{"id":40015,"date":"2026-08-22T15:59:00","date_gmt":"2026-08-22T13:59:00","guid":{"rendered":"https:\/\/euapp01.newsmemory.com\/lamarseillaise\/news\/?p=40015"},"modified":"2026-08-27T09:14:17","modified_gmt":"2026-08-27T07:14:17","slug":"christoph-wiesner-directeur-des-rencontres-photographiques-darles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/euapp01.newsmemory.com\/lamarseillaise\/news\/2026\/08\/22\/christoph-wiesner-directeur-des-rencontres-photographiques-darles\/","title":{"rendered":"[Portrait] Christoph Wiesner, directeur des Rencontres Photographiques d\u2019Arles"},"content":{"rendered":"<div class=\"paragraph\">\n<p>Pour fendre les conventions et l\u2019armure d\u2019une conversation, obtenir des d\u00e9tails un tant soit peu in\u00e9dits, la t\u00e2che de l\u2019intervieweur-portraitiste est quelquefois laborieuse. Les appartenances profondes de ce profil franco-allemand \u00e9chappent aux d\u00e9finitions. Le personnage public de Christoph Weisner affiche la robustesse et la bonne humeur d\u2019un cycliste d\u2019autrefois, par exemple Rudi Altig\u00a0; il incarne tout aussi bien le retrait et l\u2019\u00e9l\u00e9gance d\u2019un cousin de Max Ernst. L\u2019impeccable culture de cet ancien \u00e9tudiant de l\u2019\u00c9cole du Louvre qui cite dans ses \u00e9ditoriaux Edouard Glissant, Didi-Hubermann ou Pasolini, n\u2019est pas intimidante. Il ne re\u00e7oit pas dans son bureau de directeur, pr\u00e9f\u00e8re retrouver ses interlocuteurs sous les platanes, rue du Docteur Fanton, dans la cour int\u00e9rieure du b\u00e2timent des Rencontres.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des th\u00e9matiques des r\u00e9centes ann\u00e9es &#8211;\u00a0\u00e9cologie, minorit\u00e9s sexuelles, post-colonialisme\u00a0&#8211; et des noms d\u00e9j\u00e0 connus, souvent f\u00e9minins, mis \u00e0 l\u2019honneur pendant les Rencontres qu\u2019il a dirig\u00e9es<br \/>&#8211;\u00a0Berenice Abbott, Sophie Calle, Nan Goldin, Lee Miller, Sabine Weiss &#8211; quelques indices singuliers surviennent quand il \u00e9voque ses exp\u00e9riences arl\u00e9siennes les plus marquantes. En sus des joies qu\u2019il vient d\u2019\u00e9prouver en demandant \u00e0 Harry Gruyaert de redistribuer autrement la magie de ses vues urbaines ou bien en convainquant, au terme de trois s\u00e9jours \u00e0 New York, une photographe de 93 ans, Martine Barrat pour qu\u2019elle r\u00e9alise ce qui risque d\u2019\u00eatre son ultime grande exposition, Christoph Wiesner pointe parmi ses plus vives \u00e9motions une soir\u00e9e de juillet 2024 pendant laquelle la photographe japonaise Ishiuchi Miyako recevait le Prix Women in motion. 77 ans sobrement assum\u00e9s, cette dame s\u2019\u00e9tait habill\u00e9e avec le kimono traditionnel d\u2019une amie de sa m\u00e8re, victime de l\u2019explosion atomique d\u2019Hiroshima. Tandis qu\u2019en bande passante, on apercevait les lumineuses polychromies de ses photos qui rem\u00e9morent les empreintes et les plis des v\u00eatements d\u00e9pos\u00e9s au M\u00e9morial de la Paix, une interpr\u00e8te traduisait ses commentaires. Avec la force de ses images, Miyako faisait comprendre que le pr\u00e9sent d\u2019une photographie r\u00e9v\u00e8le souvent les deuils et l\u2019irr\u00e9versible distance qui nous s\u00e9parent du pass\u00e9. Simultan\u00e9ment l\u2019infime tremblement ou bien la surface d\u2019une photo rendent visible la remont\u00e9e de traces et d\u2019indices proches de l\u2019invisible.<\/p>\n<p>Les charges de travail de cet homme-orchestre sont complexes. Avec un simple claquement de doigts, on ne peut pas demander \u00e0 Christoph Wiesner d\u2019avoir la capacit\u00e9 d\u2019invention du beaucoup plus jeune Festival du Dessin d\u2019Arles de Fr\u00e9deric Pajak dont l\u2019\u00e9quipe vient d\u2019enregistrer en avril-mai, loin des chaleurs de l\u2019\u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019occasion de sa quatri\u00e8me \u00e9dition, un merveilleux et fervent succ\u00e8s. Dans une institution comme les Rencontres d\u2019Arles, les h\u00e9ritages sont contraignants, le comptage des billets d\u2019entr\u00e9e (175\u00a0000 visiteurs, l\u2019an dernier) est d\u00e9terminant. Les recettes du Festival \u00e9quilibrent la moiti\u00e9 du budget: la seconde moiti\u00e9, ce sont pour 20% les m\u00e9c\u00e8nes, et puis 30% de subventions. Depuis 2013, les voies trac\u00e9es par l\u2019ancien directeur Fran\u00e7ois H\u00e9bel et son sc\u00e9nographe Olivier Etcheverry sont reconduites; la juxtaposition des 47 expositions d\u2019une programmation polyphonique susceptible de cocher la plupart des cases de l\u2019air du temps, n\u2019est pas fonci\u00e8rement coh\u00e9rente.<\/p>\n<p>Des Rencontres qui n\u2019oublient pas les urgences du pr\u00e9sent<\/p>\n<p>La cible principale reste le maintien d\u2019une plate-forme qui, depuis les miracles survenus d\u00e8s 1970 gr\u00e2ce aux tenaces intuitions de Lucien Clergue, Jean-Maurice Rouquette et Michel Tournier, aura fait d\u2019une sous-pr\u00e9fecture de 52\u00a0000 habitants la capitale mondiale de la photo. Le p\u00f4le d\u2019attraction majeur, ce sont les Rencontres professionnelles de la premi\u00e8re semaine qui d\u00e9nombrent cette ann\u00e9e grand public compris, les passages de 22\u00a0000 passionn\u00e9s, artistes, collectionneurs ou bien \u00e9diteurs. Qu\u2019ils reviennent et se renouvellent est l\u2019espoir de l\u2019\u00e9quipe des Rencontres qui ne pourra pas offrir en 2027 \u00e0 la curiosit\u00e9 d\u2019un public averti uniquement quelques lucioles, des relectures ainsi que la restitution d\u2019un incontournable Bicentenaire de la Photographie. La guerre en Ukraine et le g\u00e9nocide de Gaza pourraient r\u00e9v\u00e9ler une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de photographes. Sans trop d\u2019illusions on forme des v\u0153ux pour que surgissent des cr\u00e9ateurs qu\u2019Arles d\u00e9couvrirait: ils seraient les \u00e9quivalents inattendus d\u2019Edward Weston, de Duane Michaels ou bien de Martin Parr.<\/p>\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Pour fendre les conventions et l&rsquo;armure d&rsquo;une conversation, obtenir des d&eacute;tails un tant soit peu in&eacute;dits, la t&acirc;che de l&rsquo;intervieweur-portraitiste est quelquefois laborieuse. 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