{"id":46965,"date":"2026-10-22T06:59:00","date_gmt":"2026-10-22T04:59:00","guid":{"rendered":"https:\/\/euapp01.newsmemory.com\/lamarseillaise\/news\/?p=46965"},"modified":"2026-10-22T10:32:53","modified_gmt":"2026-10-22T08:32:53","slug":"entretien-croise-grigny-et-marseille-sattaquent-a-la-pauvrete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/euapp01.newsmemory.com\/lamarseillaise\/news\/2026\/10\/22\/entretien-croise-grigny-et-marseille-sattaquent-a-la-pauvrete\/","title":{"rendered":"[Entretien crois\u00e9] \u00ab&nbsp;Grigny et Marseille s\u2019attaquent \u00e0 la pauvret\u00e9&nbsp;\u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"paragraph\">\n<p><b>La Marseillaise :<\/b><b> L\u2019actualit\u00e9 <br \/>est marqu\u00e9e par le mouvement lyc\u00e9en, suivi par cette journ\u00e9e du 17 octobre \u00e9maill\u00e9e de violences. Comment l\u2019avez-vous v\u00e9cu en tant que maires ? <\/b><\/p>\n<p>Jean-Marc Coppola : Ce qui m\u2019a frapp\u00e9 en rencontrant les lyc\u00e9ens, c\u2019est qu\u2019ils n\u2019avaient pas d\u2019interlocuteurs. Nous avons eu un \u00e9change avec une trentaine d\u2019entre eux, nous leur avons donn\u00e9 la parole en conseil d\u2019arrondissements. Ils sont d\u2019une grande maturit\u00e9, ils ont des revendications tout \u00e0 fait justes. Mais le gouvernement ne r\u00e9pond pas \u00e0 la hauteur de ce qu\u2019ils demandent en mati\u00e8re de bonnes conditions d\u2019\u00e9tudes, de dignit\u00e9, de respect. Ils n\u2019ont pour seules r\u00e9ponses que des violences polici\u00e8res, auxquels nous avons \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s dans le 15<sup>e<\/sup> arrondissement. Derri\u00e8re, il y a eu un samedi de chaos, auquel on ne s\u2019attendait pas, avec cette accusation que ce sont des jeunes de quartiers, des cit\u00e9s qui viennent, alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs. L\u2019expression contre les institutions, la Marianne \u00e0 terre, montrent une grande d\u00e9fiance. Je ne suis pas de ceux qui disent que parce que les politiques publiques sont violentes il faut r\u00e9pondre par la violence. La violence n\u2019a jamais rien donn\u00e9. Mais ce qui est inattendu aussi, c\u2019est la r\u00e9ponse inappropri\u00e9e de l\u2019\u00c9tat qui n\u2019a pas anticip\u00e9 ce qui s\u2019est pass\u00e9, face \u00e0 quelque chose de tr\u00e8s organis\u00e9. Un \u00c9tat qui n\u2019est plus capable de prot\u00e9ger ses concitoyens est un \u00c9tat en d\u00e9labrement total. C\u2019est le r\u00e9sultat de politiques men\u00e9es depuis tr\u00e8s longtemps, particuli\u00e8rement avec Emmanuel Macron depuis dix ans. Cela pose des questions sur ce qu\u2019il faut recoudre, des actes \u00e0 prendre pour montrer que l\u2019on entend les souffrances, la violence sociale. Nous sortons d\u2019une rencontre avec des m\u00e8res \u00e0 la Castellane, qui nous disent qu\u2019elles veulent le m\u00e9lange, que l\u2019humain soit pris en compte, qu\u2019il faut de la mixit\u00e9. Il faut des politiques qui r\u00e9tablissent de la justice et de l\u2019\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>Philippe Rio : \u00c0 Grigny, je n\u2019ai ni commissariat, ni lyc\u00e9e. Mais nous avons donn\u00e9 la parole aux lyc\u00e9ens, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 devant des lyc\u00e9es pour \u00e9couter longuement. Il y a une exigence d\u2019\u00e9galit\u00e9 tr\u00e8s claire. Les manifestations parisiennes se sont faites dans la joie, les \u00e9l\u00e8ves, les professeurs, les parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves \u00e9taient pr\u00e9sents. Se retrouver ensemble pour r\u00e9clamer la m\u00eame chose, un avenir, c\u2019\u00e9tait extr\u00eamement rafra\u00eechissant. Ce mouvement de samedi, des gens m\u2019en parlent depuis quinze jours. Des gens qui ne sont pas politis\u00e9s, qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 des manifestations qui me demandaient si j\u2019y allais. Il y a un symbole dans la France invisible qui se dit qu\u2019il se passe quelque chose, c\u2019est le signe d\u2019une col\u00e8re extr\u00eamement profonde. Je condamne sans conteste tous les d\u00e9rapages qui ont eu lieu. Mais le biais m\u00e9diatique aujourd\u2019hui fait qu\u2019on oublie le mouvement social, la lutte contre la vie ch\u00e8re. Au bout de dix ans, on se dit que la question des libert\u00e9s publiques, de l\u2019ordre public, des privatisations rampantes se pose dans le pays. Cela fait une addition tr\u00e8s importante, il n\u2019y a plus rien qui fonctionne. Il y a des Fran\u00e7ais polaris\u00e9s et un pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui appelle \u00e0 la rescousse les corps interm\u00e9diaires pour demander l\u2019arr\u00eat des violences apr\u00e8s nous avoir mis de c\u00f4t\u00e9 pendant dix ans, mais qui ne donne aucun d\u00e9bouch\u00e9. Nous sommes en d\u00e9but de mandat et on nous prend 7\u00a0milliards d\u2019euros pour rembourser les dettes du pays, de l\u2019argent que l\u2019on n\u2019a plus comme le service public de proximit\u00e9. Nous sommes la derni\u00e8re digue et on nous prend encore des moyens\u00a0!<\/p>\n<p><b>Vous avez parl\u00e9 des revendications sur le pouvoir d\u2019achat. Il y a le m\u00eame niveau de vie \u00e0 Grigny que dans ce secteur. Que pouvez-vous faire face \u00e0 la mis\u00e8re<\/b><b>\u00a0<\/b><b>? <\/b><\/p>\n<p>P.R. : Grigny et Marseille sont les deux villes qui en France ont d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019attaquer \u00e0 la pauvret\u00e9. Nous sommes au XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle dans la sixi\u00e8me puissance mondiale et ce sont des collectivit\u00e9s locales qui aujourd\u2019hui se disent qu\u2019il faut faire de la r\u00e9novation urbaine de mani\u00e8re XXL, s\u2019attaquer aux copropri\u00e9t\u00e9s d\u00e9grad\u00e9es. Le logement est le premier poste de d\u00e9pense des Fran\u00e7ais, si le logement va mal, les familles vont mal. M\u00eame s\u2019il y a aussi l\u2019emploi, l\u2019\u00e9ducation, parce qu\u2019in\u00e9galit\u00e9s sociales et scolaires se nourrissent mutuellement. Nous ne sommes pas dans le d\u00e9ni\u00a0: \u00e7a s\u2019appelle de la pauvret\u00e9. Elle touche d\u2019abord nos enfants, deux tiers des enfants \u00e0 Grigny. Ce sont les femmes aussi, les familles monoparentales. Quand on prend le sujet pour construire des politiques publiques, on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il y a plein de choses qui dysfonctionnent. Quand la moiti\u00e9 de ceux qui pourraient toucher le minimum vieillesse ne le touchent pas chez nos anciens, notre monde est d\u00e9traqu\u00e9. Nous avons d\u00e9cid\u00e9 courageusement d\u2019apporter des r\u00e9ponses, d\u2019interpeller l\u2019\u00c9tat. Ce n\u2019est pas simple. Il y a trois ans, je suis venu ici \u00e0 Marseille pour voir comment vous faisiez votre strat\u00e9gie pauvret\u00e9, avec Audrey Garino [alors adjointe PCF aux solidarit\u00e9s, Ndlr]. Il y a eu une exp\u00e9rimentation, territoire z\u00e9ro non-recours aux droits. Cela commence \u00e0 fonctionner, j\u2019ai interpell\u00e9 l\u2019\u00c9tat pour que cela ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, avec une tribune ce mardi dans <i>Lib\u00e9ration<\/i>.<\/p>\n<p>J.-M.C. : Nous sommes dans un secteur o\u00f9 il y a beaucoup de solidarit\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la cit\u00e9. Cela tient comme \u00e7a, par ces associations qui permettent cette solidarit\u00e9, qui permettent de la dignit\u00e9 mais ne r\u00e8glent pas les probl\u00e8mes de fond de la pauvret\u00e9. Il y a de nombreuses pr\u00e9occupations sur ce secteur, mais la question de pouvoir manger se pose tous les jours.<\/p>\n<p>P.R. : Nous allons reprendre les distributions et nous allons voir de nouveaux visages, des travailleurs, nos anciens qui apr\u00e8s une vie de labeur vont faire la queue ! Il y a un gouvernement qui ne peut plus faire et un peuple qui n\u2019en veut plus. Nous, les communes sommes au milieu de tout cela et nous devons faire face \u00e0 ces d\u00e9fis, \u00e0 la pauvret\u00e9, au changement climatique. On l\u2019a v\u00e9cu pour la premi\u00e8re fois avec une telle importance cet \u00e9t\u00e9. Dans ce moment tr\u00e8s complexe, nous avons un r\u00f4le particulier \u00e0 jouer. Dans ma ville, j\u2019ai les petits-d\u00e9jeuners financ\u00e9s par l\u2019\u00c9tat pour tous les enfants et heureusement. J\u2019ai d\u00fb me battre. Pareil pour qu\u2019ils paient moins cher les inscriptions sportives, je fais entre 0 et 75\u00a0euros et j\u2019ai 2\u00a0000\u00a0inscrits de plus dans mes clubs, avec 40% de filles.<\/p>\n<p>J.-M.C. : En tant que maire de secteur, je suis l\u2019oreille et le porte-voix des souffrances et des aspirations \u00e0 vivre dignement. Le trait d\u2019union entre les institutions, la mairie centrale, la M\u00e9tropole, l\u2019\u00c9tat&#8230; pour apporter des r\u00e9ponses et des solutions concr\u00e8tes. Les \u00e9lus de proximit\u00e9 sont en premi\u00e8re ligne et on doit surmonter des paradoxes. Sur le logement, il en manque 70\u00a0000 \u00e0 Marseille. Mais quand on vient nous en demander, on ne veut pas montrer l\u2019impuissance de la politique. Il faut contraindre l\u00e0 o\u00f9 se d\u00e9cident les choses, l\u00e0 o\u00f9 sont les moyens. C\u2019est ce que nous avons fait lors du dernier mandat, aupr\u00e8s de l\u2019\u00c9tat qui pendant des d\u00e9cennies a compl\u00e8tement d\u00e9laiss\u00e9 Marseille. Sans l\u2019\u00c9tat, nous n\u2019aurions pas pu r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019incurie sur les \u00e9coles. On essaie de mener des politiques de proximit\u00e9 utiles, de lutter contre les in\u00e9galit\u00e9s en mettant des priorit\u00e9s. On construit des \u00e9coles prioritairement dans nos quartiers, l\u00e0 o\u00f9 rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait pendant des ann\u00e9es. Aujourd\u2019hui, on ne peut pas avoir un \u00c9tat qui abandonne les collectivit\u00e9s, les \u00e9trangle, nous rend impuissants. C\u2019est terrible.<\/p>\n<p><b>Justement, vous ouvrez des services publics, mais en m\u00eame temps, les centres sociaux et missions locales perdent des subventions, les services publics de l\u2019\u00c9tat ferment. Vous ne vous sentez pas impuissants ? <\/b><\/p>\n<p>P.R. : C\u2019est la question qu\u2019on se pose tous les matins. Quand on parlait de logement, on mettait cinq ans pour avoir un logement social quand j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lu maire [en 2012, Ndlr]. Aujourd\u2019hui, c\u2019est dix ans. Mais il faut toujours avoir de l\u2019espoir. M\u00eame sans espoir, la lutte est encore un espoir, comme disait Romain Rolland. On arrive \u00e0 bouger des choses. Je dis souvent \u00e0 mes interlocuteurs de l\u2019\u00c9tat, si vous voulez r\u00e9ussir la R\u00e9publique, vous devez r\u00e9ussir Grigny. Si on veut r\u00e9ussir la France, il faut r\u00e9ussir Marseille. Je ne comprends pas pourquoi la deuxi\u00e8me ville de France est dans cet \u00e9tat. Marseille est un myst\u00e8re pour moi. Une telle capacit\u00e9 \u00e0 faire rayonner la France, et cette situation hallucinante. Je suis venu \u00e0 Marseille il y a dix ans pour le plan initiatives copropri\u00e9t\u00e9s lanc\u00e9 par Julien Denormandie, du temps de la rue d\u2019Aubagne. J\u2019ai sign\u00e9 la deuxi\u00e8me op\u00e9ration d\u2019int\u00e9r\u00eat national de r\u00e9novation de copropri\u00e9t\u00e9s d\u00e9grad\u00e9es, pour 5\u00a0000\u00a0logements. J\u2019y habite, je viens du quartier de la Grande Borne. Tous les ans je vais \u00e0 Paris, on parle toujours de nos deux villes sur les copropri\u00e9t\u00e9s. Nous sommes \u00e0 l\u2019avant-garde des d\u00e9fis de notre nation. Mais sur le logement : on en est o\u00f9 sur l\u2019encadrement des loyers ? C\u2019est le 26 novembre que l\u2019exp\u00e9rimentation s\u2019arr\u00eate. 83% des Fran\u00e7ais sont favorables, la crise sociale en Europe est autour du logement et pour la premi\u00e8re fois il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 une commission europ\u00e9enne au logement. Il faut un encadrement des loyers obligatoires dans les op\u00e9rations de requalification des copropri\u00e9t\u00e9s d\u2019int\u00e9r\u00eat national. \u00c0 Grigny, les marchands de sommeil louent \u00e0 50\u00a0euros le m\u00e8tre carr\u00e9\u00a0! C\u2019est une mesure contre la vie ch\u00e8re facile \u00e0 mettre en \u0153uvre et qui fonctionne.<\/p>\n<p>J.-M.C. : Un des facteurs de mobilisation, c\u2019est aussi de revaloriser ces quartiers. Je suis frapp\u00e9 des initiatives des adolescents eux-m\u00eames qui au centre social de Campagne L\u00e9v\u00eaque prennent une cam\u00e9ra et font un film de 10-15 minutes pour montrer que cette jeunesse n\u2019est pas celle qui est d\u00e9crite, dont on doit avoir peur. Ils montrent que leur quartier, leur cit\u00e9 est belle, ils grandissent l\u00e0-dedans. Ici, il y a autant de qualit\u00e9s, d\u2019atouts, de talents qu\u2019ailleurs. Cela accompagne les initiatives que l\u2019on peut prendre en direction des autres collectivit\u00e9s, de l\u2019\u00c9tat, pour rassembler, dire que l\u2019on existe. Par ces discussions, on peut montrer comment trouver des solutions, expliquer qu\u2019il y a une ind\u00e9cence \u00e0 avoir autant d\u2019in\u00e9galit\u00e9s, d\u2019avoir autant de richesses dans ce pays qui ne participent pas \u00e0 un vivre ensemble. Nous sommes avant une \u00e9ch\u00e9ance importante, et peu en parlent. Le leitmotiv depuis des ann\u00e9es c\u2019est on va baisser les imp\u00f4ts, mais l\u2019imp\u00f4t c\u2019est la redistribution des richesses\u00a0! Il faut une grande r\u00e9forme de la fiscalit\u00e9 pour donner des moyens aux collectivit\u00e9s, pour que les missions r\u00e9galiennes de l\u2019\u00c9tat soient aussi respect\u00e9es. Redonner confiance, valoriser, cela permet de relever la t\u00eate. Je suis frapp\u00e9 par les initiatives b\u00e9n\u00e9voles des habitants pour nettoyer leur quartier, cr\u00e9er des jardins partag\u00e9s et ils attendent de nous qu\u2019on les soutienne, qu\u2019on les accompagne. Ce sont des petites choses mais la dignit\u00e9 passe par l\u00e0.<\/p>\n<p><b>Il y a une chape de plomb \u00e0 briser avec cette image que l\u2019on peut avoir des quartiers Nord \u00e0 Marseille, o\u00f9 celles renvoy\u00e9es <br \/>par Tibo Inshape quand il patrouille avec la Bac \u00e0 Grigny ? <\/b><\/p>\n<p>P.R. : Nous sommes confront\u00e9s \u00e0 des narratifs et \u00e0 des r\u00e9cits. Le r\u00e9cit fran\u00e7ais majoritaire sur les quartiers populaires donne un biais n\u00e9gatif. Ceux qui vivent les quartiers populaires connaissent leurs fragilit\u00e9s, leurs vuln\u00e9rabilit\u00e9s, mais en m\u00eame temps cette incroyable cr\u00e9ativit\u00e9, cette force de vie, cette solidarit\u00e9, cette \u00e9nergie \u00e9patante. Dans ce moment politique dans lequel nous sommes, \u00e0 la veille d\u2019une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle extr\u00eamement importante, je vois bien ce qui est racont\u00e9 m\u00e9diatiquement. Nous sommes les petits vilains canards de cette Nation. Soit on fait avec, soit on fait sans. C\u2019est le grand choix qui sera pos\u00e9 dans cette \u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Le sujet est un impens\u00e9 aujourd\u2019hui, comme celui des collectivit\u00e9s locales, comme celui de la pauvret\u00e9, y compris dans le milieu rural. Il ne faut pas jouer les fractures entre les ruraux et les urbains, de 15 \u00e0 20\u00a0millions de nos concitoyens vivent dans des territoires marqu\u00e9s par la pauvret\u00e9. Nous participons, avec les territoires ultra-marins, \u00e0 une question de jeunesse. C\u2019est l\u2019avenir de cette jeunesse qui se joue. Certains voudraient la pr\u00e9f\u00e9rence nationale. C\u2019est faire s\u00e9cession. Qu\u2019est-ce qui va se passer si le pire arrive dans six mois ? Quelles vont \u00eatre les collectivit\u00e9s locales les plus touch\u00e9es ? Aujourd\u2019hui c\u2019est simple de d\u00e9zinguer une ville populaire sur les dotations, sur les cr\u00e9dits de la politique de la ville. Ce projet naus\u00e9abond de pr\u00e9f\u00e9rence nationale aura comme premi\u00e8res victimes les villes populaires, nous avons un int\u00e9r\u00eat majeur dans cette p\u00e9riode. Je suis dans l\u2019Association des villes de banlieue, nous avons fait notre s\u00e9minaire de rentr\u00e9e sur ce sujet-l\u00e0, parce que nous avons extr\u00eamement peur. Il ne faut pas \u00eatre sid\u00e9r\u00e9s par cette peur, mais que cela nous permette de se mettre en mouvement, de prendre des initiatives. Les habitants des quartiers populaires contribuent \u00e0 la richesse de ce pays, \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de ce pays. Nous sommes un plus, et pas un moins, si ce n\u2019est que nous partons avec un peu de retard. Mais nous sommes l\u2019avant-garde de ce pays. Si on regarde d\u2019un point de vue \u00e9lectoral, tous les sp\u00e9cialistes nous disent que les r\u00e9sultats du Nouveau front populaire c\u2019est aussi une r\u00e9action des quartiers populaires qui se sont surmobilis\u00e9s pour ne pas que le Rassemblement national gagne. On sait qu\u2019il y aura un deuxi\u00e8me tour, et nous avons d\u00e9j\u00e0 l\u2019identit\u00e9 d\u2019une personne qui y sera. Moi je demande d\u00e9j\u00e0 \u00e0 mes services de faire un plan B pour mon budget. Nous travaillons tous \u00e0 nos budgets en ce moment. Nous nous serrons d\u00e9j\u00e0 la ceinture et nous ne savons pas comment nous allons faire, parce que notre boulot c\u2019est le vivre ensemble, nous sommes des animateurs du vivre ensemble. Cela co\u00fbte, il y a des d\u00e9penses, ou plut\u00f4t des investissements, y compris dans l\u2019humain. Nous allons construire nos budgets avec moins encore. Mais s\u2019il y a une catastrophe au mois de mai, ils vont tout couper. Cela sera un autre mode de gestion. Qu\u2019est-ce qui se passe si on nous enl\u00e8ve la dotation de solidarit\u00e9 urbaine ? Demain s\u2019il y a un autre gouvernement, je ne suis pas s\u00fbr de l\u2019avoir. Chez moi, c\u2019est 18\u00a0millions d\u2019euros. On voit le danger. Nous devons tr\u00e8s rapidement prendre conscience que nous serions les premi\u00e8res victimes de ce r\u00e9gime s\u2019il arrive au pouvoir.<\/p>\n<p>J.-M.C. : Notre r\u00f4le c\u2019est de cr\u00e9er du liant entre les personnes. De montrer comment ces diff\u00e9rences sont une richesse. Tout est fait pour opposer, diviser, le racisme est exacerb\u00e9. Aujourd\u2019hui, on sait combien il y a de discriminations ici. J\u2019ai rencontr\u00e9 ce matin une association qui permet l\u2019acc\u00e8s au sport, \u00e0 la nage, \u00e0 300\u00a0enfants de la Bricarde \u00e0 la Castellane. Quand elle veut les amener dans un camping \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, ils voient 13015 Marseille et ils disent : ce n\u2019est pas notre public. Il y a ces discriminations, il y a aussi cette opposition cherch\u00e9e entre les g\u00e9n\u00e9rations en plein mouvement lyc\u00e9en, comme si on devait choisir entre les uns et les autres. Alors notre boulot c\u2019est de cr\u00e9er du lien, apaiser les peurs, valoriser, sans mettre la poussi\u00e8re sous le tapis. On le sait que la pauvret\u00e9, l\u2019absence de logement am\u00e8nent \u00e0 des d\u00e9rives, que les trafics s\u2019en nourrissent. Mais parlons de ceux qui se retroussent les manches. Je suis heureux qu\u2019il y ait le projet de cit\u00e9 de cin\u00e9ma \u00e0 c\u00f4t\u00e9, c\u2019est un des arts qui permet de montrer sans fards !<\/p>\n<p>P.R. : On a mille et une exp\u00e9riences de choses incroyables. Pour revenir au mouvement lyc\u00e9en, il commence \u00e0 Mayotte. Ils demandent de l\u2019\u00e9galit\u00e9. Il se poursuit \u00e0 Cr\u00e9teil. Les lyc\u00e9es de banlieue arborent le drapeau bleu-blanc-rouge, c\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019il y a \u00e7a de cette mani\u00e8re-l\u00e0. J\u2019ai entendu <i>La<\/i><i>\u00a0<\/i><i>Marseillaise<\/i> dans les d\u00e9fil\u00e9s. Et tr\u00e8s rapidement les grands lyc\u00e9es parisiens, de l\u2019\u00e9lite se sont mis en gr\u00e8ve pour dire qu\u2019ils ont tout, et se mobilisent pour ceux qui n\u2019ont pas les m\u00eames chances. Quelle intelligence\u00a0! Il n\u2019y a que notre monde adulte qui est stupide et nous fait courir un grand danger. Et dans les quartiers populaires il y a les petites choses de la vie qui nous changent. Le pr\u00e9sident de la Conf\u00e9d\u00e9ration des petites et moyennes entreprises de France a grandi \u00e0 Grigny, il a commenc\u00e9 \u00e0 la JC, il a termin\u00e9 \u00e0 HEC\u00a0! J\u2019ai deux influenceurs, Golo et Ritchie qui cartonnent sur les r\u00e9seaux sociaux. Pour la premi\u00e8re fois, un documentaire est fait avec eux sur la banlieue, il n\u2019y a aucun policier, aucune violence. C\u2019\u00e9tait le meilleur documentaire en nombre d\u2019entr\u00e9es de ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0! Nous sommes en train de gagner quelque chose.<\/p>\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La Marseillaise : L&rsquo;actualit&eacute; est marqu&eacute;e par le mouvement lyc&eacute;en, suivi par cette journ&eacute;e du 17 octobre &eacute;maill&eacute;e de violences. 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