{"id":3775,"date":"2025-08-23T09:18:00","date_gmt":"2025-08-23T07:18:00","guid":{"rendered":"https:\/\/euapp01.newsmemory.com\/lamarseillaise\/news\/?p=3775"},"modified":"2025-09-16T16:04:02","modified_gmt":"2025-09-16T14:04:02","slug":"hortense-epouse-de-paul-cezanne-epreuves-et-solitudes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/euapp01.newsmemory.com\/lamarseillaise\/news\/2025\/08\/23\/hortense-epouse-de-paul-cezanne-epreuves-et-solitudes\/","title":{"rendered":"Hortense, \u00e9pouse de Paul Cezanne : \u00e9preuves et solitudes"},"content":{"rendered":"<div class=\"real_text\">\n<p><p>Leurs amours furent clandestines, elle garde son nom de jeune fille avant de devenir officiellement, en 1886, Madame Cezanne. De neuf ans plus &acirc;g&eacute; qu&rsquo;elle, le peintre la rencontre &agrave; Paris en 1869. Pendant l&rsquo;&eacute;t&eacute; de 1871, quand elle quitte l&rsquo;Estaque pour la capitale, Hortense Fiquet est enceinte : son fils na&icirc;t le 4 janvier 1872. Longtemps exp&eacute;ditive et malveillante, l&rsquo;histoire de l&rsquo;art entame &agrave; son propos une indispensable r&eacute;&eacute;valuation. Entre 1872 et 1892, elle fut un mod&egrave;le fr&eacute;quemment sollicit&eacute; : C&eacute;zanne l&rsquo;immobilisa pour 28 ou 29 toiles, des dizaines de dessins et des aquarelles.<\/p>\n<p>On s&rsquo;int&eacute;ressait &agrave; ses apparitions parce que Matisse, Picasso, Braque et Juan Gris, un &eacute;crivain comme Rilke, les ont passionn&eacute;ment regard&eacute;es. Dans les coulisses des catalogues et des biographies, en tant que personne, Hortense Fiquet &eacute;tait largement d&eacute;pr&eacute;ci&eacute;e. John Rewald et les historiens de l&rsquo;art estimaient qu&rsquo;elle ne comprenait rien &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre de son mari. D&rsquo;abord sinc&egrave;rement amoureux, le peintre pr&eacute;f&eacute;ra la solitude de l&rsquo;atelier et les s&eacute;parations. Sans songer au divorce, sur fond de pressions familiales et de soucis d&rsquo;argent, ce fut souvent &laquo; <i>Guerre et Paix<\/i> &raquo; Cezanne r&eacute;sumait ironiquement ses relations avec son &eacute;pouse et son fils : &laquo; <i>une boule<\/i><i> <\/i>&raquo;, &laquo; <i>un boulet<\/i><i> <\/i>&raquo;. Pour ce couple, rien de glorieux : une tristesse qui se retient et des accalmies.<\/p>\n<\/p>\n<p>H&eacute;risson et &laquo; C&oelig;ur simple &raquo;<\/p>\n<p>Le m&eacute;rite du r&eacute;cent volume (69 euros, 396 pages, Venus Star &Eacute;ditions) compos&eacute; par deux &eacute;rudits, Fran&ccedil;ois Ch&eacute;deville et Raymond Hurtu, est d&rsquo;avoir retrac&eacute; les sentiments &eacute;prouv&eacute;s par ces deux personnes lieu apr&egrave;s lieu, en r&eacute;gion parisienne, lors de s&eacute;jours en Suisse ou bien &agrave; Vichy, en Provence o&ugrave; Hortense s&rsquo;ennuyait copieusement ; instable et d&eacute;sargent&eacute;, Cezanne changea de domicile au moins 30 fois. Sources et t&eacute;moignages sont rares, cette recherche est complexe : le couple n&rsquo;a pas conserv&eacute; les lettres qu&rsquo;il &eacute;changea, des photographies d&rsquo;Hortense existent uniquement apr&egrave;s le d&eacute;c&egrave;s de Cezanne. L&rsquo;entourage du peintre, si l&rsquo;on excepte les compagnes du docteur Gachet et de Renoir, n&rsquo;avait pas d&rsquo;affection pour Madame Cezanne.<\/p>\n<p>Ch&eacute;deville et Hurtu aboutissent &agrave; de tr&egrave;s simples conclusions. Cette union entre un peintre sans aisance vis-&agrave;-vis des femmes et la brocheuse d&rsquo;un atelier de reliure, &eacute;tait grev&eacute;e par de lourdes diff&eacute;rences de culture et de temp&eacute;rament. Hortense &eacute;tait &laquo; <i>un c&oelig;ur simple<\/i><i> <\/i>&raquo;, un &ecirc;tre enjou&eacute; et d&eacute;termin&eacute;. Le tr&egrave;s subtil C&eacute;zanne pouvait se comporter comme un rustre ou bien comme un h&eacute;risson.<\/p>\n<p>Elle avait son charme et son maintien. Elle savait s&rsquo;habiller. Ses vestes &agrave; col haut, le velours noir et les rubans de satin gris qu&rsquo;elle arbore quand ses cheveux sont d&eacute;nou&eacute;s, ses corsages rouge carmin et sa robe avec des rayures verticales, le n&oelig;ud bleu de sa chemise ne s&rsquo;oublient pas. Elle se plia aux exigences d&rsquo;un peintre, qui raconte Vollard, suspendait ses gestes et m&eacute;ditait pendant de longues minutes avant de poursuivre son travail. Ne pas bouger, les paroles &eacute;taient interdites. Quand il souffrait d&rsquo;insomnie, il la r&eacute;veillait, elle lui faisait la lecture. Cette femme &eacute;l&eacute;gante et d&eacute;vou&eacute;e ne fut pas constamment docile. Son regard s&rsquo;absente, devient maussade, trahit des soucis, de l&rsquo;impatience et de l&rsquo;ennui.<\/p>\n<p>Apr&egrave;s le d&eacute;c&egrave;s du peintre, gr&acirc;ce au dynamisme des ventes d&rsquo;Ambroise Vollard, sa silhouette d&rsquo;h&eacute;riti&egrave;re s&rsquo;alourdit et s&rsquo;endurcit, trouve de quoi effacer les frustrations d&rsquo;antan. Elle reste &eacute;nigmatique. Ses cheveux sont courts, son visage fait penser &agrave; Gertrude Stein. Hortense s&rsquo;&eacute;mancipe, &eacute;chappe &agrave; la cage picturale : elle fr&eacute;quente les grands h&ocirc;tels, s&rsquo;habille richement, flambe une partie de sa fortune au casino de Monte-Carlo, ach&egrave;ve sa vie en 1922 &agrave; Paris, dans un appartement de la rue Miromesnil.<\/p>\n<p>Absentes dans l&rsquo;exposition du mus&eacute;e Granet, trois pi&egrave;ces singuli&egrave;rement &eacute;mouvantes de Cezanne surmontent cette donne ingrate. &Agrave; cause des rebuffades de sa belle-famille, Hortense habitait rarement le Jas de Bouffan. New York et le Metropolitan Museum n&rsquo;ont pas consenti aux pr&ecirc;ts de Madame Cezanne dans la serre et de Madame Cezanne au fauteuil jaune. En ext&eacute;rieur, pr&egrave;s d&rsquo;un muret du Jas, voici des fleurs et les branches d&rsquo;un arbre ; les avant-bras et les mains de la mod&egrave;le sont &agrave; peine esquiss&eacute;s. Dans la seconde toile, composition vacillante et d&eacute;s&eacute;quilibr&eacute;e, le regard d&rsquo;Hortense est ferme ; sa main gauche serre la tige d&rsquo;une rose. Manque aussi chez Granet, issue d&rsquo;une collection priv&eacute;e, l&rsquo;aquarelle qui accompagne cet article. &laquo; <i>Une tendresse inhabituelle<\/i><i> <\/i>&raquo;, &eacute;crivait John R Rishel : pas loin d&rsquo;Hortense qui se rem&eacute;more, surgissent les p&eacute;tales et les feuilles d&rsquo;une fleur qui favorise les jeux de mots.<\/p>\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Leurs amours furent clandestines, elle garde son nom de jeune fille avant de devenir officiellement, en 1886, Madame Cezanne. De neuf ans plus &acirc;g&eacute; qu&rsquo;elle, le peintre la rencontre &agrave; Paris en 1869. 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