{"id":35404,"date":"2026-07-06T07:55:00","date_gmt":"2026-07-06T05:55:00","guid":{"rendered":"https:\/\/euapp01.newsmemory.com\/lamarseillaise\/news\/?p=35404"},"modified":"2026-07-06T10:21:54","modified_gmt":"2026-07-06T08:21:54","slug":"la-femme-sans-ombre-triomphe-sans-lombre-dun-doute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/euapp01.newsmemory.com\/lamarseillaise\/news\/2026\/07\/06\/la-femme-sans-ombre-triomphe-sans-lombre-dun-doute\/","title":{"rendered":"\u00ab&nbsp;La Femme sans ombre&nbsp;\u00bb, triomphe sans l\u2019ombre d\u2019un doute"},"content":{"rendered":"<div class=\"paragraph\">\n<p>Une tr\u00e8s longue standing ovation au Grand Th\u00e9\u00e2tre de Provence (GTP), vendredi soir, a salu\u00e9 la premi\u00e8re de la <i>Die Frau ohne Schatten (La Femme Sans Ombre),<\/i> de Richard Strauss. Une ovation unanime que le Festival d\u2019Aix n\u2019avait pas entendue depuis l\u2019ultime mise en sc\u00e8ne bouleversante de Patrice Ch\u00e9reau pour <i>Elektra<\/i> du m\u00eame Strauss en 2013.<\/p>\n<p>Quand un grand homme de th\u00e9\u00e2tre comme Barrie Kosky s\u2019allie \u00e0 un chef de g\u00e9nie comme Klaus M\u00e4kel\u00e4, et que vous r\u00e9unissez un plateau de voix comme on en entend peu en Europe (et ailleurs), les plan\u00e8tes s\u2019alignent. On obtient alors ce qui sera d\u00e9sormais le grand moment de ce 78<sup>e<\/sup>\u00a0Festival et une date pour marquer son histoire d\u00e9j\u00e0 longue.<\/p>\n<p>Pour faire revivre cette histoire d\u2019imp\u00e9ratrice priv\u00e9e d\u2019ombre, symbole de maternit\u00e9, certes, mais pour Kosky davantage li\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2me humaine, rarement plateau n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi exceptionnel. La nourrice, \u00e2me noire, misanthrope, un peu m\u00e8re abusive, b\u00e9n\u00e9ficie de la voix dense et sombre de Nina Stemme \u00e0 la fois mal\u00e9fique et protectrice. Entre ses mains, Vida Mikneviciut\u00e9 est une Imp\u00e9ratrice vocalement hors norme\u00a0; aigus surpuissants, accents dramatiques infaillibles. La teinturi\u00e8re, pl\u00e9b\u00e9ienne rong\u00e9e de contradictions, est litt\u00e9ralement incarn\u00e9e par Ambur Braid qui, munie d\u2019un soprano d\u2019airain, en fait une figure f\u00e9minine de premier plan. Le teinturier Barak de Brian Mulligan est bouleversant d\u2019humanit\u00e9. Michael Spyres fait un Empereur fou de solitude. Le barit\u00e9nor lui offre ses failles et des accents dramatiques poignants. Jean-S\u00e9bastien Bou, Tomasz Kumiega et Daniel Miros\u0142aw ajoutent leur talent \u00e0 cette distribution, redisons-le, exceptionnelle.<\/p>\n<p>Dire que la direction musicale de Klaus M\u00e4kel\u00e4 est exemplaire serait le moindre des superlatifs. Ce chef, encore jeune, qui dirige pour la premi\u00e8re fois dans la fosse du GTP, est la musique incarn\u00e9e. Le flot tumultueux, brutal, charnel, \u00e9l\u00e9giaque et tendre, tout \u00e0 la fois de la partition de Strauss, semble naturellement na\u00eetre de ses gestes, mesur\u00e9s et pr\u00e9cis. Tout l\u2019espace du th\u00e9\u00e2tre est investi par le son et les voix. L\u2019Orchestre de Paris est l\u2019instrument parfait, ductile, sensible dans chaque pupitre (le solo de violon) et puissant sans fracas dans les temps les plus forts.<\/p>\n<p>Il faut du talent pour \u00e9claircir le livret charg\u00e9 de symbolique de Hugo Von Hofmannsthal. Barrie Kosky et son sc\u00e9nographe Michael Levine rendent au conte baroque une profonde et lumineuse humanit\u00e9. La dichotomie entre monde sup\u00e9rieur\u00a0; L\u2019Empereur, l\u2019Imp\u00e9ratrice, la Nourrisse, et celui des humains\u00a0; le couple des teinturiers, se joue dans le d\u00e9cor. Pour le pouvoir vacillant, un fauteuil et un cheval \u00e0 bascule dans un monde d\u00e9pouill\u00e9 de lumi\u00e8re. Pour l\u2019humain, une tour faite de bric et de broc, lieu de vie fourmillant et r\u00e9pugnant.<\/p>\n<p>Hofmannsthal voulait que <i>La femme sans ombre<\/i> soit \u00e0 <i>La Fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/i> ce que <i>Le Chevalier \u00e0 la Rose<\/i> est aux <i>Noces de Figaro<\/i>, comme le rappelle Christian Merlin dans son excellent <i>Richard Strauss, mode d\u2019emploi<\/i> (L\u2019Avant-sc\u00e8ne Op\u00e9ra). Barrie Kosky cr\u00e9e une imagerie onirique et inqui\u00e9tante, qui rappelle in\u00e9vitablement le conte mozartien. En homme de th\u00e9\u00e2tre, il cr\u00e9e une tension extr\u00eame comme on en voit peu sur une sc\u00e8ne d\u2019op\u00e9ra et le final cataclysmique du deuxi\u00e8me acte est un choc musical et visuel. La blancheur immacul\u00e9e du 3<sup>e<\/sup>\u00a0acte (tr\u00e8s belles lumi\u00e8res de Franck Evin) \u00e9claire le moment de v\u00e9rit\u00e9, d\u00e9pouill\u00e9 et nu. L\u2019amour peut y rena\u00eetre et les ombres enfin signifier la profondeur de l\u2019\u00e2me humaine. Cette <i>Femme sans ombre<\/i> aixoise est ce que l\u2019op\u00e9ra peut apporter de plus essentiel au spectacle vivant\u00a0: la puissance pure de l\u2019\u00e9motion. Sans l\u2019ombre d\u2019un doute !<\/p>\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Une tr&egrave;s longue standing ovation au Grand Th&eacute;&acirc;tre de Provence (GTP), vendredi soir, a salu&eacute; la premi&egrave;re de la Die Frau ohne Schatten (La Femme Sans Ombre), de Richard Strauss. 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