La Marseillaise : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?
Patrick Le Hyaric : J’ai été sollicité pour de nombreuses conférences à la suite d’un précédent livre. Donc, j’ai fait beaucoup de rencontres, de conférences un peu partout. Au fur et à mesure du déroulement des événements et notamment de la deuxième élection de Trump, j’ai senti un questionnement nouveau lié à cette situation. Cette élection est le signe d’un mouvement général où de plus en plus d’autocrates prennent le pouvoir, où on nie la science et l’enseignement. Derrière tout cela, il y a la montée des forces de l’extrême droite partout dans le monde. C’est un basculement extrêmement important du monde qui est en train de se dérouler sous nos yeux est le résultat des contradictions d’un capitalisme mondialisé à bout de souffle et qui cherche des solutions à ses contradictions et à ses crises. C’est tout ça qui m’a conduit à faire ce livre.
Dans votre livre, vous parlez d’une internationale brune. Qu’est-ce que cela ?
P.L.H. : C’est tous ces gens qu’on voit aujourd’hui : Bolsonaro, qui heureusement a été battu au Brésil, le président actuel du Salvador, Trump. Et tous ceux autour de lui : Peter Thiel, Steve Bannon, Elon Musk et les seigneurs de la tech qui ont rallié pour des intérêts bien particuliers : celui de la révolution numérique. Et en Europe, il y a Viktor Orban, Giorgia Meloni et tous les partis d’extrême droite qui monte comme l’AfD en Allemagne ou Nigel Farage au Royaume-Uni. C’est cela l’internationale brune : les forces du nouveau capitalisme, qui choisissent de nouveaux mandataires, voire qui vont directement au pouvoir. Par exemple, autour de Donald Trump, ce ne sont pas des ministres, ce sont des secrétaires d’État, mais ce sont des ministres qui sont issus du monde capitaliste lui-même.
Le terme « internationale » fait penser à des échanges entre eux. S’organisent-ils ?
P.L.H. : Oui, elle est organisée. Elle se réunit. Il n’y a pas si longtemps que ça, au mois de juin, dans le Loiret, autour de Bardella et de Le Pen [où l’extrême droite Européenne s’est réunie]. Il y a eu deux grandes réunions à Madrid et en Italie avec Bannon et d’autres. Elle aura évidemment des contradictions liées à la défense des capitalismes nationaux. Comme ils sont nationalistes, ce qui les rend encore plus dangereux, ils se développent chacun dans leur coin ce qui provoquera inévitablement des contradictions.
Vous affirmez que l’élection de Donald Trump est le résultat de la dérégulation des années 80. En quoi ?
P.L.H. : La liberté totale de circulation des capitaux et des marchandises a abouti au fait que les capitaux se délocalisent pour aller exploiter des mains d’œuvre à moindre coût. Dans ce système globalisé et libéralisé, une part de l’appareil productif occidental est partie vers les pays du Sud-Est asiatique ou au sein de l’Europe. Cela a fait beaucoup de mal à l’ancienne industrie et aux classes ouvrières. La stratégie de Trump, a été de parler à ces couches-là contre la mondialisation capitaliste. Il a donc mis en place des taxes douanières en disant à ces ouvriers « on va vous protéger ». Mais, le capitalisme nationaliste n’a pas aboli le capitalisme. Et ceux qui vont payer ce sont évidemment les pays affectés par les taxes et les consommateurs.
Quelles solutions ?
P.L.H. : Je crois beaucoup à quelque chose qui apparaît utopique aujourd’hui : l’alliance des peuples, pour transformer le monde pour qu’il soit plus juste et humain.









