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  • Emmanuel Macron devrait actualiser la loi de programmation militaire

    Emmanuel Macron devrait actualiser la loi de programmation militaire

    Emmanuel Macron revient à la base aérienne 125 d’Istres, jeudi, pour présenter ses vœux aux armées. Presque neuf ans après sa première élection, le président de la République se livrera à un exercice cérémoniel classique : revue des troupes, salutations aux portes-drapeaux, puis discours en fin de matinée.

    Mais, en même temps, le protocole laissera place à une séquence moins banale. L’après-midi, Emmanuel Macron prendra place à bord d’un Airbus multi rôle transport tanker (MRTT), piloté par Thomas Pesquet, colonel de réserve de l’armée de l’air, pour une manœuvre de ravitaillement en vol d’un avion Rafale. Une démonstration du module d’évacuation sanitaire Morphée, dédié aux blessés graves, est également prévue.

    Le choix de la base d’Istres pour cette cérémonie repose sur son contexte exceptionnel. 5 000 personnes y travaillent, dont pour moitié de militaires. La piste est la plus longue d’Europe avec 5 km de long. La présence de 15 Airbus MRTT en fait un « hub stratégique de projection de puissance », dans le monde, selon l’Élysée.

    Un discours attendu sur plusieurs sujets

    Le discours présidentiel est attendu. Notamment au regard de l’actualisation de la prochaine loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030n prévue au 1er trimestre. « C’est un moment qui sera très probablement axé sur ce sujet », avance l’Élysée. 64 milliards d’euros étaient prévus pour le budget pour la Défense en 2030 et Emmanuel Macron a annoncé, l’été dernier, vouloir avancer cet objectif à 2027. C’est le double du budget alloué en 2017 lors de sa première visite.

    Un discours également attendu au regard de la situation géopolitique internationale et du rôle de la France dans les conflits en cours. « Le président fera évidemment un discours en lien avec l’actualité internationale et géostratégique », précise l’Élysée. Particulièrement en ce qui concerne les « garanties de sécurité en Ukraine s’il y a un traité de paix entre belligérants », mentionne l’Élysée.

    Enfin, les trois premières promotions du service national, fortes de 3 000 jeunes, débuteront en septembre prochain. Un service uniquement « sur le territoire national, déconnecté » des enjeux internationaux, assure l’Élysée.

  • [Grand entretien] Benoît Payan : « La bataille de Marseille pour 2026 sera contre le RN »

    [Grand entretien] Benoît Payan : « La bataille de Marseille pour 2026 sera contre le RN »

    La Marseillaise : Quelle est votre réaction à notre sondage qui vous place à égalité avec le RN au niveau des intentions de vote ?

    Benoît Payan : Quand il y a quelques mois, vous me posiez la question du RN, je vous disais que je le sentais très haut. Le sondage que vous avez publié acte un socle très haut du RN, ce qui fait que l’on va être dans le plus grand combat de l’histoire municipale. La bataille de Marseille pour 2026 va être une bataille contre le RN. Le rassemblement de toute la gauche, des écologistes, des humanistes, des citoyens d’un côté et le RN de l’autre. On est en train de vivre une période anxiogène, où les conflits, les guerres, où l’illibéralisme est en train de dominer dans de trop nombreux pays. Dans une ville comme Marseille, qui par essence, n’est pas une ville comme les autres mais une cité-État qui s’est stratifiée année après année par l’apport de gens venus d’ailleurs et qui ont systématiquement vécu le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme, certains veulent encore et toujours trouver des boucs émissaires. On est dans une situation tellement inédite que Marseille doit montrer une forme de résistance à l’inclinaison que le pays est en train de prendre. Nous le Printemps marseillais, on a fait un travail considérable, on nous prédisait l’explosion en 6 mois et nous disposons aujourd’hui d’un socle avant d’entrer en campagne.

    Quels sont vos premiers retours des déploiements militants qui ont eu lieu à l’occasion de votre déclaration de candidature ?

    B.P. : Je vois beaucoup d’enthousiasme dans les rues, chez les gens et chez les militants. Il y a des gens qui viennent de beaucoup de partis, qui ont voté pour pleins de candidats différents dans d’autres élections, des gens qui n’ont jamais été encartés et des gens qui viennent spontanément pousser la porte du local pour demander comment aider : collage, réunion d’appartement, idée sur le programme… C’est quelque chose que l’on avait pas connu en 2020. Il a de l’espoir et de l’enthousiasme qui accompagne se lancement de candidature. L’exercice du pouvoir m’a appris l’humilité mais je sais que c’est un moment crucial parce qu’il dit quelque chose de nous. On est sortants, on a un bilan qui parle pour nous. Je suis fier que 10 000 petits Marseillais mangent gratuitement à la cantine, c’est parfois le seul repas chaud de la journée. Nous ferons passer ce chiffre à 15 000. Le kit de rentrée scolaire va passer à 150 euros. Je suis fier de dire qu’il y aura un commissariat de police municipale dans chaque arrondissement. Notre police municipale ressemble à la ville, elle est de proximité, regardez ce qui se passe à Noailles : elle a créé un contact humain, elle rassure, elle accompagne les gens aide les personnes âgées… On va la doubler. Nous avons fait du CCAS un lieu où on ne fait pas que des lotos. C’est bien mais aujourd’hui on porte pour plusieurs centaines de personnes âgées un repas chaud chaque jour. Là aussi on va faire plus. Dans cette campagne, on va développer une vision du quotidien et poser la question : comment sera Marseille dans 50 ans. Un maire a deux responsabilité : s’occuper de ses concitoyens au jour le jour et dire où il veut emmener la ville.

    Le deuxième volet de notre enquête d’opinion vous place en tête dans la réponse à la question « qui ferait un bon maire ? », Martine Vassal est deuxième et Franck Allisio, loin derrière.

    Comment analysez-vous ces chiffres ?

    B.P. : Un sondage reste un sondage même si je préfère être qu’en quatrième ou troisième. Je l’analyse avec beaucoup d’humilité comme un travail qu’on a fait correctement avec sérieux et enthousiasme au services des Marseillais. On a permis à des gens de vivre mieux de retrouver de la dignité même si je n’ai pas les pouvoirs que l’État peut avoir. Dans une ville aussi difficile que Marseille, avoir plus d’appréciations positives que négatives avant même qu’on entre en campagne, c’est encourageant. D’autant que nous avons été la cible de tirs croisés, et de nombreux mensonges. Je crains une campagne de caniveau. Je ne m’y abaisserai pas. Les Marseillais sont intelligents, quand on leur dit que les écoles, les policiers, les politiques sociales n’existent pas, ils restent insensibles à ce genre de mensonges.

    Ces chiffres mettent-ils un terme, pour vous, au procès en illégitimité dont vous êtes l’objet ?

    B.P. : Ça fait huit sondages que je suis devant eux. Pour quelqu’un d’illégitime ils devraient s’inquiéter pour leur propre légitimité. J’ajoute qu’en 2020, à la différence de M. Allisio ou de Mme Vassal, moi j’ai gagné les élections.

    Alors que 30% des personnes interrogées ont l’intention de voter Franck Allisio, il est 18 points plus bas que vous quand il s’agit de dire « qui ferait un bon maire ». Diriez-vous que c’est un vote dicté par des considérations nationales qui se porte sur lui ?

    B.P. : On est tôt dans la campagne et en effet les gens répondent aussi en fonction de l’actualité nationale. Plus on va approcher du scrutin, plus les gens répondront à la question « qui voulez-vous voir comme maire et comme équipe municipale ». Il y a aussi le fait que le candidat a décidé de quitter Marseille pour aller se faire élire ailleurs. Cela ne résume pas Franck Allisio mais cela dit des choses de lui.

    Quelle stratégie pour contrer la poussée du RN ?

    B.P. : D’abord, j’ai été et je serai le maire de toutes les Marseillaises et de tous les Marseillais. Je me mets à la place de quelqu’un qui regarde toute la journée des chaînes d’information en continu, qui prend peur, qui cherche un bouc émissaire, qui tombe dans la facilité du « le Rassemblement national, on n’a jamais essayé ». C’est vrai qu’on a jamais essayé de se jeter dans le feu mais je suis persuadé que si on le fait, on brûle. Je ne dirais jamais que les électeurs du RN sont des pestiférés. Il est bien de rappeler l’histoire, de se souvenir de qui a fondé ce parti, de son ADN. C’est l’anti-France de la Résistance. Je suis triste quand je vois que certains, se réclamant du gaullisme courent derrière ceux qui étaient de l’autre côté. Moi je crois qu’il faut parler à ces électeurs, les rassurer, on peut vivre bien dans cette ville qui nous appartient à tous, où nous avons chacun notre place. Si je suis né à Marseille, c’est le fruit de l’immigration parce que j’ai des arrière-grands parents qui ont fuit la misère, d’autres le fascisme, d’autres la guerre. Marseille a été pour nous tous un sanctuaire. J’ai envie de leur dire « n’ayez pas peur, bien sûr que tout ne va pas bien mais regardez votre ville comme elle s’est redressée, comme elle fait envie dans toute la France ». Bien sûr, jouer sur les peurs est facile or moi, j’ai envie de parler à l’intelligence des Marseillais.

    Peut-on répondre au problème du narcotrafic comme maire ?

    B.P. : Si demain un attentat se produisait à Marseille, j’ai des adversaires politiques qui me l’imputeraient. J’espère du plus profond de mon âme que ça n’arrivera jamais mais des villes ont connu ces tragédies. Je pense à Paris et à Nice, c’était une maire de gauche et un maire de droite. Leurs opposants ont eu la décence de ne pas confondre ce qui relève de l’État et de la municipalité. Néanmoins face au narcotrafic, il y a des réponses multiples à apporter. Nous avons un des meilleur procureur en France, une police judiciaire qui fait un travail exceptionnel, mais il faut plus de moyens. Il ne faut pas seulement couper les tentacules de la pieuvre mais sa tête. Aujourd’hui, les chefs ne sont plus à Marseille mais dans des pays où il n’y a pas d’extradition, ils continuent à commanditer des assassinats. D’autres l’on fait depuis les prisons françaises. Certain expliquent que c’est de la faute du maire de Marseille si une prison dans le Cher, le Loiret ou le Nord a laissé passer ses appels. Si mes adversaire en sont là, je préfère les laisser où ils sont. Ensuite, il y a eu une longue période qui a probablement commencé avant Jean-Claude Gaudin et qui s’est accéléré avec son équipe qui est encore là pour réclamer le pouvoir, durant laquelle on a fracturé la ville. Pas de transports, des écoles dans un état chaotique, pas d’accompagnement social… On connaît le résultat. Il faut marcher sur nos deux jambes. Il faut des services publics et du lien. Regardons le nombre d’associations abandonnées par le Département, la Métropole ou la Région. Pour faire quoi ? Un huitième rond-point dans un ville de 10 000 habitants ? L’humain il est où dans tout ça ? Quand j’ai vu les milliers d’enfants qu’on a envoyé en colo, ça m’a donné le sourire, ça doit être ça faire de la politique.

    Vous avez dit que votre objectif était « d’emporter la Métropole ». Êtes-vous candidats à sa présidence ?

    B.P. : Non, il ne faut pas être boulimique de pouvoir. Il faut beaucoup d’humilité. Quand on est maire de Marseille, il faut se consacrer à sa ville. Il y aurait là une forme d’absurdité et de trahison des Marseillais. Non, je ne peux pas m’occuper de Puyloubier, de Gemenos, de Saint-Mitre-les-Remparts, d’Aix-en-Provence. Ça n’est physiquement et intellectuellement ni possible ni souhaitable. Mais je ferais des propositions relevant des compétences métropolitaines. Par exemple, sur la propreté, je présenterai 10 points pour que les choses changent en un an. Pourquoi ? Parce que personne ne gagnera plus la Métropole sans Marseille. Celle ou celui qui sera à la présidence ne le sera que parce qu’on se sera entendu ensemble. La Métropole doit redevenir ce qu’elle n’aura jamais dû cessé d’être, c’est-à-dire une boîte à outils de services publics. Elle a été accaparée par un camp et par un clan qui avaient perdu les élections et pour déployer un programme que les Marseillais avaient désavoué.

    Cette présidence sera-t-elle issue de Marseille dans votre esprit ?

    B.P. : Il faudra regarder, personne ne peut prédire les résultats dans 92 communes. Mécaniquement, avec la réforme PLM, plus personne ne fera sans Marseille. Il n’y aura pas de président qui voudra faire un tramway sur la corniche ou pour aller au Frioul ou je ne sais quelle absurdité ressemblant plus à un poisson d’avril qu’à un travail sérieux.

    Allez-vous renouveler votre équipe ?

    B.P. : Oui, il y aura un vrai renouvellement. Il y a des gens qui veulent s’arrêter, d’autres veulent continuer, ils ont bien travaillé. Quand je regarde les collectivités autour de moi, elles sont dans le rouge. Nous avons redressé les comptes. Fitch ou Standard & Poor’s qui ne sont pas des succursales du Parti communiste français ont amélioré nos notes. Ça me permet d’emprunter moins cher, c’est plus d’argent pour le service public.

    Après la publication de notre sondage, Sébastien Delogu a appelé à faire front commun au second tour face à l’extrême droite. C’est trop tard ?

    B.P. : Dans la situation que nous vivons, son aventure personnelle, solitaire, pour ramener je ne sais quelle place au conseil municipal pour faire plaisir à Jean-Luc Mélenchon, n’a aucun sens. S’en prendre toute la journée à moi, me comparer à la droite, avoir dit que j’étais corrompu – même si dans sa bouche ces mots ne m’inquiètent pas – pour dire ensuite « je veux venir avec vous au second tour », il y a quelque chose qui ne colle pas dans cette affaire-là. Il a vite oublié qu’il avait été élu grâce au Nouveau front populaire. Je l’ai déjà dit, c’est au premier tour que tout ce joue. Quand on est candidat à devenir le maire de Marseille, on prend ses responsabilités. Il les a prises au premier tour, il devra les prendre au deuxième.

    Marine Le Pen est à Marseille vendredi pour soutenir son candidat, seulement trois jours après l’ouverture de son procès en appel. Ça vous étonne que les affaires n’aient plus d’incidence sur les intentions de vote ?

    B.P. : On vit dans un pays où l’état de droit est remis en cause par ceux qui sont censés le défendre. Quand un ministre de l’Intérieur dit qu’on peut remettre en cause l’état de droit. Ils n’est pas étonnant que les gens se disent qu’on peut ne pas tenir compte de la Justice. Quand des élus sont capables, toute honte bue, de frapper, d’insulter, de voler, que leurs actes, leur vocabulaire n’est pas en adéquation avec leurs fonctions qui exige de l’honneur, de la dignité et de l’humilité, quel exemple est envoyé ? Ça ne m’empêchera pas de faire signer à mes candidats une charte de probité.

    Vous dites ne pas croire à une dissolution, pourquoi ?

    B.P. : Non, les motions de censure RN ou LFI contre le Mercosur, contre un gouvernement qui a voté contre le Mercosur, relève de la schizophrénie donc elles ne seront pas votées. C’est une farce. Il n’y aura pas dissolution.

    Même sans budget ?

    B.P. : C’est une autre question. Même s’il y a eu des avancées, le budget présenté ne me convient pas. La justice sociale passe par la justice fiscale. Quand quelqu’un gagne plusieurs millions d’euros par an, comment s’offusquer de le mettre à contribution.

    Quand on est maire c’est difficile de bâtir un budget sans connaître les moyens alloués par l’État, quand on est candidat est-ce possible de bâtir un programme ?

    B.P. : Je trouve particulièrement injuste de faire des économies sur le dos des collectivités parce que c’est nous qui investissons et créons de l’emploi. Les logiques d’austérité doivent être remises en cause. Un étudiant en première année d’économie pourrait le constater.

    Le monde est secoué par les conflits. Depuis l’agression du Venezuela décidée par Donald Trump, y a-t-il encore un droit international ?

    B.P. : D’abord, je suis fondamentalement attaché au droit international, à ce qui a constitué, après la Seconde Guerre Mondiale, un socle qui nous a amené à une paix durable entre des puissances qui n’avaient rien à voir. Même au moment de la guerre froide, les institutions internationales permettaient une forme de régulation où l’intelligence, l’à-propos, le respect de la vie humaine prévalait. Depuis la guerre en Ukraine et le 7 octobre, nous vivons une accélération de l’histoire comme notre génération n’en a jamais connu. Nous avons des démocraties qui fonctionnaient qui deviennent illibérales, où des présidents, notamment le président américain, ne respectent plus rien sinon la force. Donald Trump s’est permis des interventions en dehors de tout cadre légal, il s’érige en président par intérim du Venezuela, il menace un pays de l’Otan, dans un silence que je trouve particulièrement assourdissant. Nous la France, qui avons un siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU, nous devrions jouer notre rôle. Nous ne sommes pas un grand pays en matière de démographie mais un grand pays sur le plan de diplomatie, des idées et de la morale. Nous sommes le pays des Lumières, des Droits, de la Révolution sociale et de la diplomatie et nous voilà aphones. Souvenons-nous de Jacques Chirac à Jérusalem, de François Mitterrand à Sarajevo, de Dominique de Villepin à l’ONU, du général de Gaulle… La voix de la France comptait. Les peuples aspirent à la liberté, regardons ce qu’il se passe en République islamique d’Iran. Depuis 1979, les Mollah pillent le peuple, asservissent les femmes. Ils sont en train de tuer des jeunes par centaines, peut-être par milliers. Que dit-on ? Rien. On fait des mauvais communiqués. Le président américain dit qu’il veut prendre le Groenland par la force ou par l’argent. Que dit-on ? Rien. Vladimir Poutine qui est nostalgique de l’empire tsariste veut négocier des morceaux de l’Ukraine, ce sera quoi après ? La Pologne ? Qu’est-ce qu’on dira ?

    Qu’attendez-vous d’Emmanuel Macron qui vient présenter ses vœux aux armées à Istres ce jeudi ?

    B.P. : Je suis pro-européen. Je trouve que l’Europe est en train de se déconstruire. Et j’ai toujours été, c’est ma spécificité, défavorable à notre appartenance à l’Otan. La France, c’est la France. Elle a un siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU. Elle a la dissuasion nucléaire, elle est pacifiste. En se mettant sous parapluie américain, nous nous sommes liés à un régime qui aujourd’hui nous met dans une position de ne pas pouvoir imposer la paix. Quand on est pacifiste et européen, on n’a rien à faire dans l’Otan. Je pense que Nicolas Sarkozy et tous les présidents derrière lui ont commis une faute majeure en nous faisant entrer dans le commandement intégré de l’Otan.

    Dans ce contexte quel rôle peut jouer Marseille à l’international ?

    B.P. : Que font les villes à leur niveau ? Elle continuent à discuter entre elle. Je continue à parler avec San Diego, notre ville jumelle, parce que beaucoup d’américains sont comme nous, inquiets de la dérive illibérale de leur président mais je ne veux pas les abandonner. Les israéliens, à Haïfa, sont pour beaucoup inquiets de la dérive de Netanyahu, mais je ne veux pas les abandonner non plus. C’est la même chose, partout. Je suis fier du jumelage avec Odessa, nous avons ce que nous avons pu, les Ukrainiens avaient besoin d’ambulances, de médicaments… Pareil pour les petits de Gaza.

  • [Entretien] Serge Zaka : « J’aimerais que la société civile considère mieux les agriculteurs »

    [Entretien] Serge Zaka : « J’aimerais que la société civile considère mieux les agriculteurs »

    La Marseillaise : Pour 2026, on peut souhaiter que le climat revienne sur le devant de la scène ?

    Serge Zaka : Oui c’est ça, en 2025, on a observé de très grosses régressions en termes de réflexions climatiques et environnementales. Et une politique mondiale – qui n’est pas que française – qui va vers d’autres préoccupations que celles du changement climatique et environnemental. On est vraiment dans une politique de confrontation entre les hommes alors qu’on devrait être dans une politique d’alliance entre humains pour pouvoir répondre à des problèmes climatiques mondiaux.

    Les aspects scientifiques du changement climatique sont niés. On se retrouve face à un discours climato-sceptique qui devient très présent en Amérique, et qui fait que le message de lutte contre le changement climatique est volontairement brouillé par un discours politique. Parce que les enjeux économiques qui en découlent sont trop importants pour certains pays. Donc, on a une dégradation globale – que ce soit politique ou scientifique – de la qualité des informations qu’on a sur le climat. Cela se voit dans les entreprises et les politiques, mais il ne faut pas que ça impacte le citoyen, qui lui, continue dans cette réflexion sur le climat. Ce qui serait inquiétant en 2026, c’est de voir les citoyens embarqués dans cette politique nauséabonde au niveau climatique.

    Comment expliquer cette dichotomie entre société civile et politiques ?

    S.Z. : Si l’on prend les États-Unis en exemple, Donald Trump a pris sa population en otage. Il impose sa vision qui n’est pas scientifique. C’est un discours basé sur l’émotion et l’opinion personnelle, et il fait comme si la population avait la même réflexion que lui. On a une politisation des discours scientifiques. C’est de là que vient cette différence avec la société civile. La société civile, elle, continue à suivre les chercheurs et à les relayer. L’opinion personnelle des politiques ne correspond pas à au consensus scientifique.

    Beaucoup opposent du coup l’agriculture et le climat. Or, il est quand même possible de lier les deux. Est-il encore nécessaire de le souhaiter pour 2026 ?

    S.Z. : Oui. Et dans l’autre sens, j’aimerais que la société civile aussi considère mieux ces agriculteurs. Parce qu’il faut savoir que déjà, l’agriculteur, on le voit comme une personne qui est là pour produire à manger. D’ailleurs, les populations sont de plus en plus urbaines, et elles sont complètement déconnectées de la réalité agricole. Ma génération est la première à ne pas avoir d’aïeul dans l’agriculture. Ça se voit à ce qu’on mange, de plus en plus de plats ultra transformés, certains ne savent même plus cuisiner. La place de la cuisine dans les appartements devient de plus en plus restreinte et ça ne devient plus un élément convivial de partage. Et au final, même si en France, on s’en sort mieux que certains pays – parce qu’on a quand même notre notion de terroir, de fromage, de vin, qu’on ne retrouve pas dans les autres pays du monde – notre pays reste quand même déconnecté du monde agricole. Ce que j’aimerais, en 2026, c’est d’arriver à faire comprendre que l’agriculteur n’est pas là juste pour nous faire à manger.

    Pour s’adapter au changement climatique, on a besoin des agriculteurs. Ce sont eux qui permettent de gérer aux mieux nos campagnes. L’agriculteur a un rôle dans la gestion des sols et des arbres – deux de nos alliés pour faire face au changement climatique – mais aussi dans la gestion de l’écoulement de l’eau, etc. J’aimerais bien qu’on comprenne qu’il est aussi là pour entretenir les paysages. Et en parallèle, en politique, j’aimerais bien qu’on comprenne que l’aide à la production agricole n’a plus à être pointée vers le tonnage de production, mais soit aussi orientée aussi vers la gestion des microclimats de la campagne et des écosystèmes, pour que ces discours aient un impact positif auprès des agriculteurs.

    Et j’aimerais bien en 2026 qu’on arrête d’opposer le consommateur et l’agriculteur. On a une espèce de vision médiatique qui oppose les gens, alors qu’en réalité, il faudrait réussir à travailler ensemble pour pouvoir avancer. Le fait d’opposer les gens, ça met des barrières aux constructions importantes pour faire face au changement climatique. Donc encore une fois, il faut s’unir pour faire face aux problèmes.

    Vous qui êtes chasseur d’orage, espérez-vous en voir des jolis dans l’Hérault pour les photographier ?

    S.Z. : Bien sûr. Comme tous les ans, j’espère que la saison orageuse sera esthétique, c’est-à-dire qu’elle permette de faire de belles photos, et généralement, esthétiques et violents ne vont pas ensemble. Parce que plus c’est violent, plus il y a de pluie, et moins il y a de situations intéressantes à prendre en photo. Généralement, les orages les plus secs et les moins violents sont les plus esthétiques. Et donc souhaiter avoir des orages esthétiques, ça ne veut pas forcément dire souhaiter voir les écosystèmes détruits par la grêle, je tiens à le préciser. Donc si on pouvait avoir des orages esthétiques sans qu’ils soient violents, ça peut être intéressant parce que j’ai encore pas mal de monuments et de paysages à mettre en valeur, un peu comme le Pic Saint-Loup. Dans mes photos, je veux mettre en avant nos terroirs dans des situations orageuses qu’on n’a pas l’habitude de voir sur les cartes postales.

    Une version enrichie de cet entretien
    est à retrouver sur le site internet
    de La Marseillaise.

  • Le CIC Tour de La Provence voit grand en 2026

    Le CIC Tour de La Provence voit grand en 2026

    Le journal La Provence accueillait, ce mardi midi, la presse pour présenter le CIC Tour de la Provence 2026. Cette édition, prévue entre les 13 et 15 février, sera la 10e du nom. Jean-Louis Pelé, directeur général du groupe, et Patrick Jammes, président du comité d’organisation, ont annoncé les détails de l’épreuve. Les deux hommes étaient accompagnés de Thomas Voeckler, 4e du Tour de France 2011, sélectionneur de l’équipe de France et désormais porte-parole de la course.

    Le premier cité a tout d’abord mis en perspective la valeur de cette épreuve : « C’est un événement important pour notre journal et cela nous permet de mettre en avant nos valeurs et être proche des gens, parce que c’est ce qu’est le cyclisme. » Jean-Louis Pelé s’est aussi félicité d’avoir obtenu la diffusion en direct, et donc en clair, de ce Tour de La Provence. La chaîne L’Équipe diffusera les trois journées sur le canal 21 de la TNT. Patrick Jammes appréciait, lui, la position de l’événement au sein du calendrier, favorisant la venue de grosses équipes. « Je suis heureux de voir que la course a repris toute sa place dans le calendrier du début de saison. Avec le Grand Prix de Marseille – La Marseillaise et l’Étoile de Bessèges, on se serre les coudes face notamment au Tour d’Oman », a-t-il confié.

    Beaucoup de pente

    pour le peloton

    Pour cette 10e édition, dix communes ont candidaté pour accueillir le départ ou l’arrivée d’une étape. Six ont été sélectionnées, dans trois départements différents. Le Tour de La Provence a révélé un parcours corsé, très loin du tracé sans relief, au sens propre du terme, de la saison dernière. Rebelote pour Marseille et Saint-Victoret, hôtes de l’étape inaugurale, comme en 2025. Le lieu du départ est on ne peut plus logique pour une épreuve cycliste, avec le Vélodrome en fond, derrière les coureurs. Ces derniers passeront ensuite le Pas de la Couelle et le col de Mazargues, les deux difficultés de la journée.

    Le deuxième jour peut être considéré comme l’étape reine. Pas moins de 3 251 mètres de dénivelé pour cette Saint-Valentin dans les Alpes-de-Haute-Provence. Les cyclistes partiront de Forcalquier pour rejoindre le sommet de la montagne de Lure, comme en 2023. Le dernier jour, les corps seront aussi mis à rude épreuve, pour un début de saison, avec 210 km entre Rognac et Arles. Thomas Voeckler a précisé que ce sera « plus dur pour les staffs d’aménager leurs effectifs avec ce type de parcours ».

    Au total, 16 équipes seront au départ, dont 5 du plus haut niveau mondial, le World Tour. La formation maison, Decathlon-CMA CGM, sera notamment en lice comme Groupama-FDJ, Ineos Grenadiers ou encore un autre géant, Lidl-Trek. Le sprinteur Mads Pedersen aura donc fort à faire pour défendre son titre dans le Sud de la France, avec ce profil de course. Les puncheurs-grimpeurs devraient se régaler sur un terrain de jeu plus à leur convenance que pour le champion du monde 2019.

    Le CIC Tour de La Provence se déroulera à peine plus d’une semaine après le Grand Prix cycliste de Marseille – La Marseillaise, dont la conférence de presse se tient ce jeudi, à 14h, au 17 cours Honoré d’Estienne d’Orves.

  • LFI porte un projet de « rupture » sans tout jeter de l’existant à Avignon

    LFI porte un projet de « rupture » sans tout jeter de l’existant à Avignon

    Plus de trois mois après avoir été désignée tête de liste de la France insoumise pour les municipales (15 et 22 mars), Mathilde Louvain a lancé officiellement sa campagne, ce mardi soir, dans un restaurant de l’intra muros. Entourée de plusieurs colistiers et militants, celle qui travaille dans une structure de théâtre avignonnaise a présenté la philosophie de son programme et quelques premières mesures. « C’est un projet de rupture et de radicalité concrète autour des biens communs et du vivre-ensemble », introduit la candidate.

    Par rupture, il ne faut pas y voir une opposition frontale au bilan des 12 années de la majorité sortante de Cécile Helle (PS). Mais plutôt sur les politiques nationales « et un budget aride avec moins de ressources alors que les besoins vitaux augmentent ». Contrairement aux candidats de droite et d’extrême droite qui brossent un portrait calamiteux et outrancier d’Avignon, Mathilde Louvain n’est pas là pour pointer des défaillances. Le nom de sa liste « Faire mieux pour Avignon » résonne aussi comme un message à l’adresse des partenaires de gauche. « Il y a déjà des choses qui se font », reconnaît sans fard la candidate, notamment sur le bâti scolaire quand LFI propose un plan pluriannuel sur le sujet.

    Une seule liste de gauche souhaitée au second tour

    Comme « base structurante », Mathilde Louvain parle de « démocratie locale » avec la proposition d’instaurer un référendum d’initiative citoyenne communale. Il est beaucoup question de logement comme « l’encadrement des loyers » ou la création d’une « brigade contre le logement insalubre ». « Nous souhaitons une régie publique de l’eau et la gratuité des 15 premiers m3 », revendique la candidate. Des prérogatives revenant au Grand Avignon, où « il faudra créer un rapport de force », admet-elle. Question tranquillité publique, LFI entend « revoir les missions de la police municipale qui ne doit pas être un supplétif de la nationale ». Médiation, proximité avec brigade à vélo sont prévues en répartissant mieux les effectifs.

    Créditée de 14% dans un sondage paru fin décembre dans La Provence, Mathilde Louvain garde « la porte ouverte » à d’éventuels renforts. « Les discussions vont bon train », confie-t-elle au sujet notamment du collectif Avignon citoyen. Les choix finaux de Génération.s et du PCF, dont les militants revotent ce mercredi, sont aussi attendus. Quant au second tour ? « On fera tout pour qu’il n’y ait qu’une seule liste. On prendra nos responsabilités face à l’extrême droite », assure Mathilde Louvain. « Si on est premiers, bien évidemment on ouvrira la discussion [avec la liste de David Fournier], s’il y a un autre scénario, ce n’est pas à nous de répondre… », complète Bruno Launay, un des colistiers. Bien d’autres questions vont animer les deux prochains mois.

  • La gauche invite les Hyérois à devenir acteurs du changement

    La gauche invite les Hyérois à devenir acteurs du changement

    « Forte de mes convictions et de tout ce que j’ai pu accomplir jusqu’à présent, je me sens prête pour attaquer, enfin, cette campagne des municipales 2026 », commence Caroline Moulin (Les Écologistes), « très fière » d’être tête de liste d’« Unis à gauche Ensemble pour un avenir social, démocratique et vertueux », qui rassemble, comme son nom l’indique, l’ensemble des forces progressistes de la cité des Palmiers.

    Sur son implication en politique, l’enseignante de sciences naturelles de 49 ans, en première ligne pour sensibiliser ses élèves au développement durable, explique « avoir cessé d’être inquiète pour l’avenir de [ses] enfants quand [elle a] décidé de passer à l’action ».

    Et de poursuivre : « Il n’est plus temps de laisser les “climato-dénialistes” décider de nos politiques, à l’échelle globale autant qu’à l’échelle locale. L’urgence climatique est là, les inégalités ne cessent de se creuser, l’extrême droite et le fascisme se banalisent. »

    Pour combattre ces dérives, la militante veut, avec ses colistiers, « proposer une autre politique et inciter les personnes qui ne croient plus en la politique à changer d’avis ».

    Passionnée et convaincue, Caroline Moulin se dit portée par les idéaux de solidarité dans lesquels elle s’est construite « grâce à un papa militant communiste » et « portée par [sa] propre expérience de la force collective positive des citoyens quand ils se mobilisent pour lutter ». Son premier combat remontant à la mobilisation de 1995 contre le plan Juppé.

    Et d’insister : « Nous savons que rien ne change sans celles et ceux qui travaillent et font vivre notre ville au quotidien. Hyères ne peut être une ville juste et solidaire si le travail est précarisé, mal reconnu et mal rémunéré. Le respect du travail et de la dignité des salariés sera un des piliers de notre action municipale. »

    Un logement accessible

    Avec un programme s’attaquant, pour commencer, à l’accessibilité au logement afin de permettre à tous de se loger au plus près de son lieu de travail. Mais, aussi, qui propose la mise en place de la gratuité des transports et des cantines scolaires. Sans oublier d’investir pour la culture dans les quartiers, avec également le soutien financier du seul cinéma de la ville, « qui grâce entre autres aux ciné-débats contribue intensément à la vie associative et citoyenne ».

    Il s’agit aussi, reprend Caroline Moulin, de répondre aux besoins des habitants en matière de santé, avec différentes propositions pour rendre les soins plus accessibles.

    Une aide à l’installation d’agriculteurs est également prévue afin de favoriser les circuits courts et d’approvisionner les cantines scolaires de la ville.

    Le tissu économique local fait également partie des préoccupations de l’équipe, avec des aides qui seront apportées aux entrepreneurs et artisans pour le dynamiser et donner les moyens aux acteurs locaux de faire face aux grands groupes.

    Les progressistes ont également travaillé sur une ville plus solidaire, avec des transports en commun adaptés aux besoins réels des habitants selon les quartiers, ainsi qu’une voirie où « les mobilités douces seraient privilégiées, à commencer par le vélo, qui mérite tellement mieux que les aménagements existants ».

    Démocratie vivante

    Un programme qui prévoit également de mieux encadrer le tourisme, qui est un secteur économique important, « pour le rendre plus soutenable et ne pas mettre en péril les ressources en eau et la qualité de vie pendant la haute saison ».

    Caroline Moulin poursuit : « Nous défendrons chaque fois que possible une gestion publique directe des services essentiels, comme l’eau, les transports ou la restauration scolaire, qui ne sont pas des marchandises, mais des biens communs. »

    Une gestion de la ville qui compte également s’appuyer sur une démocratie vivante tout au long du mandat, avec des conseils de quartier dotés de moyens réels, des budgets participatifs et un véritable droit d’interpellation citoyenne.

    Tout un programme.

  • [Entretien] Alain Hayot : « La gauche est la seule alternative »

    [Entretien] Alain Hayot : « La gauche est la seule alternative »

    La Marseillaise : Dans quel contexte se tient cette conférence ?

    Alain Hayot : Les mouvements d’extrême droite, nationalistes, autoritaires, xénophobes se développent encore plus aujourd’hui à l’échelle du monde depuis l’élection de Donald Trump. Cette ascension que certains – ce qui n’est pas mon cas – qualifient d’irréversible, concerne aussi notre pays et notre région. La Marseillaise a publié un sondage sur Marseille qui montre que le Printemps marseillais et le candidat du RN sont au coude à coude, ce qui représente un danger considérable.

    Quels sont ces mouvements et comment se développent-ils ?

    A.H. : À l’échelle de la mondialisation, aujourd’hui, on voit émerger et se développer des mouvements d’extrême droite, nationalistes, qui ne se ressemblent pas tous, mais ont des traits communs. Ils s’appuient sur une histoire récente, celle du XXe siècle et du développement du fascisme avec des caractéristiques nouvelles, contemporaines. Par exemple, le fait qu’ils sont portés par des forces politiques à la fois de droite et d’extrême droite, des mouvements religieux intégristes, des courants culturels réactionnaires. Ils sont dans une logique totalement xénophobe en s’opposant violemment à toutes les immigrations, d’où qu’elles viennent.

    De plus, ils rallient des pans entiers des oligarchies financières, dont l’alliance avec les mouvements d’extrême droite est reconnue par tout le monde. Aussi, ils prônent la démolition de la démocratie, des politiques sociales et publiques, ainsi qu’un autoritarisme exacerbé avec un culte du chef ou de la cheffe d’ailleurs, comme Giorgia Meloni en Italie. Enfin, ils travaillent énormément sur les imaginaires et mènent une véritable guerre culturelle qui valorise un passé complètement mythifié, totalement réactionnaire, qu’ils réécrivent d’ailleurs. Ils développent un imaginaire qui rejette la science, la connaissance, la création et charrient les pires poncifs, racistes, sexistes, populistes. C’est un mouvement que l’on peut qualifier de trumpiste aujourd’hui, parce qu’ils s’incarnent beaucoup dans l’idéologie, la symbolique, les idées portées par Donald Trump.

    Cette bataille culturelle est menée dans les médias ?

    A.H. : Aux États-Unis, c’est Musk qui a mis la main sur les réseaux sociaux. En France, c’est Vincent Bolloré, Bernard Arnault et d’autres milliardaires qui ont mis la main sur les moyens d’information. On a longtemps cru que c’était pour y faire de l’argent. En réalité, c’était pour mener une véritable guerre culturelle destinée à faire en sorte qu’aujourd’hui, on pense qu’il est possible de revenir en arrière. Ils ont développé des imaginaires de la peur qu’ils entretiennent : peur des immigrés, des autres, de l’avenir, du social, du progrès, etc.

    Le capitalisme financiarisé et mondialisé sent très bien qu’il a des adversaires redoutables et qu’il peut se retrouver aujourd’hui mis en cause. Leur riposte a été faite de manière intelligente en considérant que la question politique et culturelle était essentielle. Regardez Philippe De Villiers et Pierre-Édouard Stérin, ces gens-là passent leur temps à nous répéter que c’était mieux avant. C’est un passé qu’ils ont complètement reconfiguré, fantasmé. Le trumpisme à l’échelle mondiale, c’est un peu le baroud d’honneur d’un monde qui veut éviter d’être changé. Ils veulent tout faire pour empêcher ce changement et se battent comme des lions. En face, nous ne sommes pas à la hauteur, mais nous pouvons l’être.

    Vous estimez que cette ascension de l’extrême droite n’est pas « irréversible ». Comment la combattre ?

    A.H. : Rien n’est réglé d’avance. Le bouquin que j’ai écrit s’appelle Le sursaut. Nous avons pu lutter contre les fascismes et nous pouvons lutter contre tous les trumpismes. Aux États-Unis, l’élection de Zohran Mamdani à New York et la série de mouvements qui ont lieu un peu partout contre la politique migratoire de Trump le prouve. En France, le mouvement social est très important. Les sondages attestent que notre imaginaire reste profondément progressiste avec des valeurs de solidarité, écologiste, féministe, antiraciste, démocratique et pacifiste. L’effondrement du macronisme et de la droite classique fait que la gauche est la seule alternative à l’extrême droite. La gauche a les moyens de pouvoir redresser la tête à condition qu’on mène la bataille culturelle, rassemble toutes les forces politiques associatives, sociales, culturelles et qu’on opère le sursaut nécessaire.

     Face aux nouveaux monstres : le sursaut. Pour faire reculer l’extrême droite ». Aux éditions l’Humanité

  • [Sondage La Marseillaise] L’extrême droite brandit LFI comme épouvantail

    [Sondage La Marseillaise] L’extrême droite brandit LFI comme épouvantail

    En sept minutes devant la presse, ce mardi matin, le directeur de campagne et porte-parole de campagne du RN cite dix fois le nom de son candidat, Franck Allisio. Et huit fois la France insoumise, sept fois le nom de Sébastien Delogu. Créditée de 30% d’intentions de vote au premier tour à égalité avec le maire sortant dans le sondage La Marseillaise / Experts et territoire / Ipsos-BVA publié ce lundi, l’extrême droite a décidé de miser pleinement sur le rejet des insoumis pour poursuivre sur sa dynamique et rallier davantage à droite. « La menace, pour Marseille, c’est que la gauche et l’extrême gauche ne fassent qu’un », lance ainsi Olivier Rioult. Avant de dresser la caricature d’une « ville sans emploi, avec des squats généralisés, des tags, de l’insécurité, couverte de salles de shoot » si la gauche reste à la tête de la municipalité, d’une France insoumise qui prône « le racialisme d’un côté, la violence de l’autre ».

    Alors, pour enfoncer encore plus la droite, dont les intentions de vote ont chuté de trois points depuis le mois de décembre, il tente : « Nous appelons solennellement à ce que Martine Vassal se retire. » Une inversion des fronts républicains, pour jouer sur une corde qu’il sait sensible dans les rangs de la droite.

    Normalisation

    « pro-business »

    « Parmi les élus que vous connaissez, il y a une prise de conscience de cette menace pour Marseille, ils seraient prêts à appeler à voter pour Franck Allisio demain », jure l’ancien collaborateur de Martine Vassal rallié au RN en 2024. « Je fais partie de cet ancien monde, je sais quelles sont leurs idées, ils partagent à 99% ce qu’on défend », appuie le vice-président de l’UDR dans le département, Jean-Baptiste Rivoalan, ancien président du groupe majoritaire à la Métropole, qui vise « beaucoup de LR qui comptent autour de Martine Vassal ». « Franck Allisio est prêt à tendre la main aux LR qui sont sincères », promet son porte-parole, après la valse des ralliements de l’automne.

    Derrière cet appel, l’inquiétude pointe d’un retour du barrage républicain. « Depuis la déclaration de candidature de Benoît Payan, il y a cette petite musique de la diabolisation qui réapparaît, on convoque Vichy, on explique qu’il y aurait un danger pour Marseille », déplore Olivier Rioult. Là où le RN tente de se normaliser, se présentant comme « pro-business ». « Les investisseurs nous ouvrent les portes », promet ainsi le directeur de campagne. Passant outre le sondage publié dans nos colonnes, ce mardi, dans lequel seules 29% des personnes interrogées estiment que Franck Allisio ferait un bon maire (et 33% un mauvais maire). « C’est la première fois qu’il est candidat, les Marseillais apprennent à le découvrir », pointe Olivier Rioult, notant la progression de sa notoriété depuis le lancement de campagne en juin. Mais ce déficit, paradoxalement, peut aussi servir le candidat de l’extrême droite. « Il incarne un nouveau visage, un renouvellement », vante-t-il. Une pièce de plus dans la normalisation, même si le costard craque un peu lorsque ce directeur de campagne partage, sur les réseaux, des visuels décrivant des adjoints à la « préférence algérienne », aux « relations avec les islamistes », dans la droite ligne des vieilles outrances racistes du RN. « Il y a peut-être une forme de caricature », hausse des épaules l’auteur de la publication.

    Peu importe : tout juste sorti de la cour d’appel d’Aix où il était jugé pour favoritisme, le sénateur Stéphane Ravier fait toujours le rabatteur en colportant les théories racistes de « grand remplacement » et d’une islamisation de Marseille qui menacerait ses traditions, avant d’appeler à voter pour Franck Allisio, au mois de mars, pour « vaincre ou périr ». Et le Mr. Hyde de la normalisation de l’extrême droite de vanter sa « liberté de ton » retrouvée en n’étant pas candidat.

    Et aussi

    Batailles de chiffres sur les brigades de nuit

    En affirmant sur les ondes de France info, lundi matin, qu’il n’y a seulement « la nuit à Marseille, qui circulent, [que] 40 policiers nationaux », le maire (DVG) sortant, désormais candidat, à fait grincer quelques dents. « Tous les jours à Marseille, de 19h à 6h, ce sont en moyenne plus de 160 policiers qui sont mobilisés sur la voie publique », répliquait par communiqué le préfet de région en début de soirée. Et d’appuyer : « Leur action est déterminante et leur abnégation totale. Les enjeux politiques ne sauraient remettre en cause leur engagement. » « En discréditant l’action du préfet, Benoît Payan envoie un feu vert aux délinquants », ajoute la fédération LR des Bouches-du-Rhône. « Ces 40 personnes correspondent aux douze équipages qui sont la présence maximale des policiers qui font des patrouilles », indique l’entourage de l’édile, qui souligne vouloir parler de « présence policière permanente la nuit ». Tandis que le maire s’alarmait de voir l’actuel ministre « en train de reprendre » les effectifs accordés.

    Les quartiers populaires veulent peser à gauche

    Ce mercredi à 18h, des responsables associatifs particulièrement implantés dans les 13e et 14e arrondissements organisent un meeting à l’espace Arena afin de structurer leur réseau citoyen, Forces vives. Parmi eux, Yahya Gungormez implanté aux Aygalades (15e), Belaid Aroun à la Maurelle (13e), Fatima Mostefaoui aux Flamants (14e). « C’est un réseau informel qui existe depuis un an », explique leur porte-parole, Sandro Piscopo. Sollicitées par les différents partis, ces têtes de réseau associatives veulent pousser pour plus de représentativité des quartiers populaires. « Nous défendons une autre méthode de gouvernance, partagée par les citoyens », indique-t-il. Avec des conseils citoyens, plus de budgets participatifs. En particulier, ceux-ci espéraient créer une seule liste citoyenne à gauche dans les 13-14, sans y parvenir, malgré des rencontres. Mais, contrairement au mouvement Marseille populaire, ils s’assument clairement à gauche et veulent poursuivre leur activité au-delà du seul scrutin municipal.

    Samia Ghali sera tête de liste du Printemps marseillais dans les 15-16

    Partie seule aux municipales en 2020 avant de rejoindre la majorité municipale comme maire adjointe, Samia Ghali (DVG) s’inscrit pleinement avec le Printemps marseillais pour cette campagne, avec son mouvement Marseille avant tout. « Je serai représentante dans les 15e et 16e arrondissements pour l’union de la gauche, pour qu’ils soient plus forts avec le Printemps marseillais », indique-t-elle à La Marseillaise. Et de préciser : « J’y ai commencé ma vie politique, je la finirai là-bas. »

    Martine Vassal désigne huit référents de secteur

    Martine Vassal a désigné les huit référents de sa liste « Marseille je t’aime » qui vont piloter sa campagne sur chaque secteur de Marseille. « Ils pourront être les têtes de le liste, mais ne le sont pas forcément », explique Romain Simmarano, directeur de cabinet de Renaud Muselier et porte-parole (Renaissance) de la campagne de Martine Vassal, désigné dans les

    les 1er et 7e arrondissements (secteur 1). Les 2e-3e reviennent à Solange Biaggi, déjà candidate en 2014 et 2020 et les 4e-5e, à Bruno Gilles, ancien maire de secteur (Hor). Dans le 6e-8e, Catherine Pila, élue LR et présidente de la RTM, a été désignée. Les 9e-10e sont confiés à Laure-Agnès Caradec, présidente LR des Bouches-du-Rhône et directrice de campagne. Les 11e-12e vont à Sylvain Souvestre, le maire sortant (LR), les 13e-14e à Marion Bareille, elle aussi maire de secteur (DVD). Le seul nouveau visage est dans les 15e-16e, un secteur où la droite passe rarement le 1er tour, avec la désignation de Gérard Blanc (Ren), l’ancien attaché parlementaire de l’ex-députée macroniste, Alexandra Louis. Les listes et le programme doivent être annoncés après la mi-février.

    La permanence de Bruno Gilles visitée

    La permanence de Bruno Gilles (Hor), ancien député et maire de secteur, aujourd’hui référent des 4-5 pour Martine Vassal, a été cambriolée avant même son inauguration pendant les fêtes. Plus d’un millier d’affiches, un écran géant, des doudounes militantes et une cafetière ont été volées. Le candidat a porté plainte pour effraction, menaces de mort et harcèlement en ligne, évoquant une « petite musique inquiétante ».

  • FO veut une accélération de la réindustrialisation à Fos

    FO veut une accélération de la réindustrialisation à Fos

    « Des dossiers chauds pour 2026, ce n’est pas ce qui manque. » En visite à Marseille, le secrétaire général de la fédération FO Métallurgie, Valentin Rodriguez, a des messages à faire passer aux acteurs locaux comme nationaux. Forte d’une bonne représentativité dans le secteur, des industries sidérurgiques à l’aéronautique, Force ouvrière tient à alerter sur une année charnière pour les travailleurs métallos et ses « points de vigilance ». « On a une industrie en souffrance, on ne découvre pas la nécessité d’avoir une industrie souveraine aujourd’hui », campe le secrétaire général.

    Il prend l’exemple de l’automobile, un secteur qui « a perdu 100 000 emplois sur les 20 dernières années ». De quoi afficher la position de l’organisation qui se veut empreinte de « pragmatisme ». « On dit “pourquoi pas” à l’accord récemment signé à Bruxelles [qui assouplit l’interdiction des moteurs thermiques prévue pour 2035 Ndlr]. Mais on est vigilant à ce que les salariés français ne soient pas les dindons de la farce », développe Valentin Rodriguez. En clair, FO appuie la nécessité de « plus de protectionnisme » et souhaite imposer un haut pourcentage de production locale dans l’industrie.

    Même raisonnement quand l’organisation réclame « un moratoire sur la décarbonation de la sidérurgie ». Sujet ô combien local avec « la situation critique » du site d’ArcelorMittal de Fos-sur-Mer. « On tourne en mode dégradé, le groupe a mis les moyens pour qu’on redémarre en partie la production », juge David Thourey, délégué syndical d’ArcelorMittal Méditerranée. Avant de dénoncer : « Il n’y a pas de vision à long terme, le secteur attend des mesures de l’Union européenne. » Pragmatisme encore donc. « C’est compliqué d’être compétitif quand l’acier chinois peut être vendu à perte car il a le soutien de son gouvernement », développent les syndicalistes.

    FO favorable à la ligne THT

    Avant de demander « plus de soutien et moins de pression sur la décarbonation » de la part du gouvernement français actuel. De quoi faire le lien avec la réindustrialisation du golfe de Fos. Gérard Ciannarella, coordinateur de FO Métallurgie dans la région dénonce « l’attitude irresponsable de l’État » au sujet de la ligne Très Haute Tension (THT) qui doit relier Fos et Jonquières, dans le Gard. Une infrastructure « nécessaire » aux différents projets industriels à venir. « On y est très clairement favorable, le secteur en a besoin. Il faut une décision rapidement, ce n’est pas normal que l’État reporte sa prise de position pour après les municipales », tempête le syndicaliste. Valentin Rodriguez insiste : « On parle de plus de 10 000 emplois à la clé, ce n’est pas rien ! ».

  • Cinéaste engagé

    Cinéaste engagé

    Censuré, perdu, retrouvé, restauré… L’histoire du Rendez-vous des quais est une épopée. Sorti des limbes, où la censure avait voulu le plomber, par la volonté d’une poignée de convaincus, dont Claude Martino, pilier des pages cinéma de La Marseillaise des années durant. Le chef-d’œuvre de Paul Carpita va vivre une nouvelle étape dans une version désormais numérisée.

    Un film où les héros sont un docker et une ouvrière, où on parle chômage, crise, répression, lutte syndicale et solidarité. Mais aussi de refus de la guerre, de la « sale guerre », la guerre d’Indochine. Une œuvre tournée avec des moyens dérisoires, des acteurs non professionnels, qui mêle images de fiction et archives. Ce qu’on ne voit pas à l’écran, c’est la censure dont cette œuvre a été la victime, accusée de porter atteinte à l’ordre public pour avoir osé s’opposer à la guerre et montrer des ouvriers qui refusaient d’obéir.

    Toujours d’actualité

    Ce qui crève l’écran est qu’un instituteur, issu de la classe ouvrière, militant communiste, a pris une caméra, avec une virtuosité désormais reconnue. Qu’il veut montrer « les petites gens » pour reprendre sa formule, leur vie quotidienne et leurs luttes, documenter les mouvements sociaux, le refus de la guerre. Ce qu’on ne montrait jamais, qu’on ne voulait pas voir.

    Forcément, on ne peut que penser à la récente action de la CGT des Dockers, qui ont refusé de charger sur un navire à destination d’Israël un conteneur rempli de composants militaires, refusant d’« être complices de massacres » qui se déroulaient à Gaza. Le Rendez-vous des quais à plus de 70 ans. Mais son sujet est d’une actualité brûlante.