{"id":35531,"date":"2026-07-07T08:31:00","date_gmt":"2026-07-07T06:31:00","guid":{"rendered":"https:\/\/euapp01.newsmemory.com\/lamarseillaise\/news\/?p=35531"},"modified":"2026-07-07T10:06:49","modified_gmt":"2026-07-07T08:06:49","slug":"accabadora-laccoucheuse-des-morts-au-festival-daix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/euapp01.newsmemory.com\/lamarseillaise\/news\/2026\/07\/07\/accabadora-laccoucheuse-des-morts-au-festival-daix\/","title":{"rendered":"\u00ab&nbsp;Accabadora&nbsp;\u00bb, l\u2019accoucheuse des morts au Festival d\u2019Aix"},"content":{"rendered":"<div class=\"paragraph\">\n<p>Une cr\u00e9ation d\u2019op\u00e9ra est toujours un \u00e9v\u00e9nement d\u2019importance. Le Festival d\u2019Aix joue depuis des ann\u00e9es ce r\u00f4le essentiel. <i>Accabadora<\/i>, le dernier opus du compositeur italien Francesco Filidei, cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre du Jeu de Paume, peut \u00eatre d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 comme un classique. En t\u00e9moigne le succ\u00e8s public de l\u2019ouvrage, longuement applaudi. Adapt\u00e9 d\u2019un roman de Michela Murgia, paru en 2009 sur un livret de Manuelle Mureddu, <i>Accabadora<\/i> nous plonge dans l\u2019univers \u00e2pre de la culture sarde. Dans les ann\u00e9es 1950, Maria grandit aupr\u00e8s de Tzia Bonaria Urrai, une couturi\u00e8re qui, dans la tradition sarde, exerce l\u2019Accabadora, la fonction ancestrale de donner la mort aux agonisants pour abr\u00e9ger leurs souffrances. La tzia est une femme st\u00e9rile qui n\u2019accouche donc que de la mort. Viennent enfin la r\u00e9v\u00e9lation, insupportable et l\u2019exil dans le Nord. Maria revient et se charge \u00e0 son tour de ce terrible r\u00f4le de Parque. La boucle est boucl\u00e9e. On n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 ses racines.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div class=\"intext\"> Antique et masqu\u00e9\n              <\/div>\n<div class=\"paragraph\">\n<p>Pour cet op\u00e9ra de chambre, le compositeur joue de 16\u00a0pupitres qui dessinent de courtes cellules r\u00e9p\u00e9titives, \u00e0 l\u2019expressivit\u00e9 raffin\u00e9e et intense. La partition se double d\u2019un bruitage de chants d\u2019oiseaux, souffle du vent et rumeur domestiques. L\u2019ensemble plonge l\u2019auditeur dans un bain sonore \u00e0 la fois \u00e9trange et envo\u00fbtant. Les personnages suivent un parlando qui se concentre sur une v\u00e9rit\u00e9 des sentiments et des \u00e9motions toujours tr\u00e8s exacte. Le ch\u0153ur, m\u00eal\u00e9 parfois de chants sardes, est trait\u00e9 \u00e0 l\u2019antique. Il accentue le c\u00f4t\u00e9 trag\u00e9die grecque de cette histoire au sous-texte fortement mythologique. La cheffe Lucie Leguay et l\u2019Orchestre de l\u2019Op\u00e9ra de Lyon font sonner cette d\u00e9licate dentelle avec beaucoup de lumi\u00e8re et de transparence. La mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s inventive de Valentina Carrasco suscite une \u00e9motion de chaque instant. De grands m\u00e9tiers \u00e0 tisser qui s\u2019effondrent \u00e0 chaque d\u00e9c\u00e8s rappellent Atropos, la Moire qui rompait le fil de la vie. Les morts avancent masqu\u00e9s. L\u2019espace \u00e9clair\u00e9 de teintes automnales, laisse l\u2019action et les personnages circuler avec fluidit\u00e9. Tout y est lisible et l\u2019\u00e9motion prend le spectateur \u00e0 la gorge.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div class=\"intext\"> D\u00e9livrance\n              <\/div>\n<div class=\"paragraph\">\n<p>Actrice et chanteuse remarquable, Noa Frenkel joue de son contralto, presque \u00ab\u00a0masculin\u00a0\u00bb, oserait-on dire, pour incarner cet implacable Zia Bonaria Urrai. Elle accomplit pourtant une derni\u00e8re fois son r\u00f4le d\u2019accoucheuse \u00e0 rebours, le dernier, dit-elle. \u00ab<i>\u00a0<\/i><i>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 la derni\u00e8re m\u00e8re que certains ont vue<\/i><i>\u00a0<\/i>\u00bb. Rachel Masclet est Maria, la jeune prot\u00e9g\u00e9e, plus fragile avec un soprano ductile et lumineux mais tout aussi d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 fuir pour accepter d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0<i>l\u2019ultime couturi\u00e8re<\/i>\u00a0\u00bb. Hugo Brady est un fort joli Andr\u00eda, le jeune homme amoureux par qui la v\u00e9rit\u00e9 foudroie. Issu de l\u2019Acad\u00e9mie Europ\u00e9enne, on peut lui pr\u00e9voir un bel avenir lyrique. M\u00eame remarque pour Filippo Ravizza, bouleversant quand, mutil\u00e9, devenu un poids mort, il r\u00e9clame l\u2019accabadora qui le d\u00e9livrera. L\u2019ensemble du plateau m\u00e9rite une mention d\u2019honneur.<\/p>\n<p><i>Accabadora<\/i> est une \u0153uvre \u00e9mouvante, envo\u00fbtante qui se laisse d\u00e9couvrir avec plaisir. Il nous dit aussi que l\u2019op\u00e9ra, malgr\u00e9 certaines remarques, est un art toujours profond\u00e9ment vivant.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div class=\"paragraph\">\n<p><i><a rel=\"nofollow noopener noreferrer\" href=\"https:\/\/www.festival-aix.com\/\" target=\"_blank\">www.festival-aix.com<\/a><\/i><\/p>\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Une cr&eacute;ation d&rsquo;op&eacute;ra est toujours un &eacute;v&eacute;nement d&rsquo;importance. Le Festival d&rsquo;Aix joue depuis des ann&eacute;es ce r&ocirc;le essentiel. 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