabbin dans toute l’Europe qui prend le temps d’aller distribuer le pain le jeudi, d’aller le vendredi à la mosquée ? Je plaide pour un espace de dialogue avec les imams et les prêtres de terrain. Il faut que les jeunes des quartiers puissent s’identifier à un discours terre à terre mais de paix.

  • À Marseille, des manifestants réclament le déjumelage avec la ville d’Haïfa

    À Marseille, des manifestants réclament le déjumelage avec la ville d’Haïfa

    « On ne s’arrêtera pas, on n’a pas le droit de baisser les bras », souffle Catherine, de l’Union juive Française pour la paix (UJFP). Au-dessus d’elle flotte une banderole sur laquelle est écrit en lettres rouges « arrêtez le génocide et les coupables ». L’organisation qui se définit comme « juive laïque, universaliste et antisioniste » est présente à chacune des manifestations organisées par le collectif l’Union pour la Palestine Marseille (UPM), dont elle est membre.

    Ainsi, chaque week-end depuis l’attaque du 7 octobre 2023 et le début de l’offensive israélienne sur la bande de Gaza, ces militants défilent dans le centre-ville de Marseille, sensibilisant la population sur le massacre du peuple palestinien. Ce samedi en fin d’après-midi, ils sont une cinquantaine à déambuler au départ de porte d’Aix.

    Micro en main Younès de l’UPM cible, dans son discours, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot : « Pourquoi ces 5 500 français engagés au sein de l’armée génocidaire ne sont-ils pas jugés ? », interroge-t-il. Le nombre de ressortissants français qui combattent au sein de Tsahal est estimé entre 4 185 et 6 464 soldats. Des organisations telles que la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont demandé l’ouverture d’informations judiciaires contre certains d’entre eux, restées lettres mortes à ce jour.

    « Ne nous regardez pas, rejoignez-nous », ont ensuite scandé les manifestants sur le cours Belsunce. Un appel qui a trouvé son écho à quelques mètres de là, aux pieds de la Canebière, où quelques passants se joignent à la protestation. Ils crient « de Marseille à Gaza, résistance, résistance ». Arrivés sur le Vieux-Port des affiches « Stop au jumelage Marseille Haïfa » sont distribuées.

    « À Haïfa ville jumelle de Marseille depuis 1958, les citoyens palestiniens d’Israël vivent sous un régime d’appartheid », clame Sabrina. Puis, le maire DVG de Marseille, Benoît Payan, est pointé du doigt pour avoir annoncé le jour de la reconnaissance par la France de l’Etat de Palestine, le jumelage avec la ville de Bethléem, en Cisjordanie, « mais depuis, rien. Aucune délibération actée, aucune mise en œuvre. Ce jumelage n’existe que dans un communiqué de presse », pousse-t-elle.

  • [Entretien] Fadwa Barghouti : « Marwan Barghouti est une figure fédératrice »

    [Entretien] Fadwa Barghouti : « Marwan Barghouti est une figure fédératrice »

    La Marseillaise : Quel est l’objet de votre déplacement en France ?

    Fadwa Barghouti : Depuis plus de vingt ans, la France est l’un des pays les plus actifs dans la campagne internationale pour la libération de mon époux, où elle recueille un large soutien. Plusieurs dizaines de communes lui ont décerné la citoyenneté d’honneur. Depuis le 7 octobre et l’attention croissante autour de la cause palestinienne, il est très important de veiller à poursuivre cette campagne, car Marwan incarne l’espoir pour le peuple palestinien.

    Vous avez prévu de nombreuses rencontres avec des personnalités politiques de gauche. Sont-elles les seules à soutenir votre combat ?

    F.B. : À chaque fois que je me rends en France ou dans n’importe quel autre pays, je veille à rencontrer différents partis, qu’ils soient de centre-droit ou de gauche. C’est très important de parler à tout le monde car nous ne voulons pas que ce soit un sujet de division, au contraire. Il y a quelques mois, le gouvernement français annonçait la reconnaissance de l’État de Palestine. Pour qu’elle ne soit pas purement symbolique, il faut prendre des mesures concrètes sur le terrain en faveur de la création d’un État palestinien vivant côte à côte avec Israël, conformément au droit international. La seule façon d’y parvenir est de soutenir les acteurs et les initiatives qui y contribueront. La libération de mon époux est en tête de liste, car c’est une figure fédératrice. C’est le dirigeant palestinien le plus populaire, qui a clairement affirmé partager les convictions du gouvernement français, à savoir la solution à deux États et le respect du droit international.

    Que savez-vous des conditions de détention de votre époux ?

    F.B. : Depuis le 7 octobre, une politique de punition collective est menée contre l’ensemble du peuple palestinien. Personne n’est à l’abri des attaques israéliennes. À Gaza, c’est la dévastation et le génocide. En Cisjordanie, on assiste au pillage des terres et au terrorisme des colons. Au sein d’Israël, les Palestiniens sont confrontés à une discrimination et à un racisme extrêmes. Dans ce contexte, ce que subissent les prisonniers politiques palestiniens est ce que j’appelle « l’arrière-cour du génocide ». Plus de 100 Palestiniens ont été tués en prison. Ce ne sont pas des combattants ni des personnes représentant une quelconque menace mais des détenus, tués à l’intérieur même de la prison. Nous disposons des rapports de l’ONU et du New York Times concernant les viols de prisonniers palestiniens et les mauvais traitements infligés aux prisonniers politiques palestiniens. Mon époux fait partie de ces victimes. Ils l’ont pris pour cible dès le 7 octobre, date à laquelle ils l’ont transféré en isolement cellulaire. Il s’y trouve depuis lors, et il est transféré de prison en prison. D’après les documents dont nous disposons, il a été agressé au moins dix fois. On lui refuse toute visite familiale. Je suis la dernière de ses proches à l’avoir vu et c’était il y a trois ans et demi. Il est donc très important que les gens comprennent que cette situation dure depuis longtemps, bien avant le 7 octobre. Son état de santé nous inquiète, il a perdu beaucoup de poids et a été blessé à plusieurs reprises. On craint réellement pour sa sécurité au sein d’un système pénitentiaire en pleine dérive dirigé par nul autre que Ben-Gvir [ministre israélien d’extrême droite, en charge de la Sécurité nationale, Ndlr], connu pour être un partisan du génocide et du nettoyage ethnique du peuple palestinien.

    Justement, en août 2025, Itamar Ben-Gvir a diffusé, sur les réseaux sociaux, une vidéo dans laquelle il menace votre époux dans sa cellule. Le gouvernement israélien craint-il votre époux ?

    F.B. : C’est une honte pour Israël de violer ouvertement le droit international. Mais la communauté internationale a aussi sa part de responsabilité pour ne pas avoir clairement dénoncé le fait qu’un député élu au Parlement palestinien, quelqu’un qui est, comme je l’ai dit, une figure qui rassemble, un militant pacifiste, soit humilié aux yeux du monde entier. C’est tout simplement révoltant. Cette scène entre Itamar Ben-Gvir et mon époux illustre parfaitement la lutte. Car on voit ici un dirigeant palestinien qui a été agressé et humilié, comme l’est son peuple. Il incarne en cela la lutte palestinienne. Et vous avez, en la personne d’Itamar Ben-Gvir, le visage du gouvernement israélien actuel et de sa politique. Connaissant mon époux, je pense qu’il a croisé des dizaines de Ben-Gvir au cours de sa vie et il reste résilient. Nous n’avons aucune crainte quant à son état mental, ses capacités intellectuelles et sa force d’esprit. Nous sommes en revanche vraiment inquiets pour sa santé.

    Marwan Barghouti est souvent comparé à Nelson Mandela. Quelles sont les similitudes entre les deux ?

    F.B. : Nelson Mandela et mon époux ont tous deux lutté contre le régime d’apartheid. En Palestine, malheureusement, cela s’ajoute au nettoyage ethnique, au génocide, à l’occupation et à de nombreux crimes de guerre. Marwan Barghouti se bat contre cela depuis plus de 50 ans. Ce qui les rapproche, c’est qu’ils sont tous deux des figures fédératrices pour leur peuple. Tous deux ont incarné l’espoir dans une période de désespoir. Si vous aviez dit à un Sud-Africain au début des années 1980 que dans dix ans, l’apartheid prendrait fin dans son pays, je ne pense pas qu’il vous aurait cru. C’est cet espoir que Nelson Mandela a insufflé au peuple. Ces figures historiques sont essentielles pour que les mouvements de libération gardent espoir. C’est précisément pour cette raison que le gouvernement israélien actuel tente de réduire mon époux au silence car il ne veut pas de quelqu’un qui incarne cet espoir. Le fait que Nelson Mandela ait été qualifié de terroriste par l’Occident et par le régime d’apartheid en Afrique du Sud constitue une autre similitude car le terrorisme est un terme colonial qui a toujours été utilisé pour désigner les opprimés qui tentent de lutter contre leur oppresseur.

    Mahmoud Abbas a annoncé la tenue d’élections législatives en novembre prochain et une présidentielle en début d’année 2027. Marwan Barghouti sera-t-il candidat ?

    F.B. : Il est encore trop tôt pour se prononcer là-dessus. C’est à lui de prendre cette décision, pas à nous. Néanmoins, nous saluons la décision d’organiser des élections car nous n’en avions pas eu depuis plus de vingt ans. Nous n’avons pas de conseil législatif opérationnel ce qui pose de nombreux obstacles à tout système politique. Nous saluons donc cette initiative et nous regardons vers l’avenir, pas seulement pour l’élection présidentielle mais pour l’ensemble du système politique qui a besoin d’un renouveau et qui va se renouveler. La vision politique de mon époux a toujours été axée sur la lutte contre la corruption ainsi que sur une plus grande participation des femmes et des jeunes au pouvoir. Cela ne peut se produire que si nous nous engageons dans un processus démocratique. Marwan croit en la démocratie et il est fier de n’avoir jamais occupé de poste sans avoir été élu. Je pense qu’il se réjouit de cette décision, de même que nous tous, en tant que peuple palestinien. Nous en avons désespérément besoin. Ainsi, l’Autorité palestinienne pourra se renforcer face aux défis et aux tentatives du gouvernement israélien visant à faire disparaître les institutions palestiniennes.

    Qu’a concrètement changé sur le terrain la reconnaissance de l’État de Palestine par la France ?

    F.B. : Honnêtement, sur le terrain, on ne perçoit aucun changement. La situation empire car, malheureusement, Israël agit en dehors du cadre de la loi. C’est ainsi qu’il fonctionne depuis des décennies. Notre rôle en tant que Palestiniens est d’essayer de trouver et de tisser des liens avec la communauté internationale pour nous assurer qu’elle comprenne qu’il existe un partenaire pour la paix du côté palestinien mais qu’il n’y en a pas côté israélien. Pour y parvenir, des mesures doivent être prises. Les élections constituent un grand pas en avant. Depuis le cessez-le-feu et jusqu’aujourd’hui, plus d’un millier de personnes y ont été tuées. Les souffrances n’ont malheureusement pas pris fin. Il faut veiller à ce qu’un véritable cessez-le-feu soit en place, à ce qu’il y ait un retrait total des forces israéliennes de Gaza et des territoires occupés en Palestine, et bien sûr, à ce que la reconstruction commence. C’est une priorité absolue pour les Palestiniens. Nous devons aller de l’avant, en réclamant la libération de mon époux et en faisant appel aux personnalités qui peuvent réellement contribuer à apporter la paix et la stabilité dans la région. Telles sont les mesures par lesquelles la communauté internationale, y compris la France, peuvent véritablement aider.

    L’ambassadeur de Palestine auprès de l’ONU a alerté, lundi, sur l’accélération de l’annexion de terres palestiniennes par Israël. Comment la stopper ?

    F.B. : Si l’expérience sud-africaine nous enseigne quelque chose, ce n’est pas que le régime de l’apartheid s’est réveillé un beau matin en décidant de traiter équitablement les populations autochtones, c’est la pression de la communauté internationale qui a permis de concrétiser cela. La seule façon pour qu’Israël cesse ses agissements et comprenne qu’un changement s’impose, c’est qu’il constate qu’il y a un prix à payer pour avoir violé le droit international. Nous ne demandons pas à la communauté internationale de prendre parti pour nous mais de prendre des mesures à l’encontre de tout pays et de tout État qui viole le droit international. Et Israël enfreint manifestement ce droit.

    Comment votre famille garde espoir ?

    F.B. : Nous puisons notre force dans mon époux et dans la résilience dont il a fait preuve au fil des années. Un jour, il a dit à notre fils Arab, que le désespoir est un privilège que nous, Palestiniens, ne pouvons pas nous permettre, et qu’il fallait rayer ce mot de notre vocabulaire. J’aimerais vraiment que notre famille soit la seule à traverser ce que nous vivons. Mais il y a des milliers de familles palestiniennes qui vivent la même souffrance. C’est ce qui nous rend plus forts ensemble, car nous savons que ce combat vise un grand objectif : la liberté des Palestiniens, pour que nos enfants puissent vivre en paix et en sécurité. L’ampleur des sacrifices que nous endurons ne signifie pas que nous devrions abandonner à un moment donné. D’un point de vue historique, ce n’est pas de cette façon que les peuples obtiennent leur libération et leur liberté.

    Son programme à Marseille

    Un comité d’accueil viendra saluer Fadwa Barghouti à la gare, à 14h30 jeudi. Une réception sera tenue en son honneur à l’espace Mistral de l’Estaque dès 18h30. Elle participera vendredi à 19h30, au Gyptis, à la diffusion du film Tomorrow’s Freedom. Elle sera présente samedi à 14h à un débat, sur le Vieux-Port, dans le cadre du festival Palestine United 2. Durant sa visite, elle rencontrera des responsables politiques dont le communiste Jérémy Bacchi et des syndicats, dont l’UD CGT 13.

  • [Entretien] Karim el Mufti : « Le Liban est menacé d’implosion. L’État n’existe plus »

    [Entretien] Karim el Mufti : « Le Liban est menacé d’implosion. L’État n’existe plus »

    Malgré la trêve conclue le 17 avril dernier, Israël poursuit ses frappes contre le Hezbollah au Liban. Le président libanais, Joseph Aoun, s’est prononcé en faveur de négociations directes avec l’État hébreu pour stopper cette guerre. Le mouvement chiite armé, qui s’y oppose, dénonce la « soumission » des autorités libanaises, tandis que ces dernières accusent le Hezbollah d’avoir entraîné le Liban dans la guerre au service de l’Iran.

    La Marseillaise : L’État libanais et le Hezbollah s’accusent mutuellement de trahison. De quoi est-il question ?

    Karim el Mufti : La trahison, ça a toujours été la grande notion au Moyen-Orient vis-à-vis d’Israël. On retombe un peu sur une rhétorique des années post 1967 où les pays arabes ont décidé de capituler et où Anouar el-Sadate [président de l’Égypte de 1970 à 1981] décide finalement d’aller en Israël pour mettre un fin à cette guerre qui ne menait l’Égypte à rien. C’était, déjà, un grand visionnaire à l’époque. Il en a payé de sa vie. On prédit par ailleurs à Joseph Aoun, dans les menaces à peine feutrées du Hezbollah et de l’Axe de la Résistance, le même destin que Sadate. Après 1967, on rentre dans une logique plutôt milicienne de l’antisionisme et du combat armé contre Israël avec le Hezbollah qui vient, dans les années 1980, se joindre au rang des combattants. Après le 7 octobre, on constate l’essoufflement des milices par le grand coup de massue provoquée par cette décision stratégique israélienne de se débarrasser de toutes ces menaces, de tous ces proxys jusqu’à la tête du serpent : l’Iran.

    Cette confrontation entre le Hezbollah et l’État libanais, s’inscrit dans ce contexte-là, d’une milice en perte de vitesse à l’échelle idéologique. Car, dans la région, la Syrie n’est plus la même, l’Irak non plus et l’Iran, n’a plus vraiment le loisir de défendre ses proxys, parce qu’elle est même menacée dans sa survie. Le Hezbollah tente de survivre en récupérant les vieux éléments de langage en disant à l’État libanais « vous allez capituler, nous sommes les seuls acteurs d’une véritable résistance ». C’était la grande rhétorique de Hassan Nasrallah [ancien chef du Hezbollah tué par l’armée israélienne en septembre 2024, Ndlr.] qui faisait mouche à l’époque. Parce qu’effectivement, l’armée libanaise, après 2000, n’avait jamais vraiment réussi à finaliser la fin de l’occupation. Mais les dernières grandes guerres ont clairement démontré que le Hezbollah ne faisait pas le poids face à Israël. Le changement de vent au sein du Liban où l’antichiisme, l’anti-politique iranienne et bien sûr un lobbying américain plus agressif, fait que maintenant le nouvel ennemi intérieur, c’est le Hezbollah, avec tous les arguments les plus fallacieux qui participent à cette propagande. Le fond n’est pas faux : le rôle du Hezbollah est bien terminé.

    L’État s’était engagé à désarmer le Hezbollah selon l’accord de cessez-le-feu avec Israël de 2024. Le mouvement armé chiite refuse. Faut-il craindre une guerre civile ?

    K.e.M. : La guerre civile, c’est une autre logique. Le Liban est menacé d’implosion. Le Hezbollah a déclaré vouloir renouer avec les attentats suicides. Ce qui prouve son désespoir. Le fait de revenir à ce petit noyau terroriste avec la doctrine de l’attentat suicide, c’est un appel désespéré pour exister. L’implosion, c’est un État qui ne fait plus sens et autour duquel les citoyens ne sont plus ralliés. Le pays de Canaan qu’on appelait Amurru à l’époque des Égyptiens, c’était des cités-états phéniciennes maintenant on a des cités-communautées. Où les chiites sont allés se réfugier, ils sont traités en étranger alors qu’ils sont citoyens libanais. Le Liban, en tant qu’État, n’existe plus. Quand un Alsacien se réfugie à Paris, on ne va pas le traiter d’étranger. Il peut louer, il peut acheter, le droit français se maintient sur tout le territoire. Au Liban, non. Si un chiite un peu fortuné veut acheter pour sa famille qui a tout perdu dans le Sud une maison dans une région druze ou chrétienne, il ne pourra pas. Alors qu’il est Libanais. Et l’État ne peut rien faire pour protéger ce droit. C’est là le début de l’implosion. Au final, quand vous passez d’une région à l’autre, c’est comme si vous passiez d’un pays à l’autre. Ils vont aller où, les 800 000 chiites dépossédés de leurs terres ? C’est ça, la grande question. Le Sud-Liban, c’est fini, ils n’y retourneront plus jamais. Ils vont aller où ? Ils vont rester dans des régions où ils ne seront pas les bienvenus ? Ils vont conquérir par les armes des nouveaux territoires au sein du Liban, alors qu’ils seront citoyens ? Qu’est-ce qu’on propose ? Est-ce qu’on va leur donner de nouveaux quartiers ? Personne ne parle de tout ça.

    Lundi, le chef d’état-major de l’armée israélienne a déclaré que 2026 «pourrait encore être une année de combats» sur tous les fronts. Ce qui implique le Liban ?

    K.e.M. : Je l’appelle la guerre des sept fronts. On est sur une guerre totale contre tous les ennemis d’Israël. Le 7 octobre a ouvert un nouveau chapitre pour le Moyen-Orient et pour Israël, on est dans l’offensive totale au nom de la légitimité de défense. Gaza en a payé le prix, le Liban en paye le prix et l’Iran aussi. Cette attaque, décidée par le Hamas seul, a finalement creusé la tombe de l’Axe de la résistance en un temps record. Et ça a été le plus grand malheur des populations israéliennes, libanaises, palestiniennes, iraniennes aujourd’hui et de l’ensemble du Golfe. On voit comment cet effet papillon terrible du 7 octobre a complètement enflammé toute la région. Après ce drame national israélien est venu le moment génocidaire. Israël profite du fait que le droit international est en perte de vitesse pour remettre en selle une idéologie du XIXe siècle, celle du nationalisme.

    Les autorités israéliennes détiennent actuellement 6%
    du territoire libanais. Le but
    est d’occuper la totalité
     ?

    K.e.M. : Il y a un grand débat en Israël, qui n’est pas encore complètement fixé, avec une ligne dure messianique cananéenne, parce que le Liban, à la base c’est le pays de Canaan. Selon cette ligne, cette terre cananéenne appartient aux Hébreux antiques et les Juifs ont droit eux aussi à un nationalisme. Dès lors va s’opérer un grand détournement du droit à l’autodétermination des peuples tel qu’inscrit dans la Charte des Nations Unies. Au nom de ce principe, on va aller exterminer une autre population qui était là, en utilisant les armes des empires antiques et on va conquérir au gré de notre force, au nom d’un grand dessein qui est le foyer juif. Le problème c’est que ça arrive en 1948, à un moment où l’ONU est passée par là, où la déclaration des droits de l’Homme a été adoptée, et où on n’est plus censé se comporter comme ça. Les Israéliens aujourd’hui continuent la colonisation, prennent Gaza, le Sud-Liban, le Golan et sont en marche vers un Grand Israël, porté par Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich [respectivement ministres de la Sécurité nationale et des Finances, tous deux suprémacistes et d’extrême droite, Ndlr.]. C’est le malheur de cette région : vous avez des nationalismes qui s’entrechoquent. Et qui dit nationalisme, dit dévastation, dit conquête, dit asservissement. Tout nationalisme va conduire à de la dépossession, à de la hiérarchisation des citoyens à ce qu’on appelle aujourd’hui, de manière anachronique, de l’apartheid. Pour qu’Israël se maintienne, il faut que le nationalisme perdure. Il y a une autoroute devant lui pour consolider son pouvoir, sa suprématie et faire la paix par la force.

    Face à cette situation comment le Liban peut-il négocier ?

    K.e.M. : Le Liban paye le prix d’une guerre dont la cause est plus grande que lui. C’est ce que disent beaucoup de Libanais qui sont prêts à complètement faire l’impasse sur la cause palestinienne et sur la sécurité du Liban. C’est ça qui est dramatique. L’État n’a aucune prise sur l’agenda des négociations directes avec Israël. Même ses alliés, comme la France, ne sont pas bienvenus pour lui venir en aide. Israël n’en veut pas. Il dit vouloir faire la paix en imposant ses termes. Ce n’est pas ça la paix, c’est un diktat.

  • Un nouveau procès, en appel, pour François Burgat

    Un nouveau procès, en appel, pour François Burgat

    Relaxé en première instance le 28 mai dernier, François Burgat est de retour devant la justice ce mercredi 29 avril à la cour d’appel d’Aix-en-Provence. L’islamologue de 77 ans, scientifique renommé, retraité du CNRS, chercheur à l’Institut de recherche et d’études sur le monde arabe et musulman, était poursuivi par la Licra, l’Organisation juive européenne et Avocats sans frontières, pour apologie du terrorisme suite à des tweets de janvier 2024.

    Fort de 39 000 abonnés à ce jour, ce dernier reprenait un communiqué du Hamas qui critiquait un article du New York Times sur l’attaque terroriste en Israël le 7 octobre 2023. Le Hamas estimant qu’il s’agissait là d’une « tentative sioniste de dédiaboliser la résistance (…) » et qualifiant ses membres de « combattants de liberté ». Un tweet intolérable pour sa collègue du CNRS, Florence Bergeaud-Blacker, qui a elle-même fait l’objet de plusieurs plaintes, autrice d’un ouvrage controversé, Le Frérisme et ses réseaux, l’enquête, qui qualifie alors François Burgat d’antisémitisme négationniste. « J’ai infiniment, je dis bien infiniment plus de respect pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël », lui répond-il. Puis, à la suite du verdict rendu dans le procès de Samuel Paty, il publie de nouveau sur X, « le verdict Paty (prononcé en présence d’Alain Finkielkraut) explicite un triste jalon de l’histoire contemporaine de France : sa sortie de l’État de droit. Nous sommes des terroristes », écrit-il.

    De la liberté d’expression

    Si le tribunal a jugé que « l’appréciation » portée sur le Hamas ne se rapportait « pas à ses actions violentes mais à sa légitimité électorale », que sur le verdict Paty, il se bornait « à exprimer de manière radicale certes, une opinion relative à une décision de justice (…) », le parquet a fait appel. La Licra, par la voix de son avocat, Serge Tavitian, ne compte pas laisser passer. Il s’agit pour lui de réaffirmer les fondamentaux de la liberté d’expression. Où s’oppose la conception « libertaires à tout prix que certains voudraient imposer » à celle inscrite « dans la déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen, une liberté qui peut dégénérer en abus ». Il insiste aussi sur le contexte avec « des propos tenus le jour même d’une décision de justice » sur une affaire Paty « qui a traumatisé le pays, le corps professoral… », et souligne la portée phénoménale des réseaux sociaux.

    De son côté, François Burgat se dit par la voix de son avocat, Rafik Chekkat, « peu surpris » du recours en appel, « on l’avait prévenu ». Il pointe une forme de « basculement », dans une France « imprégnée » par le conflit israélo-palestinien. L’idée n’est pas « de nier les crimes commis le 7 octobre », mais « simplement de dézoomer et de replacer les événements dans leur contexte », assure maître Chekkat. « Il y a dix ans, François Burgat était auditionné par le Sénat en tant qu’expert sur les questions de terrorisme. » Et « dix ans après, on n’est plus dans une volonté de comprendre », considère-t-il. Un rassemblement de soutien est par ailleurs organisé sur site.

  • [Entretien] Ofer Cassif : « Cette guerre n’est pas dans l’intérêt des peuples »

    [Entretien] Ofer Cassif : « Cette guerre n’est pas dans l’intérêt des peuples »

    La Marseillaise : Comment vivez-vous cette nouvelle guerre ?

    Ofer Cassif : Je viens tout juste de rentrer de l’abri et je vais peut-être devoir y retourner… Qui sait ? Sur un plan personnel, je suis coincé entre les missiles iraniens et la persécution de l’establishment israélien. Parce qu’évidemment, je me suis opposé à cette attaque sur l’Iran, ce qui nous a valu à mes camarades et moi d’être accusés par le gouvernement israélien et une partie de l’opposition de soutenir le régime iranien, auquel nous nous sommes toujours opposés. C’est un régime assassin. Les Américains et les Israéliens ont attaqué l’Iran pour leurs propres intérêts politiques et économiques, rien d’autre. Nous sommes contre cette intervention impérialiste.

    Pourquoi déclencher cette guerre maintenant ?

    O.C. : Les intentions de Trump et Netanyahu n’ont jamais été de parvenir à un quelconque accord. Il y a quelques jours, dans un message vidéo, Trump a exposé les deux objectifs de cette attaque massive : la destruction des capacités nucléaires et balistiques de l’Iran et le changement de régime. Le premier objectif, n’est que mensonges. Car en juin 2025, à la fin de la première offensive sur l’Iran, Netanyahu a dit « nous avons éliminé le projet nucléaire iranien ». Soit il a menti à l’époque, soit il ment maintenant. Je crois que les deux sont vrais. Chaque personne rationnelle sait qu’il n’y a pas de moyen militaire d’arrêter le projet nucléaire iranien mais des moyens diplomatiques et politiques. N’oublions pas que ceux qui se sont retirés de l’accord sur le nucléaire iranien, c’était les États-Unis sous le premier mandat de Trump, à la demande de Netanyahu ! C’est ce qui nous a menés à la situation actuelle. Cette guerre n’est pas dans l’intérêt des peuples de la région.

    Selon les derniers sondages, l’opinion publique israélienne et l’opposition autoproclamée à Netanyahu soutiennent ces frappes.

    O.C. : Notre position est actuellement minoritaire dans le pays, même si de plus en plus de gens ouvrent les yeux et se rendent compte que le gouvernement ne se soucie pas du bien-être des Israéliens, ni des autres peuples. Nous nous sommes opposés avec dégoût au terrible massacre commis par le Hamas le 7 octobre. Mais nous avons aussi dit que l’unique façon de prévenir de tels carnages des deux côtés est d’arrêter l’occupation et de parvenir à un accord de paix avec les Palestiniens. C’est au cœur de tout ce qui se passe dans le Moyen-Orient, y compris vis-à-vis de l’Iran. Encore une fois, nous nous opposons à ce régime répressif, dirigé par des assassins. J’aimerais qu’il disparaisse, mais cela ne peut pas se faire par des moyens militaires, c’est aux Iraniens de s’en débarrasser.

    Benjamin Netanyahu poursuit ces campagnes militaires dans le but d’éviter des élections ?

    O.C. : Non, je pense que c’est le contraire : il veut continuer cette guerre afin de gagner l’élection, c’est la seule chose qui le préoccupe. Il se demande comment l’emporter et se fout de savoir que des gens mourront. Netanyahu et ses acolytes, son gang fasciste, savent qu’ils sont minoritaires : si le scrutin avait lieu aujourd’hui, ils seraient battus. Pour eux, l’attaque sur l’Iran est une réussite jusqu’à présent. C’est pourquoi ils veulent convoquer l’élection au plus tôt – probablement en juin – et profiter de ce « succès » pour mener campagne.

    Il craint aussi le procès qui l’attend ?

    O.C. : Netanyahu est accusé de corruption, de fraude et d’abus de confiance. Sous son maquillage et sa voix de baryton, nous avons affaire à un lâche. Il sait qu’une fois qu’il perdra sa position en tant que Premier ministre, il se retrouvera derrière des barreaux. Il en est terrifié. Ajoutons à cela qu’il est entouré de fanatiques messianiques, au sein du Likoud et d’autres partis qui constituent la coalition gouvernementale. Il y a une convergence entre les intérêts personnels de Netanyahu pour éviter la prison et les rêves des messianiques qui l’entourent. Ces derniers croient que le messie est juste au coin de la rue et qu’Israël doit s’emparer de Gaza, voire même du Liban et de la Syrie. Pour eux, il s’agit d’une guerre divine. Mais Netanyahu n’est pas un fanatique messianique, c’est un psychopathe mégalomane qui ne se soucie que de lui-même.

    Prévoit-il une guerre à long terme ?

    O.C. : Il veut une guerre sans fin. C’est la seule chose qui le maintient au pouvoir. Il n’a rien d’autre à « vendre » à la population, si ce n’est la peur et la haine.

    Pendant ce temps, les frappes se poursuivent sur Gaza et l’annexion de la Cisjordanie s’accélère…

    O.C. : Toutes ces choses sont connectées : l’attaque sur l’Iran, le nettoyage ethnique en Cisjordanie, le génocide à Gaza et le fascisme à l’intérieur de l’Israël avec la persécution des citoyens palestiniens, des juifs de gauche et démocrates. Cela fait partie du « plan décisif » présenté par Bezalel Smotrich en 2017. Derrière l’écran de fumée de l’attaque en Iran, le nettoyage ethnique en Cisjordanie s’accélère au quotidien. Les milices judéos-nazis des colons, sous l’égide des forces d’occupation, avec le soutien et le financement du gouvernement attaquent les Palestiniens, les activistes israéliens et internationaux. Ceux qui veulent soutenir Israël doivent comprendre que l’ennemi des Israéliens est le gouvernement israélien. Avec Trump, ils constituent le principal danger pour les Israéliens, pour la région et même pour le monde !

    Rassemblement pour la Paix à Martigues

    La Ville de Martigues lance un appel à un rassemblement ce mercredi à 18h, sur le parvis de l’hôtel de ville « pour exprimer notre exigence de Paix, afin de porter ensemble un message clair : non à l’escalade militaire, oui à la Paix, à la justice et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », précise la ville. « La guerre et les bombardements ne peuvent être une solution. Et « d’exprimer sa solidarité avec le peuple iranien ».